I. Ed. Lièvie, Collections célèbres J'aeuvres d'art
l'art intime
la cour du dernier des Valois, montre quels étaient à cette époque les bijoux les plus recherchés. On y voit figurer une chaîne d'or curieuse. Elle 'se compose de dix-huit médaillons entourés de perles, représentant autant d'épisodes de l'histoire de Vénus ; plus huit bracelets faisant jusqu'à trois et quatre tours au bras, par dessus la manche, et enfin des chiffres (médaillons) émaillés s'ouvrant des deux côtés pour mettre des portraits [sic). Mais par un raffinement inconnu auparavant en France et dû aux Florentins venus à la suite des Médicis, des interstices furent ménagés dans les bijoux pour y loger des
Fig. 73. Boite à odeurs (argent gravé).
parfums, tels que le musc et l'ambre. C'est alors que les efféminés imaginèrent de porter une pendeloque à l'une de leurs oreilles. Henri III ayant trouvé cette mode insuffisante pour lui, on voit par le curieux pamphlet de Thomas Artus, Vhle des Hermaphrodites, « qu'il se fist apporter ung petit estuy, dans lequel il y avoit quelques bagues (bijoux), d'où il prist deux pendans, qu'on lui pendit aux oreilles ». D'autre part, l'ambassadeur vénitien Jean Michiel, dit de ce prince : « Il s'est adonné aux voluptés , elles le dominent ; il se couvre d'odeurs et de parfums ; il porte à ses oreilles un double rang d'anneaux et de pendants ; il charme et séduit les femmes en leur prodiguant les bijoux et les futilités les plus coûteuses ». Voilà bien Henri de Valois, tel qu'il fut dans sa première jeunesse !
Les dernières années du xvi' siècle marquent en France l'extrême limite de la Renaissance et les débuts de l'art moderne. Un autre
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ET LE GOUT EN FRANCE
esprit, né de circonstances politiques autant que du caractère personnel d'Henri IV, inspirera désormais l'art, la littérature et la mode. Ce n'est plus la môme élégance attique, la même légèreté païenne : c'est un autre esprit, c'est l'art moderne. Dès lors les symptômes évidents d'une décadence envahissante marquent, dans tous les arts en général et dans la bijouterie en particulier, la triste fin d'une grande époque. Quoi qu'il en soit, à la cour d'Henri IV, le luxe des bijoux s'accrut encore. Hommes et femmes portaient des chaînes à
plusieurs rangs, des bracelets et des bagues à tous les doigts, ce qui faisait dire au ministre Sully : « (>es gens-là portent leurs moulins et leurs champs sur leurs épaules ». IJ" Inventaire de (jabridlc d Esliccs (1599) fournit à chaque ligne des preuves de ces folles somptuosités. On y trouve entre autres la description de l'anneau de mariage d'Henri IV, qu'il est assez curieux de rencontrer parmi les joyaux de la favorite rivale de la reine. « Ung diamant en table, que .M'"' de Sourdis a dit estrc celuy duquel le roy a espousé la reyne, prisé neuf cens escus ».
La perle, déjà très employée au temps de Gabrielle d'Estrécs, devint, sous la régence de Marie de Médicis, l'élément principal du bijou, la parure préférée des femmes qui se chargeaient les oreilles de longues pendeloques, se couvraient les doigts de bagues, la tête d'épingles ou fends d'aigrettes, tous composés d'après les modèles du célèbre
l'iy. 7.1 et 73. Pendeloques Ju xvi" siitle.
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l'art intime
Gilles Légarë. Cette époque conserva également l'usage des chaînes d'or tombant sur la poitrine. L'auteur du Discours nouveau sur la mode (161 3) parle d'une femme galante à laquelle
Il falloit des carquans, chaisnes et bracelets, Et aimoit mieux payer tous les ans une rente, Que n'avoir pas au col une chaisne pendante.
Mais il y avait longtemps que les hommes n'en portaient plus. Cependant Sully, devenu vieux, n'avait pas voulu changer ses habitudes. Au rapport de Tallemant, quand le célèbre ministre sortait de son hôtel pour aller se promener sous les porches de la place Royale, « ce bonhomme, plus de vingt-cinq ans après que tout le monde avoit cessé de porter des chaînes d'or et des enseignes de diamants, en mettoit journellement pour se parer. Tous les passants s'amusoient à le regarder ».
L'importance toujours croissante qu'avaient acquis les perles, les diamants et les pierreries dans la pratique de la bijouterie-joaillerie arriva à son apogée pendant le règne de Louis XIV, lorsque l'art de tailler et de monter les pierres précieuses eut le pas sur celui de ciseler l'or et l'argent.
Demoiselles, hautes duchesses, Dames, marquises et comtesses.
Femmes d'honneur, femmes d'amour,
selon les expressions de la Muze historique de Loret (3 janvier 1654), toutes à l'envi portaient des diamants. Robinet, continuateur de Loret, dans une de ses lettres en vers, parle de dames « de diamants éclairées », grâce aux girandoles de diamants qu'elles avaient aux oreilles.
Tels étaient les joyaux que Louis XIV donnait à ses maîtresses. Un jour que la Vallière passait devant Marie-Thérèse pour aller souper chez la comtesse de Soissons, la reine dit en espagnol . Esta donzella con las arracadas de diamante, es esta que el rey quière : « Cette demoiselle aux pendants d'oreilles de diamants est celle que le roi aime » '. Mais M"^ de Montespan ne tarda pas à détrôner la Vallière dans le cœur du roi, et celui-ci dut charger Colbert de faire fabriquer une petite cassette « bien propre » et remplie de pierreries, où il put puiser à sa guise. Cette cassette, destinée à M"' de Montespan, devait contenir « un collier de perles que je veux qui soit beau, deux paires de pendants d'oreilles, l'une de diamants, que je veux qui