I. J. Deschamps, \oyage à travers mon atelier
ET LE GOUT EN FRANCE. 17g
siècle de notre ère se rapportent à la porcelaine verte, recouverte d'un enduit qu'on appelle céladon, couleur variant du gris roussâtre au vert de mer plus ou moins foncé. Le céladon gris roussâtre est le plus souvent relevé d'un réseau de petites cassures régulièrement espacées; c'est le craquelé. Le craquelage, qui est un accident dans les faïences communes, ne peut avoir lieu qu'artificiellement dans la porcelaine dure, à cause de l'homogénéité des éléments de sa pâte et de sa couverte. Le problème a été résolu si savamment et avec une telle exactitude qu'il se produit, au gré du potier, un craquelé grand, moyen ou petit; ce dernier prend le nom de truite, à cause de sa ressemblance avec les écailles de la truite.
Mais les produits ambigus des temps antiques ne répondent qu'im- ' parfaitement au signalement de la vraie porcelaine, c'est-à-dire la poterie blanche et translucide, dont les plus anciens spécimens ont été décorés en bleu, puis en couleurs polychromes. Le décor le plus recherché au Céleste-Empire est celui en camaïeu bleu. L'estime du cobalt a porté les Chinois à l'employer en fonds ; l'un des plus riches est le bleu grand feu, d'un ton profond et velouté, qu'ils relèvent simplement par des inscriptions, des arabesques, des fleurs et parfois des paysages en or. Un autre fond fort estimé est celui bleu fouetté; moins foncé que le premier, il est comme granulé et semé de gouttelettes. Une variété fort rare est un bleu doux, nuageux, rappelant la nuance d'un firmament printanier, c'est le bleu du ciel après la pluie.
La porcelaine polychrome a été classée par M. .\lbcrt Jacquemart en plusieurs familles. La famille chrysanthemo-pxonienne, qui se caractérise par la prédominance de* chrysanthèmes et de la pivoine (pœonia), présente une coloration particulière, simple et grandiose, qui fait ressortir l'ofTct ornemental de ces éléments décoratifs. C'est là la poterie usuelle, le mobilier commun à la Chine. Autour de l'habitation, dans les jardins, on la voit servant à contenir les fleurs coupées et les plantes rares ; à l'intérieur, les cornets élancés ou vases à fleurs, les potiches ventrues et les plats couvrent les meubles et les étagères. C'est encore cette famille qui fournit en partie le service de table.
La famille verte, dont toutes les pièces brillent de l'éclat d'un vert de cuivre tellement dominant qu'il absorbe et efface les autres couleurs, est souvent décorée de sujets historiques, de décors agrestes