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LES ÉMAUX

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fectionnépar Gribelln, son élève, et ensuite par l'orfèvre Dubief, qui logeait aux galeries du Louvre, et par Morlière d'Orléans, qui travaillait à Blois. Celui-ci borna son talent à émailler des bagues et des boîtes de montre, qui étaient fort goûtées. Ce fut lui qui forma Robert Vouquer, de Blois. Ce dernier l'emporta sur tous ses prédéces-

Fig. 102. Hlat en émail de Limoges, par Pierre Raymond.

seurs par la beauté des couleurs qu'il employait et par la perfection de son dessin. Vouquer mourut en 1670. On peut dire que ses ouvrages sont des chefs-d'œuvre de l'art.

Les premiers portraits peints en émail avec un soin tout particulier et finis comme une peinture à l'huile, furent apportés d'Angleterre par Jean Petitot et Jacques Bordier, son beau-frère, tous deux génevois. « Les peintres du xvi" siècle, dit M.Frédéric Reiset avaient

I. Notice des iiesxiiis, pastels, miniatures et émaux du Louvre,

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cependant fait d'admirables portraits émaillés et en couleur. Mais leurs procédés étaient tout différents de ceux que devaient adopter nos génevois. Leur émail est beaucoup moins travaillé; il est toujours transparent et léger. La plaque de métal qui sert de fond se laisse voir ou du moins sentir. Leurs nuances sont délicates, leur coloris tient tout au moins à la grisaille. On voit qu'ils reproduisent le plus souvent un crayon dans le goût de Janet ou d'E. Du Moustier, et qu'ils ne songent nullement à lutter soit contre la nature, soit contre une peinture vigoureuse. Ce que cherchait Petitot, au contraire, c'était une palette qui imitât les couleurs delà nature dans toute leur intensité. Les émaux qu'il employait étaient épais et opaques. Ils produisaient des teintes fondues et puissantes, à l'imitation des peintures à l'huile les plus chaudes et les plus réelles : et pour parvenir à ce perfectionnement purement matériel, il fallait, outre le talent de l'artiste, des cuissons plus répétées et une manipulation chimique plus savante. Van Dyck, qui mourut en 1641, put jouir du prodigieux talent de celui qu'il prenait pour élève, et à qui il faisait copier ses propres ouvrages. Petitot joignait, en effet, à l'adresse raffinée de l'émailleur, l'art de reproduire avec exactitude, avec grâce, avec liberté, dans les proportions les plus réduites, le modèle qu'on lui présentait ».

Les principaux personnages d'Angleterre employèrent le pinceau de Petitot. H. Walpole, dans ses anecdotes sur la peinture, cite comme une merveille son portrait de la comtesse de Southampton, d'une grandeur inusitée pour notre artiste ; il mesure en effet 0,243 mill. de haut sur 0,135 de large. Petitot y inscrivit la date de 1642. Walpole mentionne aussi un portrait du duc de Buckingham, qui porte le nom du peintre et la date de 1640. Charles I", ami des arts, donna à Petitot un logement dans le palais de White-Hall, et le créa chevalier. Après la mort tragique du roi, son protecteur, il vint à Paris, en 164g, avec les Stuarts. Louis XIV lui accorda une pension considérable et un logement au Louvre. Dans le cours de sa longue carrière — il dépassa quatre-vingts ans, — il peignit maintes fois Louis XIV, la reine-mère, et plusieurs personnages illustres de la Cour, tels que la belle comtesse d'Olonne, d'après Mignard, sous la figure de Diane.

« Quelques-uns des portraits peints par Petitot, remarque M. Philippe Burty, ne sont guère plus grands qu'une pièce d'argent de cinquante centimes. Et cependant la science du dessin et la précision

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de la touche étaient telles, la physionomie du modèle était si bien conservée et le goût de l'ajustement si libre, que ni l'œil ni l'esprit ne sont blessés de cette extrême réduction. On oublie le tour de force pour ne chercher que le caractère intime du personnage et son tempérament. C'est la miniature élevée à la hauteur de la peinture d'histoire ».

Étant protestant, Pctitot se retira dans sa patrie à la révocation de l'édit de Nantes et mourut à Vevey en 1691. Hordicr, qu'il s'était associé, peignait ordinairement les fonds et les draperies des portraits; Petitot se réservait le travail des chairs. Le Musée du Louvre possède de ce célèbre artiste une collection de cinquante-six portraits émaillés sur des petites plaques d'or, et destinés à être portés en broches ou en bracelets.

Pendant les dernières années du règne de Louis XIV, il y eut encore quelques artistes habiles. Mais sous Louis XV, l'art de l'émaillerie ne se soutint que par le talent de quelques portraitistes: la peinture limousine dépérit entre les mains des iXoailhier, et les émaux incrustés furent négligés par l'industrie. T^es derniers portraitistes de cette période furent Henri Chéron et Charles IJoit, peintre suédois reçu membre de l'Académie de peinture en 17 18, « sur le portrait en émail de Mgr le duc d'Orléans Régent, et sur un tableau en émail d une Charilc ». Ces deux ouvrages sont au Louvre. On cite également André Rouquet, né à Genève en 1703, et mort fou à (.harenton en 1759. Agréé à l'Académie en 1753, il exposa, en cette qualité, au Salon de 1755, le portrait de AL de Marigny, qui appartient au Musée du Louvre. Lafont de Saint-^'enne, dans ses Sentiments sur quelques ouvrages de peinture, fait en ces termes l'éloge du célèbre émailleur : « Je dois un tribut de louanges bien méritées au sieur Rouquet, peintre en émail, qui nous a exposé des choses excellentes dans vm genre de peinture où il est si rare de réussir, par l'extrême difficulté de la préparation des couleurs... La beauté des portraits qui ont paru de lui au salon de 1753, ont fait augurer qu'il remplacera le célèbre Petitot, appelé le Raphaël des peintres en émail ».

Un retour de faveur attendait l'émail sous le règne de Louis X\'l. C'est alors que brillèrent tour à tour Liotard et j.-l). W'eyler. Liotard, mort en 1789, a peint la plupart de ses portraits d'une grandeur inaccoutumée. Ils ont ordinairement plus de 0,325 mill. Quant à Weyler, né à Strasbourg en 1745 et mort à .Montmartre, près Paris, en 1791, il se fit connaître par ses portraits en émail et ses minia-

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tures ; il fut reçu académicien le 25 septembre 1779. Le portrait de M. d'Angivillier, émail précieux acquis par le Musée du Louvre en 1853, et généralement admiré, servit à l'artiste de morceau de réception. Le continuateur de Bachaumont, dont la critique est souvent acerbe ou dédaigneuse, parle en 1755 de « M. Weyler, dont le pinceau brillant est surtout précieux par la vivacité du coloris et la vérité des étoffes ».

Quant au génevois Thouron, mort en '1788, il se fit connaître à Paris, en 1781, par ses peintures en émail, et exposa au Salon de

la Correspondance , un portrait d'après Rubens, une tête d'après Santerre et la Cruche cassée, d'après Greuze. En 1782, il envoya à la même exposition un portrait d'homme d'après nature. Le Louvre possède de lui un Portrait de Francklin, un buste et une Bacchante nue, assise, mêlant des pampres à sa chevelure, d'après M. Lebrun. Thouron peut être considéré comme le créateur de son genre, qui consistait à peindre en pleine pâte, ce qui lui fit obtenir des résultats pareils à ceux de la peinture à

Fig. io3. Email de Bernard Palissy l'fim'lp (Musée du Louvre). 1 nUlie.

Le Pausanias Français, après avoir loué avec enthousiasme les ouvrages des principaux émailleurs de l'époque, exposés au Salon de 1806, termine par la réflexion suivante : « Un seul artiste, sous Louis XVI, avait ressuscité l'art de peindre sur émail; il se nommait Thouron, et ses essais furent des coups de maître. » Sa réputation, dit iM. Demmin , dépassa presque celle de Petitot. Une seule oeuvre, les six portraits de la famille du duc de Luynes, lui fut payée 18,000 francs.

N'oublions pas Charles-François Hazard, né à Paris en 1758, et mort dans la même ville en 181 2. Hazard n'était pas peintre sur émail, mais il pratiquait l'art de souffler et de modeler l'émail à la lampe, qui est une des branches de l'art de l'émailleur.

« On le voyait parfois, dit un de ses biographes, dans l'espace d'un quart d'heure à peine, avec une simple baguette d'émail, sans

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le secours d'aucun instrument, créer une gracieuse figurine. C'était, assez souvent, un petit Amour, haut tout au plus de 15 à 18 millimètres. Peu susceptible de développement dans cette dimension, la figurine offrait néanmoins les formes aimables et potelées de l'enfance. De la réunion de ces fragiles pygmées, pourvus d'ailes comme les abeilles et dont une douzaine pour le moins, se serait facilement cachée dans le sein d'une rose épanouie, l'artiste composait des groupes ravissants d'ensemble et de mouvements pittoresques. Parfois ces petits personnages atteignaient la hauteur de i o ou 12 centimètres, et ils se groupaient aussi heureusement que les plus mignons d'entre leurs frères.

« On cite de M. Hazard, comme œuvres capitales dans cette branche de ses travaux, trois compositions sur l'importance desquelles j'appellerai particulièrement l'attention. Kn 1789, .M. Mazard fut admis sous les auspices de M. Sage, membre de ri\cadémie, à exécuter, devant la Cour, une figure en émail.

11 fit briller, dans cette occasion, l'habileté la plus grande, en modelant, sous les yeux mômes de la reine Marie-Antoinette, l'image en petit du jeune Dauphin.

« A cette époque, il avait terminé son chef-d'œuvre, c'est-à-dire le chef-d'œuvre de l'émail. C'était une statue équestre de Henri W, haute de dix pouces (0.2J0 mill.), dimension extraordinaire, exceptionnelle, eu égard à la matière; morceau d'émail dont quelques parties, et entre autres la tète du bon roi, étaient des modèles d'exécution » '.

Ce morceau, fait à lampe et du premier jet, comme ferait le modeleur en terre glaise, offrait à la vérité quelque delaul dans le système musculaire du cheval ; mais, remarque l'auteur du rapport lait à la Société des Inventions et découvertes, S prairial au X, « si l'on réfléchit que peut-être, avant .M. Charles Ilazard, aucun artiste de

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