I . C2iriosités de l'Archéologie et des Beaux-Arts
ET LE GOUT EN FRANCE
adamas, c'est-à-dire indomptable, entamait toutes les autres pierres précieuses, et ils s'en servaient avantageusement pour les travailler : mais ils ignoraient l'art de faire agir le diamant sur lui-même et de tourner contre lui-même sa dureté. Ils ne l'ont donc pas gravé.
On a longtemps attribué au Milanais Jacopo de Trezzo l'honneur d'avoir le premier gravé le diamant ; mais cette erreur paraît avoir été propagée par l'ignorance de ceux qui voyaient un diamant dans la topaze blanche de Saxe, gravée par cet artiste, sur laquelle se trouvent les portraits réunis de Philippe II et de don Carlos, ouvrage d'une grande beauté qu'on admire toujours au Cabinet des antiques de Paris. Dans tous les cas, si Trezzo a réellement gravé sur diamant, l'histoire ne lui attribue qu'un écusson d'armoiries, tandis que son collègue. Clémente Birago, plus connu en France sous le nom de Clément Birague, non seulement aurait gravé en intaille sur diamant les armes d'Espagne pour l'infant don Carlos, mais aurait encore exécuté sur cette pierre le portrait de ce prince, en 1562, pour la princesse Anne, fille de l'empereur Maximiliea II. Malheureusement, on n'a pu découvrir Jusqu'à présent ce que sont devenues ces merveilles de la glyptique de la Renaissance italienne.
Par contre, le célèbre orfèvre-archéologue M. Castellani a envoyé à Paris, à l'exposition universelle de 1867, une tête de Numa Pompilius intaillée dans le diamant au x\i' siècle, et que l'on peut considérer comme le travail de Clément Birague. Cette belle intaille, si fine et d'un si beau caractère, appartient à M. le comte Ghirlanda Silva, de Milan.
Les graveurs milanais du xvi' siècle ont trouvé des continuateurs. Giovanni Costanzo, qui florissait à Rome au commencement du dernier siècle, exécuta sur diamant une tôte de Néron, oeuvre parfaitement réussie. Cette intaille appartenait à Jean Gaston, grand duc de Toscane, mort en 1737. Charles Costanzo, en digne émule de la gloire paternelle, grava aussi sur diamant une Léda et une tête
Antinous pour le roi Jean V de Portugal. Un diamant gravé aux armes de France était visible à Paris du temps de .Mariette, et le roi de Prusse Frédéric II se servait, comme cachet, d'un diamant gravé à ses armes
Ces quelques exemples, joints à celui de l'allemand Natter, mort en 1763, suffisent pour prouver que la gravure sur diamant date de la
I. La Gravure sur Jiainant, par M. le marquis Girolamo J'.VJJa, dans la Ca^etle Jes Beaux-Aris, tome XXIII, 1867.
Renaissance, et que cet art fut pratiqué pendant les xvi% xvii^ et xviii' siècles.
De nos jours, M. M.-C. de Vriès, d'Amsterdam, est le seul graveur en Europe, qui connaisse le moyen de graver cette pierre rebelle, et encore ne peut-il polir les parties creusées, qui restent ternes et grisâtres. Déjà, en 1867, il envoyait à l'Exposition universelle un diamant gravé en creux, et représentant Napoléon III. En 1878, le même artiste exposait dans la grande galerie du Champ-de-Mars un autre diamant représentant le roi de Hollande.
Suivons l'excellent conseil de M. Girolamo d'Adda, et ne tirons point trop vanité des stériles travaux sur cette matière aussi riche qu'ingrate. Millin a raison de dire que les grands artistes ne doivent pas perdre leur temps à traiter une substance aussi dure, qui n'ajoute à leur travail d'autre mérite que la difficulté vaincue, et à laquelle ils font perdre de son prix réel en diminuant son volume.
Graver ou faire graver le diamant, c'est donc faire preuve d'un faste singulier ; c'est vouloir une chose simplement rare et non un chef-d'œuvre ; car on ne parviendra jamais à y figurer les mêmes sujets que l'on fait si admirablement sur les simples pierres fines. Les personnes opulentes qui se piquent d'avoir des choses particulières peuvent l'employer plus utilement.
Fig. 52. Pierre gravée en relief.
i.'art intime.
Planche VIII.