LES PASTELS, LES AQUARELLES, LES ÉVENTAILS, LES MINIATURES
par cela même, de fixer l'attention des connaisseurs. Tels sont : les pastels, les aquarelles, les gouaches, les miniatures.
Dans la peinture au pastel, les crayons font rofficc de pinceaux; le nom de pastel, donné à cette peinture, vient de ce que les crayons dont on se sert sont fait? avec des pâtes de dlfTérentes couleurs posées à sec sur le papier et assez tendres pour s'écraser sous le doigt.
L'amateur qui veut saisir une physionomie ou s'assurer promptement d'un certain efTet, se sert volontiers du pastel, parce que cette manière de peindre ne demande aucun préparatif, se prête à l'improvisation et peut être interrompue ou reprise à volonté. .Mais le pastel n'est pas seulement un moyen auxiliaire : quelques peintres excellents en ce genre en ont fait une chose à part et l'ont employé avec bonheur au portrait.
Quoique le pastel ne produise que des ombres mates, opaques et n'ait pas le profond de la peinture à Thuile, il n'a pas non plus ces luisants qui la font miroiter et sont si gênants pour le regard. « Le frais
A peinture à l'huile n'a pas seule le privilège d'attirer les regards pour le plaisir des yeux. D'autres variétés d'art, qui passent pour secondaires, n'en demandent pas moins des dons particuliers assez rares et méritent,
l'art intime
des couleurs, l'éclat et le tendre des carnations, le duvet de l'épiderme, le velouté d'un fruit, le moelleux d'une étofife, ne sauraient être mieux rendus que par ces crayons aux mille nuances, que l'on peut Juxtaposer ou fondre avec le petit doigt, et dont l'empâtement happe la lumière. Leur aspect doux et blond, soutenu par quelques bruns décidés, exprime à ravir non seulement le teint brillant d'une jeune fille, la chair d'un enfant, la .finesse d'une main, le poli ou le transparent de la peau , mais encore certaines délicatesses de coloris que le mélange de l'huile aurait pu gâter. Il y a tel portrait historié où le pastel , écrasé d'une façon incisive et brusque en apparence , dit avec une justesse admirable la teinte fanée d'un lampas, l'écru d'une dentelle, le ton pâle d'une guitare, la couleur indéfinissable d'une reliure passée ou d'un portefeuille d'estampes qui a servi
Tout autre genre que le portrait ou la nature morte se refuse, du reste, à l'emploi du pastel. On serait malavisé à entreprendre, avec une boîte à crayons, des intérieurs et des paysages , où manqueraient infailliblement la profondeur et la précision des détails nécessaires à ces sortes de compositions.
L'art du pastel était déjà pratiqué avec succès au xvii' siècle. Mais c'est à partir du règne de Louis XV que les artistes l'interprétèrent avec le plus d'éclat. Pour représenter cette société éphémère, frivole, dit M. Charles Desmaze^, il fallait que la peinture devînt, elle aussi, éphémère, frivole. Les femmes ont été les reines du xviii* siècle, reines adorées semant leurs sourires, leurs fleurs, leurs portraits; leur vie était une éternelle fête ; ce n'était pas assez de figurer sur ce théâtre enchanté, il fallait conserver à l'avenir le , costume et le visage des acteurs. Le pastel convenait bien assurément à cette époque, il se faisait vite, quelques séances suffisaient pour reproduire un modèle dont tous les instants étaient comptés. La poésie en vantait les procédés à leur apparition :
Des crayons mis en poudre imitent les couleurs Que, dans un teint parfait, offre réclat des fleurs; Sans pinceau, le doigt seul place et fond chaque teinte, Le duvet du papier en conserve l'empreinte, Un cristal le défend. — Ainsi de la beauté Le pastel a l'éclat et la fragilité^.
C'est alors que la vénitienne Rosalba Carriera, de passage à Paris