Baiidrillait, Histoire du luxe
2. Labbc Cochet, Catalogue du Musée de Rouen, iS()8, N» 3o. galerie I.anglois.
l'art intime
vogue des objets en filigrane. Dans une maison où Fontenelle venait de dîner, on montra un bijou en filigrane si fin, si délicat, qu'on n'osait pas le toucher, mais qu'on trouvait admirable. « Pour moi, dit Fontenelle, je n'aime point ce qu'il faut tant respecter... » Dans ce moment, entrait la marquise deFlamarens; elle l'avait entendu... Fontenelle, l'ayant aperçue, s'empressa d'ajouter : « Je ne dis pas cela pour vous, Madame ».
Sous Louis XV et Louis XVI, la bijouterie avait donc fait d'incontestables progrès, surtout pour la cise-
lure, qui fut poussée à une perfection qu'on n'a pas dépassée depuis. A cette perfection vint s'ajouter un élément de décoration quelque peu négligé : nous voulons parler de l'émail. Rien n'égalait la quantité, la variété, l'originalité, la délicatesse, l'élégance des bijoux qui rehaussaient à cette époque la toilette féminine, particulièrement les châtelaines. Ce fut le règne des bracelets, des diamants, des boucles d'oreilles, des colliers, des aigrettes, des nœuds et des plaques placés sur le devant du corsage et des robes. La jeune reine Marie-Antoinette aimait beaucoup les diamants. Elle en avait à sa ceinture, à ses épaules, à l'agrafe de son manteau. Cette
Fig.76. Joyau du xvie siècle. passiou causait même d'assez vifs scandales. On se rappelle assez le fameux procès du collier. « Quoique dans le courant de l'année dernière, écrivait Mercy-Argenteau, en 1776, le roi ait donné en différentes occasions pour plus de 100,000 écus de diamants à la reine, et que Sa Majesté en ait d'ailleurs une prodigieuse quantité , il lui vint cependant un grand désir d'acquérir des girandoles qui lui furent présentées et dont le bijoutier prétendait avoir 60,000 francs. Je ne cachai pas à la reine que, vu les circonstances présentes, il eût été prudent de suspendre pareille dépense: mais la tentation était trop forte; et il n'y eut pas moyen d'y résister. A cette nouvelle, Marie- Thérèse répondit aussitôt à Mercy une lettre pleine de reproches adressés à sa fille. Mais Marie-Antoinette, avec sa légèreté habituelle, continua d'acheter ce qu'elle appelait des bagatelles aux
ET LE GOUT EN FRANCE
dépens de la cassette royale, et répondit aux reproches de sa mère par des phrases évasives et par des artifices adroits. « Je n'ai rien à dire sur les bracelets, écrivait-elle quelque temps après; je n'ai pas cru qu'on pût chercher à occuper la bonté de ma chère maman à de pareilles bagatelles ». C'étaient ces bagatelles, cependant, qui allaient la perdre, la pauvre reine! En effet, ajoute l'intègre et toujours fidèle Mercy, les dettes contractées pour l'achat des diamants se payaient mal, et des milliers de satires et de pamphlets, qui échappaient à la police, répandaient l'mdignation dans le public » '.
Cet amour effréné de la parure avait même gagné les hommes.
Ceux-ci portaient à tous les doigts de larges bagues appelées firmaments, des boutons de pierreries à leurs habits, des boucles d'argent à leurs souliers , des boîtes et des étuis d'or dans toutes leurs poches.
C'est alors, vers 1780, que les bijoutiers commencèrent à mélanger les ors de diverses couleurs , et ils tiraient de cette association, si longtemps défendue, des effets harmonieux et charmants. Ce genre de décoration fut appliqué avec succès l'année suivante, lorsque les femmes, avides de nouveautés, suspendirent à leur cou de petits dauphins, allusion transparente à la naissance du fils de Louis XVI. En 1782, les dauphins étaient remplacés par les croix à la Jcannelte.
kes tempêtes de la Révolution de 1780 anéantirent la bijouteriejoaillerie, ainsi que tous les autres arts de luxe, et la civilisation la plus raffinée tomba dans la plus complète barbarie. La coquetterie féminine se contentait alors à peu de frais. La Bastille démolie devint une mine où s'alimenta la bijouterie patriotique ; des fragments des pierres de l'ancienne forteresse servirent à monter des colliers, des bracelets et des bagues, qu'on appela bijoux à la Constitulinn. Ces bijoux obtinrent une telle faveur que les femmes du meilleur monde