I. Albert Jaquemart, Histoire de la Céramique
ET LE GOUT EN FRANCE
des procédés de la peinture vitrifiable ; statuaire, il ne s'écarte pas des principes de son art; souvent il épargne les chairs et jette l'émail blanc sur les seuls accessoires ; toujours une coloration modérée rehausse les draperies ou les encadrements de ses suaves compositions. Le style pur, souvent raphaélesque, des ouvrages de Lucca, n'est pas le seul caractère auquel on puisse le reconnaître ; ses procédés sont tout spéciaux ; l'émail qu'il emploie est mince, délié, presque transparent ; le bleu de ses fonds est calme et tendre. A ces divers indices, on peut lui attribuer le bas-relief du Louvre, la Vierge adorant l'enfant Jésus.
Il y a quelques années, un artiste de talent a essayé chez nous de reprendre l'œuvre ou le dessin de Délia Robbia, c'est M. Joseph Devers. « M. Devers, écrivait alors M. Philippe Burty, est un artiste piémontais qui, venu fort jeune à Paris, a étudié la peinture chez Ary Scheffer, la sculpture chez Rude, la décoration émaillée chez M. Jollivet. C'est assurément à sa courageuse personnalité qu'il faut attribuer de nos jours le mouvement des esprits en faveur de la faïence décorative. D'autres, meilleurs praticiens, en ont profité et ont fait fortune, mais c'est lui qui a allumé le foyer. Kn 1853, il exposa au Salon une vaste composition, « les Anges gardiens ». Depuis, outre une grande quantité de travaux isolés pour des demeures particulières en l*>ance, en Italie, en Angleterre, il convient de citer quatre hauts-relief pour l'église Saint-l'3ustachc et un buste de Délia F^obbia pour le .Musée de Kensington » '.
Pour en revenir à la Renaissance italienne, la protection des grands seigneurs encouragea les efforts et les recherches. A l'exemple de Lucca délia Robbia, des ouvriers habiles établirent, dans plusieurs villes d'Italie, des fabriques de terre émaillée. Chacun, de son côté, agrandit le domaine des procédés. Les émaux se multiplièrent ; de nouvelles nuances prirent place sur la palette des céramistes. Les plus grands peintres ne dédaignèrent pas de grouper leurs couleurs sur le flanc d'un vase ou le creux d'une assiette, et de donner à ces œuvres fragiles une valeur artistique aussi grande qu'à une toile ou une fresque. Les belles poteries qui nous restent de cette époque joignent au mérite d'une fabrication soignée celui d'un art remarquablement développé.
C'est à cette époque que se place l'apparition de la vaisselle émaillée, c'est-à-dire, des plats connus sous le nom de majoliqucs, qui réflé-