I. Feuillet de Conches, Causeries d'un Curieux
ET LE GOUT EN FRANCE
rituelles et les plus savantes eaux fortes avec un travail simple et brillant; que le graveur Cars porta les nuances dans les masses, le clair obscur dans l'obscur; que Lebas donna de la légèreté et de la profondeur aux ciels en les travaillant à la pointe sèche ; que Filippart a, par l'ingénieuse intercalation des lignes légères dans les hachures, adouci, fondu les divers traits de la gravure ; et quant à Wille, les chairs de ses figures, surtout leurs draperies, sont tellement souples, tellement moelleuses, qu'on est toujours tenté d'y appliquer le bout du doigt.
Autrefois, il n'y avait que les collectionneurs qui conservassent les estampes dans des cartons. La majeure partie des amateurs les faisait encadrer. « Les murs de ma chambre sont garnis d'estampes et de tableaux qui l'embellissent singulièrement », dit Xavier de Maistre dans son célèbre Voya<^re. C'est ce qu'il appelle , dans son Second Voyage, « une chambre tapissée de souvenirs ». Le portrait de M. et M"" d'h2tampes si joliment chanté par Delille, était encadre de la sorte .
Plus d'un sol qui revit dans de soties estampes Bientôt dans mes carions est remis à l'écart;
Mais je bénis l'artiste et l'art
Dont le burin mit en reyard Ce couple révéré sous le nom de d'Ktampes; Et lorsqu'il se présente à mon œil enchanté, Je dis : « Test le l'jonheur regardant la Bonté ».
.Mais, comme l'exprimait déjà Diderot, dans son Salon de 17(^7, « les graveurs se multiplient à l'infini, et la gravure s'en va La Révolution ne fit qu'achever cette décadence. Sous les mauvais jours de la Convention, la confiscation ou la mise aux enchères des biens des émigrés durent encombrer certaines boutiques de prodigieuses masses d'estampes, de raretés en tous genres. .Mais les amateurs parisiens étalent trop préoccupés des sinistres événements du jour et de l'avenir de leur destinée, pour chercher des consolations parmi ces opimes dépouilles revendues en détail et à vil prix.
Quand le Consulat, suivi bientôt de l'Lmpire, vint, après une longue confusion, rassembler les atomes épars de la nationalité française, les fureteurs indigènes reparurent. (>'était le bon temps pour les achats de vieille imagerie intéressante! les étrangers n'avaient pas tout emporté et il restait encore beaucoup d'estampes d'art, telles que Callot, Albert Durer, .^larc Antoine, de premier état.
l'art intime
A patrir de 1840, les amateurs virent surgir de nouveaux concurrents. Vint le second Empire, ère formidable pour les anciens accapareurs d'estampes; car des millionnaires, des ex-ministres, des princes, des têtes couronnées se mirent sur les rangs. Dès lors, les iconophiles du bon temps se dirent que le moment était venu d'apprendre l'art de se priver. Mais ils se consolèrent en songeant que l'ardeur de ces opulents rivaux donnait raison à la passion de toute leur vie. Ils se sentirent fiers de posséder en si grand nombre des joyaux dont les riches seuls maintenant peuvent se passer la fantaisie.
Aujourd'hui les grandes collections de gravures sont fort nombreuses. Les petits amateurs sont plus nombreux encore. La passion des estampes est, dans toutes les classes, devenue une espèce de dilettantisme des plus raffinés. Est-il rien de plus agréable, en effet, que de feuilleter et de savourer l'une après l'autre les œuvres charmantes des maîtres préférés ? Comme l'a dit Xavier de Maistre, « les heures glissent alors sur nous et tombent en silence dans l'éternité sans faire sentir leur triste passage » .
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Fig.
Camées.