I. Correspondance du comte de Mercy-.Xrgenleaii
l'art intime
en agrémentaient leur toilette. D'après les Lettres écrites de France à une amie en Angleterre, par miss Williams (1791), « Madame deGenlis porta à son cou un médaillon fait d'une pierre polie de la Bastille ».
Cependant l'or devait bientôt reparaître. La même année fut marquée par la mode des alliances civiques, ornées de la devise consacrée : La Nation, la Loi, le Roi. Aux bijoux d'or succédèrent les bijoux de cuivre et d'acier, façonnés en emblèmes patriotiques. Enfin, au plus fort de la Terreur, les femmes de Nantes imaginèrent de porter à leurs oreilles de petites guillotines de vermeil. Mais, nous le savons par Mercier, qui consigna le fait dans son Nouveau Paris, les parisiennes refusèrent de se soumettre à cette mode inventée par le sanguinaire Carrier. Pendant ce temps, le peuple ornait ses doigts de bagues en cuivre rouge dites à la Marat et portant, estampés en relief, les portraits de Marat, de Challier et de Le Pelletier de Saint- Fargeau. Ces terrifiants bijoux furent appelés bijoux à la Révolution .
La bijouterie commença à sortir de son sommeil léthargique après thermidor, et elle redevint presque florissante pendant le Directoire, lorsque Paris reprit ses habitudes de luxe et de plaisir. Le Messager des Dames déclame, en 1797, contre « le luxe impudent, les plaques d'or, les diamants, la bigarrure des pierreries qui ont, pendant quelque temps, surchargé la tête des nouvelles enrichies ». Mais les chaînes d'or et les bracelets étaient rares : suivant le Tableau du goût, des modes et des costumes de Paris, an V, on ne portait guère de boucles d'oreilles qu'autant qu'elles étaient ornées de perles fines. En messidor, même année, on donna la préférence à « des cœurs de cristal montés en or, qui se suspendent au cou avec une ganse ». A ces parures d'une grande simplicité succédèrent les cercles diamantés que les femmes portaient aux jambes. Bientôt enfin le goût de l'antique prédomina, et l'on sait par les Mémoires de la duchesse d'Abrantès que M""= Tallien mit en vogue les bijoux à la grecque ornés de camées et d'intailles.
Pendant les quinze années du Consulat et de l'Empire, la bijouterie émancipée produisit des ouvrages d'un genre nouveau, dus au talent de Foncier, « renommé alors pour tout ce qui était élégant en bijouterie », se rattachant toujours néanmoins à ce monde classique dont le pinceau de David venait d'évoquer le souvenir. Mais les écrits du temps attestent que les bijoutiers de cette époque avaient l'invention lourde et surtout monotone. De Jouy, dans son Hermite de la Chaussée d'Antin, année 1811, nous apprend que « Mellerio
ET LE GOUT EN FRANCE
était le premier homme du monde pour les bagues hiéroglyphiques et lithologiques, Nitot pour le dessin et la monture des boucles d'oreilles, Pitaux pour la magnificence de ses diadèmes et le mobile éclat de ses aigrettes »,
Le mouvement qui se produisit dans l'art, aux approches de 1827, fut un mouvement de résurrection et de délivrance. On rompit désormais avec les formes pseudo-classiques, dont l'Empire avait tant abusé; on rajeunit les types vieillis; l'un s'inspira du moyen âge, l'autre de la renaissance italienne ; celui-là du xvni" siècle. C'était le temps où les bijoux de Janissct et les joyaux de Fossin rivalisaient avec les parures en pierres fines de couleur. Sainte-Beuve y fait allusion dans ses Poésies de Joseph Delorme, lorsqu'il dit :
Oui, j'aime qu'en valsant une tête s'incline, J'aime sur son cou blanc la rouge cornaline.
La génération de cette époque consacra les premiers succès de Froment-Mcurice, qui, au lieu des raideurs et des sécheresses de la Restauration, rechercha et mit le premier en faveur les mignardises féminines du xviii" siècle et les souples élégances des Valois. On connaît les beaux vers des Conlcmplations adressés à l'artiste, par Victor Hugo :
Sur son bras ou sur son cou Tu fais de tes rêveries.
Statuaire du bijou.
Des palais de pierreric's !
Ne dis pas : « Mon art n'est rien. . . ■>
Sors de la route tracée,
Ouvrier magicien,
Lt mêle à l'or la pensée.
Nous sommes frères : la lleur Par deux arts peut être faite ; Le poëte est ciseleur, l.c ciseleur est poëte.
La joaillerie a eu également ses rénovateurs. Grâce aux Fieaugrand, aux .Mellcrio, aux IJoucheron, aux Rouvenat, aux .Massin, l'art n'est plus dans la richesse de la matière, il est dans la pureté de la forme. Aujourd'hui, le diamant, le rubis, le saphir, le diamant surtout, semblent autant d'astres, anciennement voilés, qui, pour la première fois, brillent de tout leur éclat dans un ciel pur. \'oyez ce papillon en rubis et diamants, vous diriez une lleur qui vole, et s'en va, les deux ailes déployées, chercher quelque belle à parer.
l'art intime
« Ce n'est pas telle ou telle fleur, que les joailliers reproduisent avec des pierres éclatantes, avec des diamants étincelants, dit à ce sujet le comte de Laborde, c'est une végétation enchantée, des bouquets de feux de Bengale solidifiés; c'est le mouvement de la végétation, la forme caractéristique, l'enlacement particulier, c'est surtout l'effet général. Quant à l'artiste, son plus grand mérite est de savoir se cacher et de briller par son absence; à lui revient l'honneur de si bien disparaître qu'on doute de sa participation, et cependant c'est lui qui a enserré chaque pierre de ce bouquet léger dans des griffes puissantes ; c'est lui qui a formé toute cette charpente à peine visible, et si solide qu'elle porte tout l'échafaudage, se décompose et se divise pour transformer ce bouquet ou cette couronne en broches, en agrafes, en plaques de bracelets, en pendants d'oreilles, offrant ainsi à la coquetterie l'appât d'une conquête solennelle ou l'occasion de mille escarmouches victorieuses ».
Fig. 7t>. Pendant de col (xviu« siècle).
L ARÏ INTIMli
Planche XII
Fig. 79. Girandole en pierreries (époque Louis XV).
LES PILKRLS PRECIEUSES.
r..;^ lEN qu'à nommer les pierres précieuses, on éprouve ' " de l'ébloulssement , non pour leur valeur matérielle, mais pour la poésie qu'elles inspirent ! Ce sont les ''(^^^'^'■^^4 fleurs de la minéralog-ie , épanouies par un travail infini dans les entrailles du globe. Ce sont les étoiles des régions ténébreuses que l'on compare avec raison aux étoiles du ciel : dans les nuits pures et limpides, ne sont-ce pas les diamants innombrables qui scintillent à la voûte azurée ?■ >» '
Cependant, que trouve-t-on à l'origine de nos gemmes (le nom latin de pierre précieuse est gemma)} de la terre et de l'eau. Mais grâce aux phénomènes de la cristallisation, ces matières grossières se métamorphosent comme les papillons diaprés qui sortent de leur chrysalide; un charbon noir, sale et pulvérant, se transforme en un diamant transparent, d'une dureté et d'un éclat incomparables; une terre grasse et pâteuse en superbes gemmes orientales -, et un sable terne et opaque en éblouissantes pierreries.
1. Kambosson, Les Pierres prccicuscs et les principaux ornements.
2. On désigne sous le nom de pierres orientales les gemmes de premier ordre, les pierres supérieures en beauté, quel que soit le lieu de leur origine, et les gemmes de second ordre sous le nom de pierres occidentales.
l'art ln tlme.
l'art intime
Etudions maintenant les principales pierres précieuses, par ordre de beauté, de rareté et de valeur.
Li romans des pierres commence. '
Le diamant est le plus dur, le plus pur et le plus brillant de toutes les gemmes. Incolore, il est regardé comme infiniment plus précieux que les autres pierres, par son éclat, son inaltérabilité et le degré de sa transparence. Sa limpidité égale celle de l'eau de roche; mais quelquefois il est teint de particules métalliques qui le rendent vert. Jaune, rouge, bleu, gris, brun et quelquefois noir. Dans ce dernier cas, la pierre est complètement opaque, mais elle offre un éclat extraordinaire, supérieur à celui de l'acier poli. Il existe des diamants bleu indigo, vert pâle, rose cerise, jaune jonquille et jaune citron, excessivement rares dans l'état parfait.
Mais si un diamant coloré est au-dessus des autres gemmes, il reste encore bien inférieur à un beau diamant blanc, bien taillé en brillant ou en rose, donnant parfois, au milieu de ses feux étincelants, colorés comme le prisme , le scintillement radieux d'une étoile. Ce n'est plus un simple caillou de parure, un misérable jouet de la vanité humaine, c'est un admirable produit de la nature, plein de problèmes pour l'artiste et pour le savant.
L'un des plus beaux diamants du monde appartient à la France : c'est le Régent. A des dimensions considérables, il réunit au suprême degré toutes les qualités que l'on recherche dans ces magnifiques productions. Son estimation, dans l'Inventaire des diamants de la Couronne, rédigé en 1791, monte à 12 millions de francs. Les amateurs ont pu en admirer la pureté à nos dernières expositions universelles.
Le second diamant célèbre est le Sancy. Ce diamant, fort épais, est taillé à facettes, en forme de pendeloque ; il est très blanc, d'une netteté et d'une vivacité parfaites. L'Inventaire de 1791 l'estime un million.
Viennent ensuite les diamants étrangers, parmi lesquels un des plus beaux est sans contredit celui du Grand-Mogol. Tiré de la mine de Coloure, près de Golconde, il a la forme d'un œuf coupé transversalement, et est estimé près de 12 millions, ou, si l'on préfère le langage précis de Tavernier, « onze millions sept cent vingt-trois mille deux cent soixante-dix-huit livres quatorze sols et trois liards ! » Au rapport du prince Soltykoff, dans son Voyage en Perse, ce dia-