Paul Lacroix, Histoire de l'Orfèvrerie
3. Histoire de l'Orfèvrerie, dans les Rapports des délégations ouvrières ii l'Exposition universelle de 1S67.
ET LE GOUT EN FRANCE
le dessus à Thomas Germain. Il ciselait, dit Mariette, avec un goût supérieur. Voltaire lui-même a vanté
Tous ces plats si chers que Germain A gravés de sa main divine >
et dont plusieurs spécimens figurent aujourd'hui dans les précieuses collections de MM. le comte d'IIaussonville, le comte de Turenne et le comte des Moustiers de Mérinville.
Un dessinateur de cette époque, Meissonnier, a composé pour les orfèvres beaucoup de pièces, dont le style rocaille porte les traces d'une imagination qui oublie quelquefois la destination de l'objet qu'elle rêve. Quoi de plus bizarre, de plus extravagant, que le jet de rocailles, trop semblables à des amas de rocs et de glaçons, qui se hérissent autour des fruits, des légumes, des écrevisses qui se trouvent dans la composition du surtout exécuté, en 173$, pour le duc de Kensington ! Pourtant Meissonnier, dans divers dessins de candélabres et de flambeaux, a fait preuve d'un grand savoir d'arrangement.
Vers 1749, un orfèvre étranger, Jacques Rœttiers, se lit connaître en France par son style rocailleux, style de plus en plus en faveur parmi les orfèvres de son temps, l'orfèvre \ illcclair, entre autres. Pourtant on connaît de cet artiste et des ses confrères français des exécutions vraiment bien faites et d'une composition très remarquable. Ces pièces, exposées en 1867 au .Musée de l'histoire du travail, représentent bien l'opulence : la forme en est gracieuse, l'ornementation coquette; les plats sont à bords contournés, les soupières ventrues et les bosses ou côtes intercalées de canaux ; elles sont couronnées de sculptures accentuées à grands reliefs. Cette. orfèvrerie meublait bien une table.
C'est l'époque des soupières rondes ou ovales, à côtes torses, avec couronnement de choux-fleurs. Devant cette ornementation exagérée, le dernier des Ballin avait bien raison de crier à la décadence. Après 1760, l'orfèvrerie tombait dans la rocaille complète: réunion de grandes coquilles ensemble, les coins bouchés avec de petites coquilles, tel est le style de cette époque qui heureusement ne fut pas de longue durée. I>e goût s'était tellement dépravé, qu'il fallut une réaction : M""" de Pompadour la commença; elle unit ses efl^orts à ceux du comte de Caylus, qui avait publié ses observations sur les