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LES CIRES

ET LE GOUT EN FRANCE

C'est Antoine Benoist, de Joigny, de Bourgogne, Qui fait toute la cour si bien au naturel Avecque de la cire où se joint la pastel, Que de la vérité l'âme seule s'éloigne.

Benoist modela effectivement plusieurs portraits de grandes dames et de hauts personnages de la cour, entre autres, le buste de la duchesse de Noailles (1703), qui lui fut payé cent vingt livres, et l'année suivante, celui de la duchesse de Bourgogne. L'ambassadeur Nadji- Mustapha-Aga, envoyé du bey de Tripoli, en 1704, dit, en voyant ce médaillon, qu'il ne lui manquait que la parole ; que cette figure demanderait à Benoist une âme au jour du jugement, et que ne pouvant la lui donner, il serait aussitôt précipité dans l'abîme, par un juste jugement de Dieu, qui lui reprocherait son impudence d'avoir, par son habileté et son art, approché de si près l'œuvre de Dieu dans sa créaturc, et de l'avoir voulu contrefaire sans lui pouvoir donner une àme.

La vogue des portraits en cire, venue au xvi*" siècle d'Italie en l'Vancc et en Allemagne , puis introduite au xvii'' siècle en Angleterre, passa de là en Pologne et en Russie, grâce à un artiste bavarois qui s'était acquis une grande réputation par ses travaux céroplastiques. Le sculpteur et graveur en médailles Frédéric-Guillaume Dubut, né à Munich et mort à Dantzig, a travailla aussi en cire », dit Nagler, « et fit clans ce genre des figures et des reliefs qui, dans ce temps-là, jouissaient d'une grande estime ». Dubut exécuta un buste de Stanislas de Pologne, en cire coloriée, et une foule de médaillons pour la cour de Russie : ceux de Pierre-le-Grand, de Catherine, de sa fille Elisabeth, de Pierre Schouwaloff, etc. 11 fit aussi de remarquables médaillons en cire des principaux personnages des cours de Dresde et Munich.

En résumé, l'examen des différentes cires que nous venons de

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Fig. 22.

Cire xvii* siècle (Louis XIV)

l'art intime

décrire ou de citer, nous amène aux conclusions suivantes : l'art de la céroplastique polychrome comprend trois écoles principales, l'école italienne, l'école française, l'école allemande. L'école italienne, la première dans les arts qui touchent à la peinture, a encore ici la suprématie. La recherche constante du beau, la grâce naïve des personnages qu'elle met en scène, le charme et la plénitude de ses conceptions, où l'exquise pureté de la forme rivalise avec la touche moelleuse d'un modelé digne de l'antique, sont les qualités hors ligne qui la distinguent. L'école française a moins de perfection, mais plus de souplesse ; son style élégant et gracieux est clair et vif comme son langage, et l'ébauchoir acquiert entre les mains de ses artistes une légèreté qu'eux seuls possèdent. Quant à l'école d'outre-Rhin, plus primesautière, plus savante et non moins habile, elle se complaît dans la difficulté vaincue, dans une trop grande recherche des détails, mais cette particularité ne nuit point chez elle à la sérénité de l'expression quand son style hardi, qui ne manque d'originalité ni de grandeur, se ressent de l'influence des grands maîtres, notamment d'Holbein et d'Abrecht Durer.

Comme on le voit, chacune de ces écoles brille par des qualités diverses qui leur sont propres.

Mais revenons en France, où nous attendent des œuvres plus considérables.

Les mémoires de Bachaumont parlent, sous la rubrique du 8 décembre 1773, d'une figure de Henri IV, extrêmement curieuse par la vérité de la ressemblance. « Elle est en pied dans les mêmes proportions qu'avait la personne de ce grand roi. La matière dont elle est combinée a permis d'en conserver le coloris et toutes les formes. Les cils, les sourcils, les cheveux, la barbe sont naturels, et enracinés. On a eu soin d'habiller ce prince de vêtements pareils à ceux qu'il avait de son vivant. En un mot, à l'âme près, c'est Henri IV tel qu'on le voyait de son vivant »,

D'un autre côté, M. le duc d'Aumale possède un buste également de Henri IV, autrefois précieusement conservé par le prince de Condé. Transféré en Angleterre en 1848, il fît partie des collections de Twickenham jusqu'à l'époque de son retour à Chantilly. Ce portrait représente le célèbre monarque costumé à l'antique. On en loue beaucoup l'exécution et surtout l'expression si personnelle. Malheureusement la date de cette œuvre est inconnue. L'opinion des anciens possesseurs était que le moulage avait été pris sur la tête même

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du roi, après sa mort; mais le buste et sa décoration sont d'un autre temps que la tête et paraissent dater du xviii' siècle.

Il n'en est pas de même d'un autre buste d'Henri IV, provenant du musée de Genève, et acquis à Lausanne par M. Beurdeley père, après la guerre de 1870. Suivant la tradition, le roi de France aurait envoyé ce beau buste à la République helvétique, en reconnaissance de services rendus. On sait en effet, que vers 1594, la Suisse fournit des subsides au roi Henri.

Quoi qu'il en soit, le caractère et le style de ce buste, admirablement modelé et d'une parfaite conservation, l'ont fait attribuer à Guillaume Dupré, auteur de plusieurs cires et de médailles commémoratives. Contrairement au buste de M. le duc d'Aumale, il représente Henri IV jeune encore, avec toute sa barbe naturellement frisée et d'un beau noir. On sent que la ressemblance devait être parfaite. Son air souriant, quelque peu empreint de malice gauloise, donne à sa physionomie franche et ouverte cette expression de joyeuse humeur qui était le caractère particulier du roi vert-galant. Enfin il est revêtu d'une épaisse cuirasse, peut-être celle que, selon le poète Du Bartas, il portait à la bataille d'Ivry :

11 s'arme tout à cru, cl le fer seulement De sa forte valeur est le riche ornement.

Aujourd'hui les ouvrages d'art en cire monochrome sont devenus une spécialité dans laquelle plusieurs artistes déploient une habileté vraiment merveilleuse. Mais ces précieux travaux, pour la plupart, n'attendent que le moment d'être exécutés en métal, argent ou bronze, tandis que les portraits polychromes, faits pour être conservés tels quels, n'oiïrent pas la même garantie de durée et sont pour ainsi dire complètement délaissés. Un artiste de talent, .M. Henry Gros, a cependant essayé de réagir contre cette indifférence en signant des œuvres exquises, telles que le portrait de .M"' Madeleine Burty. G'cst au salon de 1870 que M. Henry Gros débuta dans la céroplastique polychrome, par le portrait, de grandeur naturelle, de M""" l-'anny Prunaire. Les années suivantes, de 1872 à 1874, il exposait le médaillon de M"" Jeannine Dumas, ainsi que deux bas-reliefs en cire fort remarquables, le Prix du tournoi et la Promenade, œuvres pleines de sentiment et de charme, qui révélèrent chez leur auteur une connaissance approfondie du moyen âge. Enfin, un joli buste en cire à'Isabeau de Bavière, exposé en 1875, lui valut des éloges mérités.

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et le public vit avec plaisir cette résurrection d'un art si justement goûté de nos ancêtres.

Depuis cette époque, plusieurs artistes et amateurs de talent ont suivi avec succès M. Henry Gros dans la voie nouvelle si brillamment inaugurée par lui. Nous citerons en première ligne le statuaire Marcello (M"^ de Castiglione, morte il y a quelques années). M""' Charcot, femme du célèbre docteur, modèle également en cire agréablement, ainsi que sa fille M""" de Liouville, femme du député de la Meurthe. M"^ Charcot possède aussi une remarquable collection de cires anciennes et modernes, entre autres une cire réellement exquise, une Marie de Médicts, par M"" la princesse de Chimay-Caraman.

Si nous insistons autant sur cette branche de l'art intime, c'est que les personnages représentés, héros illustres ou beautés sans rivales, forment pour ainsi dire le panthéon de la grâce, de l'esprit et du goût français ; c'est qu'ils offrent un intérêt véritable au point de vue de l'iconographie et sont une ressource charmante pour l'ornementation des vitrines élégantes.

Fig. 23. Cire xvii* siècle.

Fig. 2^ . Peinture de genre. Portrait et Paysage.

LES PORTRAITS LES PAYSAGES LES TArU.EAUX DE GENRE.

. 'autres l'ont dit avant nous : si l'art est le tableau de la vie, rien n'y peut être plus intéressant que la figure humaine, puisque l'homme est la plus vivante des créatures. I)'un autre côté, si les ouvrages de l'art doivent être mesurés au degré d'esprit que ces ouvrages demandent, la perfection du portrait est le dernier mot de la peinture.

En effet, rendre l'expression de la vie, de la vie intelligente, est-il rien de plus difficile ? Le portrait peut donc être considéré comme une des plus hautes branches de l'art, et il n'est pour y exceller que les artistes d'élite, qui y ont trouvé d'impérissables titres de gloire, témoins Rembrandt, Raphaël, \a.n Dyck, Rubens. Cela explique pourquoi les gens de goût se plaisent à former des cabinets composés uniquement de portraits, où l'Art ancien et l'Art moderne donnent la main à l'Histoire, et où il suffit de quelques instants à chacun pour évoquer les siècles écoulés, et vivre en compagnie d'une foule de personnages illustres dont la grande ombre plane encore sur nous.

Que de figures curieuses se trouvent ainsi réunies dans ces admirables collections ! Mais pénétrons un moment dans les demeures

l'art intime

artistiques des principaux amateurs qui, en 1878, ont contribué à la formation, au Trocadéro, des magnifiques galeries des portraits nationaux

« La fin du xvi' siècle y apparaît avec Henri IV, sous la physionomie du vrai gentilhomme campagnard, avec Sully, son ministre austère et froid, avec la trop séduisante Gabrielle d'Estrées, la seule femme qu'il eût vraiment aimée.

« Puis on voit Louis XIII, le roi maladif, avec sa figure longue, son teint terreux, ses moustaches noires, son aspect général de tristesse incurable, tel enfin que l'a représenté à Fontainebleau Philippe de Champagne.

« Et quel contraste saisissant produit, à côté de Louis XIII, la haute stature, les traits énergiques et secs du cardinal de Richelieu, ses yeux profonds, nets, fermes et lumineux, qui ont si bien inspiré le même Philippe de Champagne dans son portrait de la collection de M. le duc d'Aumale.

« La souplesse de Mazarin sert de transition entre la faiblesse de Louis XIII et la force de Louis XIV. Alors nous entrons en plein XVII* siècle, et autour du Roi Soleil, tout imprégné d'une auguste majesté, brille la pléiade des grands hommes en tous genres qui ont illustré son règne : l'intrépide Condé, étincelant de fougue et de jeunesse, le vigilant Turenne, au visage un peu fort, bourgeois, mais ferme de résolution, Molière au regard plein de vie, en même temps que de bonté, de loyauté, d'honneur, La Fontaine, La Bruyère, Racine, Fénèlon, Bossuet et tous les autres enfin !

« Tandis que M"" de Hautefort, l'Aurore, comme l'appelaient ses compagnes, se tient près de Louis XIII, et essaye d'attirer sur ses beaux cheveux dorés et comme illuminés par le reflet des vitraux, l'attention trop souvent distraite du monarque, M"' de Montespan, la belle poitevine, étale en toute sécurité auprès de Louis XIV, son maître et son esclave, les charmes consacrés de sa plénitude opulente.

« Puis toutes les ravissantes femmes du temps, pour lesquelles le grand roi eut quelques bontés, défilent devant nos yeux éblouis dans tout l'éclat de leur luxe et de leurs attraits : La Vallière, si douce, si aimante ; Fontanges, si jolie, un peu sotte, avec son minois triste d'enfant boudeur ; et sur le dernier plan, là-bas, en arrière. M""* de

I. Voir \a. Notice des portraits nationaux au palais du Trocadéro, par M. Henri Jouin. Paris, Imprimerie nationale, 1879.

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Maintcnon, la prude coquette, qui dissimule à Versailles sous des dentelles noires ses quarante-sept printemps.

« Avec quel plaisir encore ne contemplons-nous pas l'aimable visage de la Jeune duchesse de Bourgogne, cette petite princesse de Savoie, qui menait Marly et Versailles par son entrain et sa gaieté !

« Après les enfants gâtés de la Cour, viennent les enfants gâtés de l'armée, ayant à leur tète le maréchal de Villars, avec sa physionomie ouverte, son allure vive, et Vendôme, l'air jovial, le masque bouffi, la carrure épaisse, monté sur son bon gros cheval noir, comme dans le portrait équestre du château d'Eu, vrai type du général bon enfant, qui conduit gaiement ses soldats à la victoire. Tout prés, pour accentuer l'opposition, se place Villeroy, le héros des salons, le charmant, l'élégant, l'irrésistible \'^illeroy, se consolant par ses succès auprès des dames des échecs nombreux qu'il subissait à la guerre.

« Et quand ayant vu s'éloigner les dernières silhouettes du siècle de Louis XIV, on aborde les folies de la Régence et le règne efféminé de Louis XV, quelle abondante moisson il est facile de faire parmi les curieuses figures de cette époque ! Entre M™" de Sabran et de Parabère on n'a qu'à mettre le duc d'Orléans. Laquelle savait mieux lui plaire ? a dit le poète :

Entre Sabran et Parabère.

Le régent même, après souper,

Chavirait jusqu'à s'y tromper.

« M"' de Prie tient compagnie au duc de Bourbon. La gracieuse Pompadour, ce morceau de roi, la rondelette Du Barry, la triste et résignée Marie Leczinska ont chacune, à des titres différents, leur place marquée dans ce défilé des femmes célèbres du xvni* siècle. Et combien d'autres trésors on peut aisément dérober à la collection des Boucher, des Watteau, des Vanloo, etc.

« Et pendant que d'un côté Louis XV, l'homme le plus ennuyé de France, se montre au milieu de ses nombreuses maîtresses, à qui était échue la mission difficile de combler le vide d'un cœur flétri et usé, de l'autre, on assiste à la personnification du grand courant d'idées qui prépare le xix" siècle ; on voit, parmi les littérateurs. Voltaire, parmi les philosophes, Rousseau. Quesnay représente les économistes, (^hoiseul les diplomates. Les hommes de guerre se groupent autour de .Maurice de Saxe, véritable personnage homérique.

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« Puis, suivant toujours la chaîne variée des temps, le regard s'arrête mélancoliquement sur l'infortuné Louis XVI, sur Marie-Antoinette, l'adorable souveraine dont la physionomie douce et charmante, les grands yeux bleus, dans leur exquise beauté, révélaient la femme sous la reine, la tendresse du cœur sous la majesté du sort : figure éminemment sympathique et touchante par le souvenir plein de douleur d'une triste et lugubre destinée » i.

Fig. 25. Portrait d'Ingres, par lui-même (Rome, 1804). (Croquis de M. F. Gaillard, d'après le tableau de la Galerie de Chantilly).

Comme on le voit par cette description, la France a toujours eu de bons peintres de portraits, et ne semble pas prête à déchoir. La froide école du premier Empire a produit elle-même d'excellents portraits, à commencer par celui de Pie VIT, par David. Il existait autrefois, dans la collection Boitelle, vendue en 1866, un portrait du même maître, celui de M"" de Montgiraud, fille du peintre Ducreux, qui passe également pour un des chefs-d'œuvre de David. « M'"" de Montgiraud, les cheveux poudrés, en jupe de satin blanc et

I. Georges Dufour, Voyage autour du monde artistique. — L'Art contemporain, Champ de Mars, Palais de l'Industrie, Trocadcro, 1879.

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en pardessus de soie jaune, est assise à son piano, les mains sur le clavier, la tête tournée vers le spectateur, avec ce vague regard qui commande le silence et sollicite l'attention. L'exécution de ce beau portrait est libre, souple, spirituelle ; le coloris a de l'harmonie et de la chaleur. On voit que la préoccupation des statues et des bas-reliefs n'a pas raidi les lignes et figé les tons sous le pinceau de l'artiste. Dans ce morceau, il appartient encore à l'art charmant du xvni'' siècle.

Fig. 26. Portrait de Maivvmi-: d'Orvili.iers, par Da\id, {Collection lie .\f. i/c Turcnnc.)

Nous ne disons pas cela pour diminuer en rien ce sincère novateur qui a créé un idéal de toutes pièces, fut original en croyant copier l'antiquité, et régna dcspotiquement sur l'art, dont il changea la face : mais cet échantillon si pur et si complet de sa première manière n'en oiïre pas moins un intéressant sujet d'étude. Il est étrange de voir l'austère David qui, cette fois, a sacrifié aux grâces, présider incognito cette assemblée de peintres coquets, spirituels et délicats, contre lesquels plus tard il lança si souvent son classique anathème » '.

I, Tlicopliilc Ciauticr, Nolicc du Catalogue de U collection Je M. Boitelle, sénateur, 1866.

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Notre époque peut également citer de magnifiques portraits, parmi ceux d'Ingres, de Delaroche, de Flandrin et d'autres peintres estimés.

Ingres a fait plus que des portraits, il a fait des œuvres, des œuvres magistrales ; mais c'est dans ses portraits surtout qu'il est un maître. « Dans son portrait de Bertin l'aîné, dit Charles Blanc, Ingres a su exprimer avec une singulière insistance le caractère de son modèle, rien que par l'attitude qu'il a surprise en lui après avoir observé ses allures pendant des mois entiers. Assis familièrement et accablé d'embonpoint, le personnage pose ses deux mains tournées en dedans sur ses cuisses écartées, et de ses bras arrondis il semble soutenir le poids de sa corpulence. Chose en vérité surprenante et admirable, ce portrait où revit en traits indélébiles une individualité qu'il serait impossible de confondre avec aucune autre, il est plein de style en son imitation, parce qu'il est vrai d'une vérité typique, c'est-à-dire qu'il nous apparaît comme une personnification de la haute bourgeoisie de notre temps, classe forte, intelligente et tenace, dédaigneuse de ce qui est au-dessous et au-dessus d'elle, et en qui l'orgueil du doctrinaire se mêle au positivisme du négociant et au sans-gène que donnent les fortunes conquises par le travail. Et pourtant, comme elle est intime et profondément particularisée, la physionomie de l'original, non seulement par l'expression interrogative de son œil perçant, par le léger désordre de ses cheveux et par ses mains boudinées dont les doigts se terminent en fuseaux, mais encore dans les plis du gilet et de la redingote, dont la physionomie optique achève la physionomie morale du portrait ! » '

Parmi les portraits de femme, le plus admirable a été peint à Rome, en 1807. C'est le portrait de M'"" D... Suivant M. Edmond About, «jamais Ingres n'a rien dessiné d'aussi pur; jamais surtout il n'a rendu aussi bien cette flamme intérieure qui s'appelle la vie. Tout le soleil de l'Italie s'épanche complaisamment sur la peau satinée de M""" D... Ses yeux noirs brillent comme des diamants d'Alençon, ses lèvres rouges exercent une fascination étrange ; cette petite bouche a comme un regard. Le sein, enfermé dans un de ces affreux corsages de l'empire, se débat énergiquement contre sa prison. Il crie, comme le sansonnet de Sterne : / caunot go out ! Le costume même trouve dans sa gaucherie sa grâce divine. Voyez plutôt le gros ourlet du velours. Ce n'est pas là un portrait qui fait plaisir, c'est un portrait

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