‹ Grammaire de la curiositeChapitre 39 sur 133 · I. F. Pouy. Uccherclies sur l'orfèvrerie, etc · texte numérisé non relu

I. F. Pouy. Uccherclies sur l'orfèvrerie, etc

ET LE GOUT EN FRANCE

qu'était conlié le poinçon pour la marque des matières d'or et d'arg-ent. Cette marque avait été établie en décembre 1275, par Philippe-le-Hardi.

Lorsque Charles V monta sur le trône, après un règne tourmenté par des guerres civiles, et que la tranquillité revint, il se rappela que les orfèvres étaient utiles et nécessaires à la grandeur des rois ; à mesure que la France prospérait, ce sage monarque augmentait le trésor de l'orfèvrerie amassé par ses ancêtres. Pénétrés des mêmes idées, Jean, duc de Berry, et cet autre ami des arts, Louis, duc d'Anjou, mettaient leur gloire à imiter le roi de l'Vance, et ils furent, pour ainsi dire, la providence des orfèvres de leur temps.

La vaisselle d'or et d'argent de Charles \^ était remarquable par sa magnificence ; elle se composait de 437 pièces d'argent ; de 448 pièces d'argent doré, et de 289 pièces d'or : il y avait 292 pièces de vaisselle d'or garnies de pierreries. L'orfèvrerie de ce temps s'attachait principalement à reproduire, avec les métaux précieux, les vases employés pour le service de la table des rois et des nobles : coupes, aiguières, hanaps, que le goût des artistes a variés à l inlini: même pour les cuillers, fourchettes, couteaux, salières, etc.

Le règne de Charles VII ne vit pas prospérer l'orfèvrerie ; la présence de l'étranger la paralysèrent, et le roi, qui, enfin décidé à combattre les Anglais, avait besoin d'argent et d'or pour faire la guerre, s'abstint de commander des pièces d'orfèvrerie.

La France ayant chassé l'étranger, revint en possession d'elle-même. Les orfèvres de la capitale purent enfin reprendre leurs travaux avec sécurité, mais ils ne fabriquaient pas toutefois de grosse vaisselle. Un chroniqueur anonyme, de la fin du xv' siècle, décrivant le cérémonial avec lequel les confitures furent apportées à l'archiduchesse d'Autriche, pendant son séjour au château de Hlois, dit: « .M"'" de Bourbon portoit une grande boitte d'or pleine de diverses boittes de confitures. Puis venolt .M""-' d'Angoulesmc, portant une autre boitte d'or pleine de serviettes. Après, Al"" de Nevers pf)rtant luie autre pleine de couteaux et fourchettes, qui avaient les manches d'or. Puis venoicnt la duchesse de \'alentinois et .M"'* de l'oix, tenans chascune un drageoir en leurs mains, pleins de diverses dragées, dont l'un estoit merveilleusement beau : l'autre estoit d'argent doré, qui estoit si grand que, quand on le tenoit à la main, il touchoit jusqu'à terre » '.

C'est seulement au xvi' siècle que le luxe de l'orfèvrerie s'accrut

ii6

l'art intime

avec la richesse que le commerce et les découvertes maritimes avaient prodigieusement augmentée. Claude de Seyssel en parle ainsi dans son histoire de Louis XII : « On use de vaisselle d'argent en tous états, sans comparaison, plus qu'on ne souloit (avait coutume), tellement qu'il a été besoin sur cela faire ordonnance pour corriger cette superfluité ; car il n'y a sortes de gens qui veuillent avoir tables, gobelets, aiguières et cuillers d'argent au moins. Et, au regard des prélats et des seigneurs, ils ne se contentent pas d'avoir toute sorte de vaisselle d'argent, tant de table que de cuisine, si elle n'est dorée, et

Fig. 58. Ecuelle en argent (époque Louis XV).

même quelques-uns en ont grande quantité d'or massif». L'exemple, il est vrai, venait de haut. Anne de Bretagne faisait faire sa vaisselle d'argent par Arnoult de Viviers, et le roi Louis XII avait nommé Henry son orfèvre particulier '.

A l'avènement de François I", deux orfèvres marchaient en première ligne : c'étaient Louis Deuzant et Pierre Mangot ; ces orfèvres firent des œuvres considérables pour le nouveau roi et les grands de la cour. Peut-être faut-il leur attribuer ce « buffet de cérémonie, d'argent vermeil doré extrêmement bien ciselé », décrit dans Vlnventaire des objets d'art de Robertet, riche financier et collectionneur sous Charles VIII, Louis XII et François I". Cet inventaire, rédigé en 1532 par Michelle Gaillard de Longumeau, femme de Robertet, mentionne également « une grande cuvette d'argent faite en fontaine,

Page 1