j.-r. Le Caimi>, in vieux peintre en émail
l'art intime
son genre n'a entrepris, avec les ressources de son art, un ouvrage de cette hardiesse, on ne s'arrêtera pas à ces défauts, parce qu'ils tiennent moins à la manipulation de l'émail qu'à une connaissance parfaite de l'anatomie vétérinaire qui lui est étrangère. Ces légers défauts sont bien compensés par l'exécution de la personne et du costume de son héros, dans lesquels l'artiste a fait disparaître la dureté et le froid de la matière par la souplesse des formes, la légèreté et les nuances des draperies : accessoires qui ont parfaitement réussi sous la main de M. Hazard, qui a prouvé, dans cette occasion, qu'il ne lui restait pas dans son art de difficulté à vaincre ».
La Révolution interrompit brusquement le mouvement en avant qui tendait à s'opérer dans toutes les branches de l'art. Après Counis, élève de Girodet ; après Augustin, loué avec enthousiasme par Chaussard, dans son Pausanias français (1806), et dont le Louvre possède le portrait sur émail peint par lui-même, en i8og; après Isabey et quelques autres portraitistes du temps de l'Empire, l'émaillerie fut un art complètement abandonné. On se demande pourquoi l'émail, qui présente tant d'avantages, fut négligé au point qu'on ne le vit plus appliqué qu'aux bijoux, comme dans son origine.
A l'heure actuelle, la France est à peu près le seul pays où la mode de l'émail ait repris depuis quelques années ; c'est aussi le seul pays où l'on trouve autant d'artistes et d'amateurs broyant l'émail, modelant la pâte et couchant les paillons. En effet, un certain nombre d'émailleurs, tel que M. Poiret, ont tenté récemment de vulgariser l'émail, en envoyant à nos expositions annuelles des plaques de Limoges en grisaille et sur paillons. M. Alfred Meyer, entre autres, fait de l'émail comme on fait un croquis; chez lui, dit M. Falize fils, la chance, le hasard du feu, le bonheur de la palette ont autant de part que l'étude et la recherche. « Je sais de cet artiste des merveilles, comme sa Renée de France, que possède le musée de Kensington, et certain buste d'Indien coiffé de plumes éclatantes, emprunté à l'Armeria de Madrid, est le dernier émail qu'il ait sorti du feu. Sa promptitude est remarquable. Personne mieux que lui ne s'entend à couvrir d'un ton d'aventurine une plaquette d'or fin, et à y modeler en quelques coups de spatule et de pointe une de ces élégantes figurines qu'on trouve dans les pierres gravées. C'est croustillant, c'est joli, ça accroche la lumière; tout y est et il n'y a rien. C'est une pochade qui tient dans le chaton d'une bague »
2. L. Falize fils, Les Bijoux, V Orfèvrerie et la Joaillerie à l'Exposition de 1876.
ET LE GOUT EN FRANCE
Avec MM. Grandhomme et Marshall, connus par leurs belles copies du Rosso et d'Etienne Delaulne, se place M. l'\ de Courcy, qui a su varier la note de l'émail et dont les œuvres ont un caractère personnel. « Elles s'écartent des émaux limousins, dit encore M. Falize, pour se rapprocher des procédés de Petitot, c'est-à-dire que les plaques et les portraits surtout sont touchés comme des miniatures. Cela fait tort, à mon sens, à la franchise de l'efTet et forme un compromis entre l'émail et la porcelaine peinte. 11 y a là des hésitations, des recherches, des enfantillages de détail que je regrette, et qui ne laissent pas que de nuire au talent du maître, et c'est à cause de ces petits reproches que je préfère, dans toute son œuvre, le beau médaillon de V Amour vainqueur, que possède M. Christofle, puis le grand panneau de Chasse, dont les attributs sont modelés d'une façon bien plus vigoureuse que le reste ». D'ailleurs, .Al. l . de Courcy est un ami de Gustave Moreau, le peintre Œdipe, d'Orphée et de la Salomé; la plupart des plaques qu'il expose, hormis les portraits, sont cxécu-^ tés d'après les dessins de celui-ci.
L'émaillerie, comme on le voit, est cultivée de nouveau par quelques artistes de talent qui, malheureusement, ont le tort de ne pas s'adonner spécialement au portrait. L'art de l'émail, dit .M. Philippe Burty, — Léonard Limosin et quelques-uns de ses élèves ont montré quelle hauteur de style il pouvait atteindre, — répond à un des désirs le plus rarement assouvis du cœur humain : à celui d'une éternité relative. Et l'éminent écrivain demande la création d'un Musée des portraits traduits par des artistes d'élite et portant la ressemblance d'un caractère et d'une àme. Tout le monde viendrait étudier cette inaltérable galerie, car ainsi qu'en un sonnet précieux, Théophile Gautier l'a écrit à un émailleur contemporain,
l'email
Tel que l'ambre en son or tient la fleur enchâssée, Contre les ans vaincus abrite son travail.
<i C'est à M. Claudius Popelin que ces vers sont adressés. Si M. Claudius Popelin n'a pas inventé l'art de l'émail dont la pratique n'est ni secrète, ni très malaisée, il l'a du moins remis en honneur en lui rendant sa véritable fonction qui est de traduire directement les pensées d'un artiste et non de servir à une banale traduction. Les œuvres de M. Claudius Popelin ont été très justement regardées et applaudies par les esprits justes et délicats, dans les dernières expositions. Erudit et travailleur, il a groupé dans de vastes ensembles
l'art intime
décoratifs, des portraits de poètes, de savants, de maîtres; il lésa reliés par des pensées communes, la Renaissance des lettres ou le triomphe delà vérité; il a varié la monotonie d'une série de profils par des banderolles, des inscriptions, des branches de laurier, des figures d'enfants. Cette année (1866), la figure nue de la Vérité qu'il avait peinte sur un fond bleu, était un morceau de dessin d'un goût remarquable et un chef-d'œuvre de fabrication. Mais nous le répétons encore, quand même des praticiens exécuteraient des copies sans reproches, M. Popelin aurait encore sur eux l'avantage d'inventer ses propres compositions, et de montrer par conséquent un mérite supérieur ». Sa belle plaque de Gaston de Foix, que M. Falize a la bonne fortune de posséder, le prouve d'une manière éclatante.
Nos émailleurs ne manquent donc pas de bons exemples à suivre. Qu'ils se mettent courageusement à l'œuvre, et le feu, suivant la devise empruntée à l'apôtre saint Paul, « le feu montrera ce qu'est l'ouvrage ».
Opiis quale sit ignis frobabit.
Fig. io5. Gobelet-reliquaire, émail et argent (xtii* siècle).
L ART INTIME
Planche ZV
ORJETS d'art en FER REPOUSSÉ ET CISELÉ, BIJOUX EN ACIER POLI.
•^^^^^v^r 'kst avec raison que les Romains préféraient le ter à ■^^ 'ï For du riche sans courage, selon la belle parole d'un ancien, et que ce vrai roi des métaux a toujours été re- - cherché pour les ouvrages d'art décoratif. Les Grecs surtout se montrèrent très habiles dans le travail du fer « diflicile à travailler », suivant l'expression homérique.
L'airain ardent frémit dans une onde fumante, Et l'antre est ébranlé sur l'enclume tremblante. Cent bras tombent, cent bras se roidissent dans l'air, l^etombent, et le fer s'amollit sous le feri.
L'histoire nous a conservé le nom d'Ilippasis, célèbre ciseleur en fer, et Pline mentionne des statues de ce métal, notamment celles d'Aristonidas et l'Hercule d'Alcon.
De même le Moyen Age, qui désignait sous le nom de fcryons les « ouvriers en fer », tenait en grande estime
(>eux qui les deux marteaux reçoivent, Et ne forgent si comme ils doivent, Droitement sur la droite enclume,
pour parler comme le Roman de la Rose.
I. Le.t Forces- ilc Viilcain, liv. VII de l'Eiicide, tiad. par le cit. GasiDii, Aliiiiinncli des Muscs, 1S02.
l.'.KHV INIlMi;. J-
l'art intime
Jusqu'à l'époque de la Renaissance, la ferronnerie s'appliqua particulièrement à exécuter des pentures de portes, des grilles, des chandeliers, des serrures, des clefs, des verrous, des enseignes, etc., œuvres dans lesquelles on reconnaît que l'ouvrier avait affaire à un métal ductile et malléable à chaud, il est vrai, se pliant à toutes les formes et conservant toutes les empreintes '. C'est ce qu'on appelle la serrurerie d'art, qu'on trouvera excellemment traitée ailleurs, et dont nous n'avons pas à nous occuper ici ^. Les princes eux-mêmes, du reste, comme nous l'apprend Brantôme, prenaient plaisir à forger ^. Aussi les beaux ouvrages de ferronnerie surgissaient de toutes parts. Le Musée de Rouen possède un Saint-Michel terrassant le dragon, en fer forgé de cette époque, très remarquable sous tous les rapports.
Mais à partir du xvi" siècle, la ciselure et le repoussé ne tardèrent pas à faire concurrence au martelage, c'est-à-dire au travail de l'enclume. Le forgeron s'efface devant le ciseleur, et la ferronnerie proprement dite cède pour un temps la place à l'orfèvrerie de fer, si l'on peut ainsi parler, qui n'est autre que de la sculpture en métal.
Dès lors, les artistes du fer semblent jouer avec cette matière rebelle et se plaisent à la plier à leurs ingénieux caprices. Les serrures et les clefs, semblables aux merveilleux spécimens de la galerie Sauvageot ou à ceux légués au Musée de Cluny par le baron des Mazis, un de ces amateurs qui se spécialisent dans la collection de ces trésors d'art, deviennent de véritables bijoux de fer, découpés, repercés, repoussés, ciselés et gravés, où les bustes, les couronnes, les chiffres sont entourés d'acanthes mignonnes, de rinceaux fins et légers comme des dentelles.
Les heurtoirs ou marteaux d'appel eux-mêmes s'ingénient à reproduire des figures qui prennent dans l'ornementation une place prépondérante à partir de cette époque où le fer, combiné souvent avec l'or et l'argent, est complètement transformé, quant à ses produits, et sert à façonner des plaques de coffrets, véritables tableaux sculptés en bas-relief dans la masse même du métal. On voyait autrefois, dans la célèbre collection Debruge-Duménil, des fers exécutés au repoussé et ciselés de travail allemand, italien et français, de la plus grande beauté. Tels étaient, entre autres, le bas-relief représentant une chasse, dans le style de Virgile de Solis ; la plaque d'escarcelle sur