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Henry Havard, Histoire de la faïence de Delft

ET LE GOUT EN FRANCE

dont l'introduction en l'2urope fît disparaître l'usage de toutes les plus belles faïences émaillées.

L'histoire de la fabrication de la porcelaine en France peut se diviser en deux périodes distinctes. La première, de 1695 à 1766, est celle de la fabrication de la porcelaine tendre ; la seconde, qui commence à l'année 1769, se rapporte à la fabrication, à Sèvres, de la porcelaine à pâte dure. Mais ce n'est pas à Sèvres qu'elle fut découverte ; ce fut à Saint-Cloud, dont la manufacture peut être considérée comme la souche de toutes les fabriques de porcelaine en France. Vers 1725, la fabrication de la porcelaine fut introduite à Chantilly, dont la manufacture, devenue également célèbre, est regardée comme la source de laquelle dérive l'établissement de Vincennes. La porcelaine de Chantilly est en effet fort remarquable; sur un émail d'ètain qui lui ôte un peu de sa translucidité en lui donnant une blancheur mate analogue à celle des poteries fines coréennes, qu'elle cherchait à imiter, on voit courir les plantes orientales, gravir l'écureuil et s'étaler la haie, en tons variés mais un peu froids. Plus tard, on renonça à l'émail opaque et les fleurs façon Saxe, les décors genre Sèvres se fondirent en une couverte vitreuse, lisse et unie. Quant à l'usine de Vincennes (1740), qui créa chez nous une concurrence sérieuse à certains produits de Saxe, elle subit l'influence de la mode et s'empara des fleurs coloriées destinées à orner les lustres, girandoles, pendules et autres objets mobiliers, gracieux petits chefsd'œuvre aux formes élégantes et les plus variées. En 1753, le roi s'étant intéresse pour un tiers dans les frais de l'établissement, qui prit alors le titre officiel de Manufacture royale de porcelaine de France, un immense développement dans la production résulta de cette organisation nouvelle. Alors les directeurs achetèrent à Sèvres un vaste terrain sur lequel était la maison de Lulli, pour y faire construire les bâtiments encore existants de l'ancienne manufacture. A partir de l'époque de ce changement (1756), le nom même de \"mcennes fut oublié, et les anciens produits comme les nouveaux prirent le nom de la nouvelle résidence.

Le xviii'' siècle rechercha plus que jamais les objets d'art de toute sorte.

Et le fragile email pétri par le Chinois.

C'est au point que, pendant les dix dernières années qui précédèrent le renversement de la Monarchie, les étrennes à la mode, dans les hautes classes de la société, étaient des porcelaines de Sèvres. « On

l'art intlme. 2^

l'art intime

peut concevoir jusqu'où cette manie a été poussée, dit de Jouy, en se rappelant qu'à cette époque un des petits appartements de Versailles, pendant la première quinzaine de janvier, était transformé en magasin de porcelaine, et que le roi lui-même s'en était établi le marchand à prix fixe. UAlmanach des Muses de l'an 1788 a publié un charmant « Impromptu fait à Versailles au magasin des porcelaines » :

Fragiles monuments de l'industrie humaine, Hélas ! tout vous ressemble en ce brillant séjour : L'amitié, la faveur, la fortune et l'amour, Sont des vases de porcelaine.

Les délicieux biscuits de Sèvres, dont l'apogée fut à son comble à cette époque, se disputaient surtout les étagères. « En ce genre, écrit un spirituel amateur, je possède une fort jolie pendule, toute en pâte blanche, représentant Andromède délivrée par Persée, et je ne puis la contempler sans éprouver un ravissement qui se renouvelle à chaque fois. La pose de la petite femme, renversée et à demi-couchée sur le rocher, est si délicieuse, si adorable, respire un tel abandon, le corps est si pur de formes, le bras sur lequel repose sa tête et celui dont Persée détache la chaîne sont si délicats, que l'on se prend, malgré soi, à envier le sort du héros. « Heureux Persée, si tu as couru quelques dangers pour terrasser le monstre qui allait dévorer ce corps charmant, combien n'en as-tu pas été dédommagé par la vue de ces formes ravissantes dignes du ciseau de Phidias ! Quel dut être ton enivrement lorsque tu as reçu dans tes bras ce beau corps que l'horreur faisait contracter quelques moments auparavant, et lorsque tu sentis battre contre ta poitrine ce coeur palpitant de joie et de reconnaissance! »

« Un brave campagnard qui me voyait un jour m'extasier devant ma petite Andromède ne pouvait s'empêcher de me dire : « Mais qu'est-ce que se serait donc si elle était en chair et en os ! — Ce que se serait? repliquai-je, c'est que celle en chair et en os pourrait se toucher, mais qu'on ne touche pas à celle-là ». Et, en même temps, j'écartais le naïf homme, qui étendait déjà ses grosses mains pour soulever le groupe afin de l'examiner à son aise. Profane, va! » '

La porcelaine française nous amène tout naturellement à parler de la porcelaine de Chine. Les plus anciens spécimens de porcelaine chinoise, que M. 0. de Sartel fait remonter tout au plus au premier

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