I. Feuillet de Conchcs, Causeries d'un Curieux
Fig. 46. Les Gueux, de J. Callot.
daires présentaient ces feuilles à leurs patrons et à leurs amis ; les Diafoirus, à leurs futures : « Donnez, donnez : la thèse est toujours bonne à prendre pour l'image; elle servira à parer notre chambre, »
dit la Toinette du iMalade imaginaire. On a du fameux graveur et dessinateur Mellan, la thèse de M. Talon, décorée de grandes figures allégoriques et d'un cartouche historié portant l'effigie du cardinal A'iazarin. Poilly et Pitau en ont gravé de superbes, ornées de portraits en grand , quelquefois en pied, de Louis XIV et de Colbèrt, avec les plus riches accessoires.
La thèse de philosophie du duc d'Albret, gravée par le premier d'après Le Brun et dédiée à
ET LE GOUT EN FRANCE
Les moins riches, à défaut de gravure inédite, achetaient un tirage de planche toute faite. On en vendait chez Vallet, graveur du roi, rue Saint-Jacques, Au buste de Louis XIV, et chez Gautret, même rue, A limage de Saint-^Maur. Jean François Cars, qui fut un des plus habiles burins du temps de Louis XV, gravait de ces thèses et les vendait clans sa boutique. 11 en était de même de La Cave, graveur du roi, rue Saint-Jacques, dont notre ami le poète Gabriel Marc possède l'exemplaire d'une thèse de mathématiques soutenue par son grand'père, M. Dominique Marc, de Lezoux, dans la salle du collège royal de IJillom, le 30 avril 1781.
Les graveurs vendaient ces thèses dans leurs boutiques. La boutique des graveurs en taille-douce est, en eflet, comme nous l'avons dit déjà, une des traditions du xvi% du xvn" et du xvni" siècle.
Ainsi que de nos jours, la plupart des graveurs en taille -douce et à l'eau forte avaient, de Henri IV jusqu'à Louis XV, leurs boutiques ou leurs échoppes, qui étaient à la fois leurs magasins. Jacques Androuet, le célèbre dessinateur et graveur du xvi' siècle, tenait boutique, et c'est parce qu'il avait un cerceau ou un cercle pendu comme enseigne à sa maison qu'il a été, de son temps, appelé du Cerceau, et que le nom lui en est resté. Israël Sylvestre et Pérelle avaient également boutique. Le grand Edelinck, que Louis XI\' fit chevalier et logea aux (iobelins, avait aussi la sienne, où il travaillait avec un tablier de peau.
Mais les gravures de thèses n'étaient pas les seules qui fussent vendues dans les boutiques. On y trouvait d'autres estampes que les artistes exécutaient pour leur propre compte. Gérard Audran demeurait aux Deux Piliers d'or, rue Saint-Jacques. Cochin le père avait sa boutique dans la même rue, à l'enseigne de Charlemagne. Le portrait du Régent, par Anne Hortcmels, en 17 10, se vendait chez
l-'ig. 47. Le Jardin be la Noui.esse française, par .\braham Bosse.
l'art intime
elle, rue Saint- Jacques, cAu Mœcenas, où elle habitait avec son mari Nicolas-Henri Tardieu, également graveur. Le grand centre des ateliers et magasins de graveurs était dans le rayon des rues Saint-Jacques, Saint-Jean de Beauvais, Saint-Etienne du Mont, de la Harpe, des Noyers, etc
Piles, dans son cours de gravure, nous apprend que la manière noire, nouvellement inventée de son temps, obtenait alors un grand succès. Quant à la gravure sur bois, devenue la gravure inférieure, elle produisait des estampes de toute sorte, telles que celles étalées sous les galeries des charniers Saint-Innocent. Claude le Petit, dans sa Chronique scandaleuse ou Paris ridicule^ voulant parler des images qu'on y- vendait, surtout des portraits de la famille royale et autres personnes de qualité, dit :
Les plaisantes tapisseries
De carte et de papier noircy!
Que de choses en raccourcy
Dessous ces sombres galleries !
Que d'estampes et de dessins
De grands seigneurs, de petits saints,
Et de bestes d'après nature !
Que je voy d'un œil satisfait
Là ces vanitez en peinture,
Qui sont vanitez en effect.
Icy chaque homme a son image.
Chaque femme a la sienne aussy.
Chaque tout a son raccourcy,
Chaque ville a son païsage.
Chaque païs a son pinceau.
Chaque élément a son tableau
Le xviii' siècle renchérit encore sur le précédent par l'invention et la nouveauté des procédés. Glissons donc rapidement sur la gravure au pastel inventée par Le Blon; sur la gravure à l'aquarelle inventée par Janinet, Debucourt et Descourtils, et faisons remarquer que le principal mérite de Picard, leur contemporain, n'est pas tant dans son spirituel burin que dans son burin universel, qui réunissait toutes les diverses manières des divers maîtres, qu'à sa volonté il imitait à s'y méprendre ; que Drevet se donna un différent genre de gravure pour chaque objet différent, et un différent genre de gravure pour chaque différente partie de l'objet ; que Cochin fît les plus spi-