I. Hip, Babou, Les Femmes galantes du grand siècle
ET LE GOUT EN FRANCE
soient beaux, et une, de toute pierre, une boîte et des attaches de diamant, une boîte et attaches de toute pierre..., etc. Il faut avoir des pierres de toutes couleurs pour en pouvoir changer. // Jaut aussi une paire de pendants d'oreilles de perles. // Jaut encore quatre douzaines de boutons, dont on changera les pierres du milieu, etc. Les détails continuent sur ce ton impératif jusqu'à la minutie » '.
On voit par cette anecdote que les pierres de couleur n'étaient pas moins estimées que le diamant.
L'emploi général du diamant dans les hautes classes fit adopter, par les classes moyennes et la bourgeoisie de province, l'usage des cailloux d^Alençon et des petites pierres blanches dites jargons, avant-coureurs du strass. Le Musée de Rouen possède un cadre contenant toute une collection d'anciens bijoux normands, en or et en argent, qui sont ornés de pareilles pierres. Généralement ces pièces sont des parures de femme appartenant au xvn' siècle. On y remarque une croix d'or à bosses avec son coulant filigrané en forme de cœur. Une autre croix en vermeil découpée à jour, ornée de petits jargons et accompagnée de son coulant du môme métal et du même travail , se montre auprès d'un Saint-Esprit en vermeil, fabriqué de la même manière. Le même cadre contient aussi deux croix de mariées, en argent et à pierres ; deux agrafes de mantelet, en argent, et deux colliers de bijouterie aussi en argent montés en pierres blanches dites cailloux d'Alençon. Ces pièces se terminent par une croix décorée des mêmes pierres -. Citons encore des boucles d'oreilles, des bagues, agrafes, esclavages, boutons, colliers et bijoux divers de Normandie en argent ciselé et pierres d'Alençon, appartenant à M""" Petitjcan et à M. Gerbault. Ces deux curieuses collections ont été fort remarquées à l'Exposition rétrospective de Reims en 1876.
Le xviii'^ siècle, avec sa civilisation aiguisée, son afféterie, son persiflage, trouva le moyen de renchérir et de rallîner.
Parfaits dans le petit, sublimes en bijoux,
Grands inventeurs de riens, nous faisons des jaloux,
écrivait Voltaire à sa nièce .M"'" Denis, en 1750. Rien n'égale, en effet, la richesse et la fantaisie de ce luxe heureux d'une époque où toutes les industries eurent de la grâce, où tous les arts eurent de l'esprit. La bijouterie de ce temps, c'est l'art vif, pétulant, familier, s'ingéniant dans la combinaison des mille fantaisies de la vie élégante. De là, la