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I. Pliilippc Burty, Chefs-d'œuvre des Arls industriels

l'art intime

chissent dans leurs concavités les rayons solaires, en produisant des effets magnifiques. Mais rappelons tout d'abord que les faïences italiennes ont une franchise de ton extraordinaire, un gras et un glacé tout-à-fait merveilleux. Les reflets nacrés, dorés, ou rouge rubis de ces faïences, ne tiennent pas à la nature du vernis, mais à l'emploi

de certains métaux revivifiés au four ; ce qui le prouve, c'est que, en général, les parties blanches ne sont jamais chatoyantes ; le Jaune et le bleu s'irisent seuls sous l'influence du rayon lumineux.

On a souvent répété que le mot faïence venait de Faënza , petite ville d'Italie que les historiens désignent comme le berceau et le centre exclusif de cette industrie. L'étymologie paraît vraisemblable, mais la dénomination est impropre et inexacte. Faënza n'a pas l'honneur d'avoir vu l'art céramique renaître et se perfectionner dans ses murs ; elle a usurpé une gloire à laquelle avaient bien droit d'autres petites villes d'Italie, Pesaro, Urbino, Castel-Durante, Pise, Foligno, et tant d'autres, sans compter la grande cité qui leur envoyait ses rayons, Florence, le plus beau fleuron de cette couronne étoilée.

Fig. 84. Vase en faïence de Nevers. Passons maintenant en revue les

principales provinces d'Italie, célèbres par leurs poteries, si recherchées de nos jours.

Toscane. C'est de Chaffagiolo, petit village près de Bologne, que sont sorties les premières majoliques toscanes. Il en existe plusieurs qui ne sont èmaillées que d'un seul côté, avec des sujets de style gothique expliqués par des légendes en caractères du xvi' siècle. Ce sont là les oeuvres primitives. Au siècle suivant, les maîtres ont paru. Vienne le xvi° siècle, et la majolique prendra rang dans le mobilier des palais ; les plats gigantesques, les vases da pompa aux riches contours s'étaleront sur les crédences sculptées.

Marches. Après Chaffagiolo, la plus ancienne fabrique d'Italie,

vient celle de Faënza, dont les premiers produits étaient déjà estimés au xvi° siècle. « Les majoliques de Faënza sont blanches et polies, » écrivait Garzoni, en 1485. Toutes les pièces de P'aénza sont en effet polies \ beaucoup, parmi les plus anciennes, sont émaillées en bleu pâle ou couleur d'empois ; dans les autres, le blanc est assez pur ; souvent une large bordure fond bleu porte en camaïeu plus pâle ou en émaux divers, certains masques de face, terminés indifféremment par une barbe élargie en feuille d'acanthe qui se mêlent à d'élégants rinceaux. Ce décor très caractéristique se voit à Cluny, sur une pièce très ancienne représentant la mort d'IIolopherne.

Duché d'Urbin. J.-13. Passeri revendique pour Pesaro l'invention des majoliques recouvertes de cette couleur jaune que la cuisson rendait étincclante comme de l'or.

Outre les pièces ornées de devises galantes et de portraits, qui parfois rappellent les magnifiques médailles des artistes florentins, Pesaro a produit quelques vases aux formes recherchées et superbement décorées ; ce sont d'élégantes

aiguières, des buires, des salières, rig. 85. Vase de Bernard Pahssy (xvi» siècle).

des saucières, etc., ou bien encore

des vases de pharmacie, dans le genre de ceux de la Spezicrj ou laboratoire médical du palais ducal d'Urbino. On faisait aussi à Pesaro des pupitres, des encriers, portant diverses emblèmes et des devises variées, et surtout de ces plats ou coupes nommés amatorii qu'il était d'usage de donner et de recevoir comme cadeaux ou gages d'amour. Le donateur y faisait peindre le portrait de sa belle, ou des mains réunies, des cœurs enflammés. Passeri possédait une pièce de ce genre sur laquelle on lisait un nom de femme: Piiilomela. La belle adorée l'avait, par dépit sans doute, percée d'un trou central [iniscrainente bucatà) et s'en était servie comme d'une souricière!

l'art intime

Voilà pour les produits antérieurs au xvi' siècle. Au moment où Guidobaldo II délia Rovere devint duc d'Urbin (1538), les céramistes pesarais abordent les compositions à figures d'après les maîtres, en y introduisant, suivant la mode du temps, les rehauts brillants de l'or et du rouge rubis {rosso di rubino).

Castel-Durante est une ville qui a fourni de potiers une grande partie des ateliers de l'Italie. La fabrique de Gubbio, illustrée par le fameux maestro Georgio Andreoli, a produit également des ouvrages nombreux et variés. Mais quelle que soit leur importance, elles n'ont pu atteindre à la célébrité d'Urbino, patrie de Raphaël et résidence d'un prince prêt à encourager tous les genres de talents. Vers 1530, on y vit se manifester une école sérieuse et des artistes de premier ordre, entre-autres Orazio Fontana, dont le Louvre possède une coupe, l'Enlèvement d'Europe, qui est un véritable chef-d'œuvre.

L'industrie des majoliques prospéra jusque vers 1560; mais, à partir de cette époque, les princes d'Italie ayant supposé que les potiers artistes pouvaient marcher d'eux-mêmes, et que la vogue suffirait à leur procurer des bénéfices proportionnés à leur talent, ils cessèrent de les protéger. Cette erreur eut des résultats désastreux. L'art du potier tomba en décadence; les produits dégénérèrent, et, vers le commencement du xvii" siècle, l'industrie italienne s'éteignit d'une façon absolue.

La Renaissance française, fille de la Renaissance italienne, fit faire à la céramique un grand pas dans la voie du progrès. Tandis que Lucca délia Robbia et sa famille illustraient la céramique au-delà des Alpes, un pauvre artisan de la Saintonge commençait en France ces travaux si précieux, qui devaient élever notre pays à un rang si digne dans la hiérarchie industrielle et artistique. Nous ne ferons pas ici l'histoire de Bernard Palissy. La renommée de ses œuvres, l'éclat de ses découvertes, les longues souffrances qu'il a endurées l'ont rendu populaire.

Cet homme de génie, d'origine obscure, privé d'éducation et de fortune, par une sorte d'intuition dont l'histoire des hommes offre de rares exemples, devina les procédés de la peinture sur émail que l'Italie appliquait déjà depuis quelques années ; et ce ne fut qu'après une longue et douloureuse série d'expériences infructueuses qu'il parvint à établir la première de ces faïences rustiques aux couleurs si vives et si variées, aux formes si gracieuses et si pittoresques qui émerveillèrent son siècle, et sont tant recherchées aujourd'hui.

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