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I . Charles Blanc, Grammaire des Arts du Dessin

ET LE GOUT EN FRANCE

puissamment à la perfection des artistes grecs. LucuUus avait également une estime particulière pour les pierres gravées. Aussi, lorsqu'il aborda à Alexandrie, Ptolémce ne trouva-t-il rien de plus précieux à lui offrir qu'une émeraude montée en or, sur laquelle se trouvait gravé son portrait.

La glyptique était à son apogée. Quant à 1 léliogabale, sa passion pour les pierres gravées tenait du délire. Il en faisait mettre jusque sur sa chaussure, et Lampridius, son historien, dit que souvent il poussait la folie jusqu'à ne plus vouloir se servir de celles dont il s'était paré une fois. Mais tous les Romains n'étaient pas assez riches pour déployer un pareil luxe dans leur toilette, et ceux qui ne pouvaient se procurer une pierre fine pour leur anneau, faisaient monter un morceau de verre coloré, gravé ou moulé sur quelque belle gravure alors en vogue.

A l'époque de la Renaissance des arts en Italie, on rechercha les pierres gravées antiques avec la plus vive ardeur, les unes pour les faire monter en bagues, bijoux ou objets de parure, les autres pour former des collections.

« Entre autres curiosités qui tombèrent ainsi entre mes mains, rapporte Benvenuto Cellini dans ses Mémoires, je citerai une tète de dauphin grosse comme une fève; malgré la beauté du travail, l'art y était surpassé par la nature. C'était une émeraude d'une eau si pure, que la personne qui me l'acheta dix écus, la revendit une centaine après l'avoir simplement fait monter en anneau, comme une pierre ordinaire. J'eus encore la plus belle topaze que l'on eût jamais vue, l'art y égalait la nature; elle était de la dimension d'une énorme noisette, et représentait la tête de Minerve. On ne pouvait rien imaginer de mieux. Je mentionnerai aussi un camée, où l'on avait gravé Hercule enchaînant Cerbère : il était d'une exécution si parfaite, que notre divin Michel-Ange dit qu'il n'avait de sa vie rencontré une pareille merveille ».

Mais le prix élevé de ces œuvres d'art, tant à cause du travail que de la matière, ne les mettant pas à la portée des grandes fortunes, il se forma de nouveaux graveurs qui, avec la plus louable émulation, s'appliquèrent à restaurer l'art perdu de la gravure sur pierres fines. Les belles pièces qu'ils produisirent en grande quantité, sans rivaliser avec l'antiquité, en approchaient assez pour donner une idée des chefs-d'œuvre des anciens et les retracer à nos yeux. Dès le xv"" siècle, Laurent de Médicis avait fait graver quelques pièces importantes par

l'art intime

Giovan7ii délie Comiole (Jean des Cornalines), ainsi nommé à cause de son talent exceptionnel. Au siècle suivant, la passion pour les pierres gravées était devenue générale. Clément Birague, graveur de Philippe II et de Don Carlos, Valerio Vicentino, Domenico de Cammei et Matteo delNassaro, dont Vasari parle avec tant d'éloges, ont laissé des pierres gravées qui sont admirables. C'est à jMathieu del Nassaro, graveur des monnaies de François I", qu'on attribue les deux fameux bracelets dits de Diane de Poitiers, composés chacun de sept camées gravés sur coquille, unis l'un à l'autre par des chaînons en or émaillé, et conservés au Cabinet des médailles à la Bibliothèque Nationale.

Les plus belles pièces de ces bracelets sont imites des pierres antiques: ainsi le médaillon représentant un taureau frappant la terre ne fait que

Fig. 5o et 5o bis. Pierres gravées en creux.

reproduire la belle calcédoine antique, sur laquelle se lit le nom du graveur Hyllus. Cet usage de reproduire des imitations antiques sur les pierres gravées ne se perdit pas. Henri IV avait pour boutons de son pourpoint douze camées en coquille représentant les douze Césars. Sous ce prince, Julien de Fontenay, dit Coldoré, graveur en pierres fines et valet de chambre du roi, laissa des ouvrages qui rappellent ceux de ses devanciers. Mais il faut ensuite arriver jusqu'au règne de Louis XV pour voir les pierres gravées prendre un nouvel éclat entre les mains de Guay, le célèbre élève de Bouchardon. Malheureusement, l'influence de M""" de Pompadour, qui gravait elle-même des estampes et des camées', se fait sentir dans la plupart des œuvres de cet habile artiste. On se prend à regretter que M""' de Pompadour ait trop souvent employé le talent de Guay à graver des badinages qui n'étaient pas toujours dignes d'un artiste pouvant traiter si excellemment le portrait historique.

La Bibliothèque Nationale possède, signés de Guay, non seu-

I. Voyez iMrt et les Femmes en France, — Madame de Pompadour, par Albert de la Fizelière, dans la Ga:{ette des Beaux-Arts, tome III. iSSg.

ET LE GOUT EN FRANCE. lOI

Fig. 3i. Pierre gravée en rclici.

lement le buste de profil, en uniforme, le chapeau sur la tête, et gravé sur sardoine , de l'obscur mais brave et dévoué Jacquot , tambour-major au régiment du roy (175 1), mais encore le portrait, en Minerve, de la marquise de Pompadour, la protectrice de Jacquot

et de (juay. C'est une in-

génieuse allégorie représentant Minerx'c bienfaitrice et protectrice de la gravure en pierres précieuses, et datée de 1752. D'après une note manuscrite de Guay, celui-ci nous apprend qu'il a voulu faire connaître à tout le monde sa reconnaissance pour des bienfaits que la célèbre marquise avait tenus secrets. « Guay a gravé cette pierre en creux pour transmettre à la postérité, la protection que M""" de Pompadour a daigné lui accorder, sa reconnesance et (est) des plus respectueuse et des plus seincère, si la graveure en pierre est conservée, on le doit à la Minerve du siècle, elle a protège cet ar en y travaillan, et fesant vivre le graveur ».

Ces lignes, qui n'annoncent pas chez Guay une grande familiarité avec la grammaire, nous apprennent que la favorite travadlait à la gravure sur pierres fines, et une autre note du même artiste alfirme que le Génie de la Musi^jue, camée conservé également dans la collection de la rue de Richelieu , fut exécuté par M"'° de Pompadour elle-même, dont il porte la signature. « M""" de Pompadour a beaucoup travaillé à cette pierre », dit Guay. Cette petite note, fait remarquer M. Chabouillet, nous explique peutêtre comment M'"" de Pompadour a fait les estampes signées de son nom. L'aimable femme y travaillait beaucoup ; un habile artiste les retouchait U12 peu. Quant à notre camée, il est certain aujourd'hui que nous le devons à la collaboration de Guay et de la marquise de Pompadour '.

I. Chabouillet, Catalogue des camées el pierres gravées Je la Bibliothèque Impériale, etc.

Fi(!. 5i bis.

Pierre gravée en relief.

l'art intime

Il nous reste à parler d'un autre graveur non moins célèbre, et dont la réputation fut européenne. Pickler, mort en Italie en lygi, copiait les chefs-d'œuvre antiques avec une si grande perfection, que les brocanteurs profitant de sa jeunesse et de son inexpérience, lui achetaient ses ouvrages à bas prix, et les revendaient ensuite pour de véritables pierres grecques et romaines. Pickler, s'étant aperçu de cette ruse, prit le parti de signer toutes ses productions.

Le premier empire eut aussi ses graveurs en pierres fines. Outre Jeuffroy, dont le Cabinet des médailles possède un portrait de Napoléon Bojiaparte sur agate-onyx, daté de 1801 , on cite le célèbre Berini, lequel fut jeté en prison à Milan, lors du couronnement de Napoléon comme roi d'Italie. Un incident assez singulier amena cette rigueur. Le comte de Caprara lui avait confié une très belle pierre dure pour y graver le portrait du nouveau roi : le hasard voulut qu'une tache de sang se trouvât précisément à la partie du cou, et on en fit un crime à cet artiste connu par ses idées républicaines'.

Les derniers graveurs français de quelque renom sont Jouy, Marchand et Simon fils. On doit à ce dernier les portraits gravés en creux, sur cornaline, des principaux membres de la famille de Charles X et de celle de Louis-Philippe.

L'utilité des collections de pierres gravées est d'une grande portée. Les pierres gravées nous retracent une multitude de signes et de symboles intéressants pour l'histoire des moeurs et des usages de l'antiquité. On y voit les images des dieux ; les principaux événements de l'histoire ; les portraits des hommes illustres par leur génie ou par leur puissance ; les noms d'un grand nombre d'artistes célèbres. Ce sont les monuments les plus utiles pour l'histoire de l'art, dont ils nous servent à suivre les progrès chez les différents peuples. Enfin les peintres y ont trouvé des sujets à imiter ; Raphaël et Michel-Ange en ont fait un grand usage dans leurs compositions.

D'un autre côté, chaque jour on est à même de rencontrer dans la société des personnes qui portent soit en bague, soit en cachet, des pierres gravées, antiques ou modernes, et c'est une grande jouissance artistique de pouvoir les distinguer et les apprécier à leur valeur. Du reste, pour juger du mérite d'une pierre, relativement à l'art, il suffit d'avoir le goût et le sentiment du beau, et quelques connaissances du dessin.

Les anciens savaient que la poudre de diamant, qu'ils nommaient

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