Voltaire l.cs \i>us cl Ica lu
l'art intime
antiquités d'Herculanum, que Cochin et Belliard mirent au jour. On a des exemples de ce changement dans deux moutardiers en forme d'enfants traînant des tonnelets placés sur des brouettes, provenant du service de M""" de Pompadour et appartenant à M"^ la comtesse de Vergennes. Un artiste, nommé Micalef, est cité comme le premier qui ait exprimé les idées de cette rénovation Jamais révolution ne s'effectua avec plus de promptitude. L'argent et même l'or s'assou-
Fig. 62. Chandelier en argent Fig. 63. Flambeau en argent,
(époque Louis XV). d'après Meissonnier.
plissaient sous la main des orfèvres et prenaient les'formes les plus élégantes. On sait par Mercier que quelques dames de haut rang possédaient des toilettes en or massif, comme celle dont la Du Barry tirait vanité. « On rit du mot de cet homme de la campagne qui, en apprenant que M""' Du Barry a chez elle une toilette tout en or, a dit : Gn'ien a donc pas en diamant? » -
Quoi qu'il en soit, le rococo fut peu à peu abandonné, et les gens de goût contribuèrent à cette renaissance de l'art grec, qui fît le style Louis XVI. Avec ce nouveau venu, on fit des choses charmantes ; on est étonné qu'il en reste autant. Quand il est bien compris, ce style, quoiqu'un peu lourd, a des détails qui l'allègent et charment
1. Catalogue de l'argenterie ancienne appartenant à M. le baron Jérôme Pichon, Notice.
2. Duc Stanislas de Norbert, Tablettes d'un gentilhomme sons Louis XV.
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l'œil. Les plus gracieux spécimens de ce style sont, sans contredit, les aiguières, bassins, cafetières, vases à rafraîchir et soupières de M"" Denain, de M""" la comtesse de Béhague, de .MM. le marquis de Galard, le comte de Fresne, le baron Sellière, le comte d'Armaillé, Spitzer, et enfin le médaillon de la reine .Marie-Antoinette en argent guilloché et repoussé, de l'ancienne collection Léopold Double.
Au début du règne de Louis XVI, Auguste, habile orfèvre, se montra bon ciseleur: il avait travaillé pour .M"" de Pompadour qui, par son influence, contribua puissamment, dans sa lutte contre le
Fig. 64. Surtout de table d'après Mcissonnicr.
rococo, à la renaissance du joli, et finalement donna son nom à ce genre de transition du Louis XV au Louis XVL Auguste fut nommé orfèvre du roi. Les Tablctlca de Renommée font mention de lui en 1772 et le citent pour son habileté dans « tout ce qui concerne la vaisselle et les bijoux ciselés ». A l'avènement du roi, Auguste devint l'orfèvre préféré de la cour. « Il existe de lui deux fontaines à thé ou à café, très grandes pièces d'orfèvrerie échappées à la Révolution : fort beaux ouvrages très bien exécutés et ciselés par Gouthière, l'artiste par excellence de la ciselure Louis X\'I, qui montait si savamment les vases de Chine; ses ornements étaient un peu secs, mais dans l'ensemble les lignes étaient pures et ne manquaient pas d'élégance. On a tellement abusé de la reproduction de ses montures, qu'il est quelquefois didicllc, même pour les amateurs, de reconnaître les originaux; on présente souvent des ciselures dites de Gouthière : qu'il serait malheureux pour cet artiste de les avoir ciselées ! Les amateurs
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devraient se garder de consacrer ces sortes de fraudes qui ne servent qu'à enrichir quelques marchands de la bande noire ; ils devraient s'adresser à nos habiles ciseleurs, qui reconnaîtraient parfaitement si la main de l'artiste a passé par là »
Le règne de Louis XVI, si curieux par les tendances bourgeoises de l'art, remarque avec raison M. Paul Mantz, se préoccupa plus. que tout autre des moyens de satisfaire le goût des classes intermédiaires pour l'orfèvrerie à bon marché. C'est en effet de cette époque que date, non l'invention, mais la résurrection du plaqué et du doublé dans l'orfèvrerie, c'est-à-dire l'application d'une lame d'argent sur du cuivre, méthode dont, en 1759, Vincent Huguet avait entretenu ses collègues de l'Académie des sciences.
Il faut arriver aux dernières années du Directoire et au début du Consulat, pour voir refleurir l'orfèvrerie anéantie par la crise révolutionnaire. Aux expositions de l'an VI et de l'an IX, quoiqu'elles n'aient duré que quelques jours, les orfèvres se hâtèrent de prendre part. Là, brillaient les Auguste fils et les Odiot. Déjà, en 1774, Jean-Gaspard Odiot, mort à Paris en 1778 et père de Claude Odiot, l'orfèvre du premier Empire, dont les descendants tiennent encore aujourd'hui une si grande place dans l'orfèvrerie, avait trouvé le moyen d'émailler sur la dorure toutes sortes de couleurs imitant les pierres fines.
Vers la fin du xviu' siècle, les orfèvres étaient parvenus à estamper l'argent, et par ce système on avait des salières , des bouts de table, des sucriers, avec cristal intérieur; l'argent ne servait que de garniture. Aussi, au retour de la campagne d'Egypte, l'orfèvrerie ordinaire fut un mélange de grec et d'égyptien. Pour salières, bouts de table, sucriers, on employait indifîeremment des sphinx, despalmettes grecques, des cygnes ; pour colonnes, des obélisques et aussi des colonnes carrées ou rondes avec anneaux, aux ornements impossibles : tout cela était estampé. Pour moulures, des raies de cœur, des feuilles d'eau, feuilles de persil, faites à la molette sur le tour, tout cela monté sans rime ni raison.
L'orfèvrerie ordinaire en était arrivée à ce point de décadence au commencement du siècle actuel. Les seules maisons Odiot, Auguste fils, Biennais, puisaient aux dessins des novateurs Percier et Fontaine. Ces maisons faisaient tout leur possible pour rendre à l'orfèvrerie
I. Histoire de l'Orfèvrerie, dans les Rapports des Dilcgations ouvrières à l'exposition universelle de 18G7.
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son éclat ; 'elles formèrent une école d'ouvriers qui firent des pièces très bien exécutées. C'était le commencement du bruni.
L'orfèvre qui a fait les ouvrages les plus remarquables de la période impériale est Jcan-Baptiste-CIaude Odiot. Tout ce qui sortait de ses mains fut marqué du cachet rigide de cette école, qui fit entre autres grande pièces, la toilette de Marie-Louise, d'après un dessin de Prud'hon. Cette pièce, disent les écrits du temps, est très remarquable ; comme le comporte l'école de cette époque vouée à l'antique, c'est toujours la ligne droite, le carré ou les formes triangulaires qui n'offrent guère de ressource pour faire de l'élégance.
En 181 1, Odiot et Thomire firent le berceau du roi de Rome ; ce berceau était très bien exécuté, mais toujours dans le même goût. On a pu le voir il y a quelques années au Louvre, dans le Musée des Souverains, mais il a subi des transformations lors de la naissance du duc de Bordeaux ; on avait ôté les parties les plus belles ; si bien qu'on ne peut plus porter un jugement sur ce beau travail.
On rapporte qu'à son départ pour la campagne d'Italie, Bonaparte se trouvait absolument sans ressources. Le tablettier Biennais, ayant entendu parler des embarras financiers du jeune général, eut confiance en son étoile et lui vint largement en aide. Le vainqueur d'Arcole et de Lodi, devenu empereur, se souvint de cette action, et d'un fabricant de nécessaires il fit un orfèvre.
Kt d'un geste, (^csar créait des capitaines.
Biennais ne tarda pas à marcher à la hauteur d'Odiot : il fut orfèvre de l'empereur et fit tous les services des maréchaux. Napoléon voulait, en effet, que la cour impériale resplendît du plus vif éclat, et il exigeait que tous ceux qui l'entouraient déployassent le plus grand luxe. L'orfèvrerie avait enfin retrouvé ses beaux jours, non comme style, mais comme travail.
A l'exposition de 1806, Biennais exposa des pièces d'une fabrication très soignée, simples réminiscences de l'antique. .Mais le goût du jour voulait qu'on ne sortît pas des sévérités de David et de Prud hon ; aussi l'orfèvrerie perdait-elle énormément à force de viser à l'imitation du style grec, dans ce qu'il avait de plus grêle et de plus froid: elle prenait un caractère de mièvrerie uniforme qui engendrait l'ennui de voir toujours la même chose.
Enfin, sous la Restauration, arriva l'^auconnier, orfèvre du duc d'Angoulême. A l'exposition de iSjy, il envoya quelques pièces dans
l'art intime
lesquelles on pouvait voir qu'il cherchait à faire sortir l'orfèvrerie du mauvais goût où elle était tombée. A cette époque, il se faisait un travail dans les esprits contre les idées classiques. La littérature et les arts se révoltaient contre cette rectitude géométrique et voulaient respirer à l'aise. Fauconnier eut le pressentiment du changement qu'il fallait faire. Dans le service du duc d'Angoulème, il exécuta, à l'aide de Chenavart, de Barge et des meilleurs ciseleurs, ses premiers essais de Renaissance, il reprit le travail de la ciselure repoussée, et, en 1834, il exposait son vase de Lafayette, œuvre qui, malgré ses imperfections, est une pièce hors ligne. Fauconnier peut être regardé comme le rénovateur de l'orfèvrerie moderne.
Depuis cette époque on a vu se développer dans l'orfèvrerie la sève génératrice qui s'étendait également à toutes les branches artistiques. Les noms des orfèvres français qui l'ont illustrée sont familiers à tous les amateurs : ce sont MM. Gustave et Ernest Odiot, Vaquer, Morel, Duponchel, Christofle, Froment-Meurice et les frères Fannière, dans les magnifiques travaux desquels se résume l'orfèvrerie d'art du xix" siècle.
Fig. 65, Salière de Benvenuto Cellini.
L ART INTIME
Planche X.
l'orfèvrerie d'étain.
Fig. 66. Pot, Gourde et Cafetière en étain (xvi« siècle).
l'orfèvrerie d'étain.
A fonte de l'étain, qui a produit de vrais chefs-d'œuvre rj d'art décoratif durant l'époque de la Renaissance et la première moitié du xvii'' siècle, était très répandue chez les anciens'. Mais les potiers d'étain, dont
l'efTort s'était si longtemps borné à satisfaire les besoins de la vie quotidienne et à fabriquer des objets de ménage , s'enhardirent tout-à-coup au point de lutter avec l'orfèvrerie, et s'étudièrent à reproduire les modèles qu'elle leur fournissait. Ils réussirent à tirer un merveilleux parti de cette matière si facilement malléable.
Au moyen âge, l'étain n'était guère employé que dans la fabrication des ustensiles domestiques. « Quiconque veut estrc ovriers d'estain, c'est à savoir fesières de miroirs d'estain, de fermaux (agrafes) d'estain, de sonneites, de anèles (anneaux) d'estain, de méreaux (jetons) de toutes manières et de toutes mesmes chosettes appartenans à plom et à estain, il le peut être franchement et ouvrer de nuiz et de jours, se il li plaist.... » lit-on dans les Statuts des Métiers d'Etienne Boileau, rédigés au xin' siècle.
Suivant les mêmes statuts, les potiers d'étain s'appelaient estai-
r. Germain Bapst, L'Orfèvrerie d'étain dans l'antiquitc.
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myers. Mais, à ce qu'il paraît, les potiers d'étain et les ouvriers d'étain formaient deux compagnies distinctes ; les premiers faisaient les grandes pièces, les autres exécutaient les menus ouvrages qui rentrent aujourd'hui dans le domaine des bimbelotiers et des miroitiers.
Un siècle plus tard, l'étain servait principalement à confectionner les écuelles, les vases et les ustensiles de table en usage chez les petits bourgeois. Le luxe de l'orfèvrerie d'or et d'argent était réservé à la noblesse riche, et plus particulièrement à la cour. On voit dans le Ménagier de Paris, un bourgeois de la fin du xiv' siècle qui parle de son dressoir de salle à manger et de son dressoir de cuisine, mais, sur l'un comme sur l'autre, il n'exposait que de la vaisselle d'étain, et si sa maison était bien tenue, si sa vaisselle était brillante, la propreté en était tout le luxe, comme elle en faisait tous les frais.
En somme, la vaisselle de cuisine ou du commun chez les riches et la vaisselle la plus générale, même chez les gens aisés, étaient en étain. Nous en donnerons pour exemple les 142 écuelles d'étain de la reine Clémence, ainsi que la vaisselle qui servait à l'archevêque de Reims, au xiv° siècle, et chez le duc de Bourdonnais, en 1507. 11 est à remarquer que le Testament du dit archevêque de Reims mentionne « deux pots de trois chopines à façon d'argent », c'est-à-dire prenant les formes de l'argenterie.
Au xv° siècle, les potiers d'étain ou fabricants de pots, s'appelaient aussi pin tiers, fabricants de pintes ou flacons d'étain. « A Guiot de Morennes, pintier d'estaing, la somme de 35 sols tournois, pour deux flacons d'estaing », dit le Compte rendu des dépenses de Louis XI, année 146g. Tel était ce potier d'étain dont parle Guillebert de Metz en 1407, établi devant le Palais, et « ouvrier de merveilleux vaisseaux d'estain ». Enfin, il y avait à Tours, en 1423, un potier d'étain, Jean Goupil, chez qui Marie d'Anjou ne dédaignait pas de s'approvisionner pour le service de sa maison.
On ne voyait alors que les riches ou les bourgeois qui eussent des écuelles d'étain fin; chez les pauvres, comme nous l'apprend le Viander pour appareiller toutes sortes de viandes, par Taillevent, elles étaient de poterie ou de bois.
Les ustensiles d'étain, d'abord grossièrement fabriqués, furent avec le temps mieux confectionnés. Vers la fin du xv' siècle, le goût de la forme s'était tellement répandu, et il s'établit entre toutes les classes une rivalité de luxe si vive, qu'on voulut en faire parade
même avec la vaisselle d'étain, et des artistes habiles se firent une réputation honorable comme cstatmyers. C'est alors qu'apparaît le rôle de l'étain comme orfèvrerie de luxe, et l'on voit prendre à cette orfèvrerie un tour artistique plus particulier et servir à l'exécution de magnifiques pièces.
Les potiers d'étain du xvi' siècle avaient fait de grands progrès. Non seulement ils planaient la vaisselle qui sortait de leurs mains, mais encore ils la doraient. Au reste, quand on entrait chez un riche bourgeois, on voyait tout d'abord briller sur son dressoir sa vaisselle d'étain, qui avait l'éclat et les élégantes formes de la vaisselle d'argent ou d'or '. Dans la Reconnue, comédie de Remi Belleau (156^), la chambrière Janne se plaignant des tracas que lui font endurer ses maîtres, dit :
Il me faut suivre çà et là
Madame et frotter haut et bas,
Me rompre mains, jambes et bras,
A tourmenter une escabelle,
Un banc, une table, une escuelle,
A celle fin que son airain,
Son cuivre, son fer, son étain.
Reluise jusqu'au lamperon
Et jusqu'au fond du chaulderon.
La poterie d'étain était de plus en plus en faveur; il ne lui manquait plus que de devenir un art. C'est sous le règne de Henri H que cet événement se produisit, et le promoteur de cette conquête, ce fut le français François Briot, habile maître dont le nom même serait inconnu, s'il n'avait pas pris le soin de signer ses pièces.
l'Vançois Briot, dont les buires et les plats ornent aujourd'hui les principales collections de l'Europe, était graveur en médailles et travaillait à la Monnaie de Besançon. 11 paraît avoir vécu de 1550 à 1615, comme nous l'ont appris les découvertes récentes de Al. Castan, bibliothécaire de la ville de Besançon
Quoique François Briot ne fût pas orfèvre, il eut été bien digne de l'être, bien moins, il est vrai, par son talent de ciseleur, — .M. Germain Bapst a démontré que ses pièces n'ont jamais été ciselées ni même reprises en ciselure après la fonte, — que par le goût qu'il apporta dans l'invention et l'élégance des formes. Lui-même, dit .M. Paul
1. Montfaucon, Monuments de la Monarchie française. Chambre Je Henri 11.
2. Germain Bapst, L'Orfèvrerie d'étain, I/Œitvrc de h'r. liriot.
Mantz, il se considérait comme sculpteur : sculpebat Franciscus Briot, telle est l'inscription qui figure le plus souvent au revers des plats et des bassins qui supportent ses aiguières, et il y gravait volontiers son
Fig. 67. Bassin et pot à bière en étain (Collection Sauvageot, au Louvre).^
portrait, signant ainsi deux fois ses productions les mieux venues. Pourquoi n'a-t-il pas ajouté une date ?
Les ouvrages du célèbre potier d'étain ne sont pas très rares : lorsque l'artiste avait obtenu, à l'aide du moule gravé dans un métal ou
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dans une pierre lithographique (comme pour une médaille), un modèle qui lui plaisait, il le reproduisait à plusieurs exemplaires. « Une des plus belles aiguières de P rançois Briot est conservée au Musée de Cluny. La panse du vase, dont la forme est ovoïde et toute fleurie des plus riches arabesques, est divisée en trois zones. Celle du milieu est décorée de trois médaillons qui représentent le Foi, l'Espérance et la Charité. Des figures de fantaisie, des mascarons, des chevaux ailés ornent les deux autres zones. Deux tètes en demi-relief enrichissent le col du vase; un buste de femme, se terminant en gaînc , forme l'anse; enfin, deux bordures à i^odrons donnent au pied de l'aiguière autant de solidité que d'élégance.
La décoration du bassin est plus riche encore. Le fond se compose d'un médaillon circulaire où est représentée la figure allégorique de la Tempérance, et qu'entourent quatre autres médaillons ovales qui symbolisent les IClèments. Sur les bords du plat sont les Sciences et les Arts, au nombre de sept, et Minerve qui résume en elle toutes les forces de l'esprit. Des oiseaux fantastiques, des fleurs, des trophées, encadrent ces divers cartouches. Enfin au revers du bassin
se trouvent 1 inscription dont nous rappelions plus haut le texte, et le portrait de I Vançois Briot, qui porte le costume du temps de Charles IX, et qui se révèle sous les traits énergiques d'un homme dans toute la force de l'intelligence et de l'âge.
« On voit d'autres ouvrages de lui au Musée Sauvageot. Un autre vase figurait dans la collection Louis I"'ould, vendue en 1860. Si François Briot n'est pas un inventeur constamment heureux (ses ouvrages pèchent par 'quelques défauts de composition et d'ordon-
rig. 68. Ainuicro cii ctain de Briot (Musée lie Cluny).
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nance), il est un des plus remarquables exécutants de l'époque, un dessinateur exquis dans le détail, un graveur plein d'esprit, de liberté et de grâce. Aussi la poterie d'étain dut-elle à François Briot un moment d'éclat et de vogue, qui se prolongea au-delà de la vie de l'ingénieux artiste. Comme Palissy, comme l'auteur anonyme des faïences de Henri II, il ne laissa pas de successeur,, et l'étain, un moment ennobli au point de se mesurer avec l'or et l'argent, retomba après lui au rang modeste qu'il avait occupé pendant les siècles précédents »
Quelques artistes du xvi" siècle ont produit, en Allemagne comme en France, des étains somptueux destinés certainement à meubler aussi la demeure des grands et des souverains. Le plus célèbre d'entre eux est Gaspard Enderlein, lequel signait, en dessous de ses plats, à la façon de Briot : scidpebat Gaspard Enderlein. Mais le potier d'étain allemand ne se contentait pas seulement d'imiter la signature de l'artiste français, il contrefaisait aussi ses ouvrages, témoin le bassin et l'aiguière conservés à la sacristie de Lorenz Kirche, et le plat et l'aiguière de la Tempérance, même collection, qui, au lieu d'avoir à son revers le portrait de Briot, comme les plats de Cluny et du Louvre, porte celui de Gaspard Enderlein avec son exergue : Kaspard Enderlein sculpebat.
« Du reste, fait remarquer M. Germain Bapst, est-il besoin de signaler que le plat de la Tempérance est une composition essentiellement française, pleine de légèreté et de finesse, qu'un allemand n'aurait jamais été capable de concevoir? En se basant sur la signature pour émettre une opinion sur la nationalité de l'œuvre, les critiques d'outre-Rhin auraient dû l'examiner davantage, et il leur aurait été facile de voir que la signature d'Enderlein est rapportée. Considérez en effet le tour de l'ombilic qui porte à son revers le portrait d'Enderlein, vous vous apercevrez facilement que ce n'est plus cette légèreté de forme et de contours que nous admirions au Louvre sur l'objet qui porte la signature de Briot véritablement authentique. La bordure cordée de l'ombilic du plat de Nuremberg n'est qu'une horrible soudure maladroitement faite, et montrant trop le raccommodage pour qu'on ne puisse voir, au premier abord, la preuve évidente de la substitution de la signature d'Enderlein à celle de Briot.
« Mais ce qui devient plus original, c'est que le plat de la Tempérance, signé Enderlein, et mis en avant par les journaux de Nurem-
I . Paul Mantz : Recherches sur l'histoire de l'orfèvrerie française.
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berg, n'est pas unique ; il en existe plusieurs, entre autres un que possède la collection du Louvre.
« Que conclure de cette multiplicité de reproductions du plat de Briot avec une signature fausse? C'est que le commerce de l'étain, en raison du peu de valeur de la matière, était considéré comme libre et que la copie d'une pièce était une chose couramment admise. Mais qu'importe la matière ? C'est dans la conception et dans l'exécution du chefd'œuvre que nous retrouvons l'art et le mérite ; aussi avons-nous tenu à démontrer que la plus belle œuvre d'étain delà Renaissance était une œuvre française et que la paternité en appartenait réellement à Briot ».
Gaspard Enderlein n'en fut pas moins un artiste de talent, auquel d'autres ouvrages, des plats notamment, ont donné quelque célébrité.
Nous arrêterons là notre excursion à l'étranger pour revenir en France, où nous attend une fontaine en étain du xvi' siècle, faisant actuellement partie de la collection de M. Stein. Cette fontaine mesure 35 centimètres de hauteur, elle est à trois pans coupés, la quatrième face est destinée à être appliquée contre le mur. L'extrémité supérieure a la forme d'un toit légèrement en dôme avec une dépression qui vient se terminer en pointe. Le tout est surmonté par un pélican qui forme le sommet de la fontaine. Au centre de chaque pan coupé sont des têtes de lion et sur chaque face du dôme des mascarons : tout autour des lions et des rinceaux ; en haut, des amours soutiennent un médaillon en Jouant entre eux, tandis qu'en bas, par opposition, ce sont des satyres à grande barbe qui semblent supporter le panneau. Le robinet est formé d'un dragon ailé. Cette fontaine, dit M. Bapst, est unique dans son genre, il n'en existe aucune semblable. Les potiers d'étain ont donc très rarement exécuté de pareilles fontaines, où comme dit le poète :
Les robinets d'airain chantent en s'égouttant.
Après la mort de Briot, l'orfèvrerie d'étain déclina rapidement en France. On l'appliquait toujours cependant aux ustensiles de ménage. Loret, l'auteur de la Muze historique, assure dans sa chronique rimée du 5 Janvier 1658,
Que les plus fins et les plus sages Prendroient d'abord ces beaux ouvrages, Tant l'éclat en parait joly, Pour un bel argent bien poly.
Mais bien peu de pièces de ce temps ont une valeur et peuvent être enregistrées comme intéressantes. Signalons cependant une Jolie boîte
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à thé en étain incrustée de cuivre, ayant appartenu à Fagon, médecin de Louis XIV, et envoyée par M. Jules Greslou à l'Exposition archéologique et d'art organisée à Chartres en mai 1858.
Dans le courant du xvn" siècle quelques potiers d'étain cherchèrent à relever leur industrie, et quelques objets furent exécutés dans un travail plus fin. C'est alors seulement que l'étain fut ciselé, car à la ciselure l'étain prend un gras tout particulier qui le fait ressembler à de la cire modelée. On en a des exemples dans la soupière normande de mariage en étain, avec couvercle guilloché de l'époque Louis XVI, exposée par M. Théodore Petitjean à l'Exposition rétrospective de Reims, en 1876. Ces soupières de mariage étaient communes en Normandie au xviii'' siècle.
Les procédés de Briot étaient oubliés depuis longtemps, lorsqu'il y a deux ans environ, un sculpteur de talent cité par M. Germain Bapst, M. Brateau, parvint à reconstituer cette vieille fabrication française du xvi° siècle, et tout le monde a pu admirer à l'Exposition de l'Union centrale en 1880 les deux assiettes qu'il présentait au public.
Fig. 69. Canette en étain (xvi« siècle).
Fig. 70. Boites de montie et pomme de canne Louis XVI