Ernest Cliesneau, id
l'art intime
Daubigny se place immédiatement après ces deux maîtres. Il possédait un talent fait de dons exquis, d'un jet abondant et facile, d'une étonnante simplicité de moyens. Bien des amateurs qui connaissaient surtout Daubigny par le tableau type des Bords de l'Oise que la faveur du public ne se lassait pas de lui demander, resteront étonnés de la souplesse de son talent et de l'infinie variété des notes qu'il a données. Brouillards argentés, matins rosés, soirs ambrés, pâles automnes, vergers fleuris, toutes les heures, tous les effets, toutes les saisons, il a tout rendu avec grâce et sans effort
Plus tard, après nous avoir donné la Moisson, vivante et lumineuse, interprétation des champs dorés où ondoient les épis mûrs d'août, et à laquelle succédera le célèbre Champ de coquelicots, « le plus charmant de nos paysagistes », comme on l'a longtemps appelé, change de manière. Son sentiment s'élargit, son émotion s'élève, son talent se teinte de mélancolie et sa rêverie d'artiste se complaît dans les silences des soirs, et les vaporeuses clartés des paysages lunaires. Alors, dit un de ses biographes, il jette un œil plus pénétrant sur la nature ; sa pensée plonge, non moins que son regard, dans les profondeurs du ciel et dans les espaces infinis. Il semble vouloir aller jusque par delà, et nous donne alors ces œuvres supérieures dont le Grand lever de lune de 1868-1873 et le paysage crépusculaire du Salon de 1877, sont les types les plus caractérisés 2.
On croirait qu'après de tels maîtres il ne reste plus rien à glaner. Erreur! Voyez Troyon, Nazon, Ed. Yon, Hannoteau, Harpignies; voyez l'aimable César de Cook, le gracieux Lambinet, le doux Anastasi, le tendre et délicat Chintreuil. Eminemment impressionnable, cet artiste distingué choisissait dans la nature les moments les plus rares, les effets de lumière les plus hasardeux, les caprices du ciel les plus imprévus.
Diaz, le plus coloriste des paysagistes modernes, a été un moment le premier d'entre eux. C'était l'époque où il peignait les Terrains boisés près de Fontainebleau, peinture surprenante, où il réunit en lui Rousseau et Dupré. Il entrait dans sa couleur de la magie. Jamais encore l'école française n'avait vu briller une palette aussi opulente. C'était également l'époque de la Sainte Famille, qui témoigne de la filiation vénitienne du coloriste.
1 . Frédéric Henriet, Notice du Catalogue de la vente après décès des tableaux et études de C.-F. Daubigny, 1878.