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Charles Blanc, Grammaire des Arts du Dessin

2. Maurice Quentin de La Tour, peintre du roi Louis XV. i. Watelet, L'Art de peindre, 1760.

ET LE GOUT EN FRANCE

en 1720, se mit à la tète de cette mode élégante, celle des portraits au pastel, dont le xvin" siècle s'était si vivement engoué. En s'adonnant presque exclusivement à ce genre de peinture qui fit sa réputation, en reconnaissant tout le parti qu'elle en pouvait tirer vis-à-vis du monde, Rosalba en popularisa le goût.

Sa palette, il est vrai, n'a ni les proportions ni la puissance de La Tour, qui lui succéda, mais elle a une personnalité distincte ; ses pastels ont un charme tout féminin qui séduit et semble un reflet amolli de la grâce corrégienne. C'est donc par le côté brillant, par la fraîcheur et l'éclat qu'elle entreprit de conquérir la faveur universelle; et de doux et de sobre qu'il était entre les mains de Robert Xanteuil et de ses disciples, le pastel, avec Rosalba, devint chatoyant et magique. Les transparences nacrées, les veloutés moelleux, les colorations ardentes, les gris argentins, captivèrent le public. Tout le monde fut pris à ce prisme éclatant, à ce charmant artifice qui masquait, avec une disposition toute inconnue, l'insuffisance des compositions et du dessin de l'artiste '.

Accueillie à la cour avec empressement, on peut dire que tous les seigneurs du temps se mirent à ses pieds. La mode s'en était mêlée et ses pastels aimables et légers faisaient fureur. Louis XV, encore enfant, posa le premier pour elle; après le roi, vinrent successivement le prince de Conti, M""" de Charolais, la duchesse de Villeroy et toutes les grandes dames à la mode. Le Régent lui-même ne dédaigna pas de visiter son atelier, entraînant à sa suite M"'' de Parabère et Al""" de Prie. Mais Rosalba pressentait La Tour. Le prince des pastellistes allait venir,

Maurice Quentin de La Tour, en effet, avait assisté au triomphe de la Rosalba, à cette forturre des crayons de la vénitienne. Il résolut de marcher sur ses traces. .Mariette dit de lui : « Il n'a pas dans sa couleur la fraîcheur qu'a mis dans la sienne Rosalba, mais il dessine mieux. 11 entre dans le plus grand détail et il a le talent précieux de faire parfaitement ressembler ». Ce qui lui valut les éloges de Piron, dans ses vers sur le portrait de l'abbé Le Blanc :

La Tour va trop loin, ce me semble, En nous peignant l'abbé Le Blanc.

N'est-ce pas assez qu'il ressemble ?

l'aul-il encore qu'il soit parlant ?

La 'four eut bientôt une réputation européenne. Etre peint par lui

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