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I. Quicherat, Histoire du Costume en France

ET LE GOUT EN FRANCE

A dater du règne de Louis XIII, on adopta l'épée d'escrime. Cette espèce a offert de grandes variétés de types ; il y eut alors des épées à pistolet, à coquille, à garde en croix, en panier, en grille, à miséricorde, etc. C'est l'époque où la rapière et la brette, d'où le nom de bretteur, eurent leur plus grande vogue. L'épée, que la fréquence des duels avait fait défendre, fut reprise et gardée malgré de fréquentes exécutions de police. A Paris, des exempts posés sur le Pont-Neuf arrêtaient les porteurs d epée, et débarrassaient obligeamment de la leur tous ceux qui ne justifiaient pas du droit de sortir armés dans les rues. L'épée se portait au bout d'un large baudrier frangé et bordé de soie, tout pareil, pour la forme, à celui dont se parent encore aujourd'hui les suisses de paroisse. Dès lors, la manie de porter l'épée, qui n'avait jusqu'alors existé que dans la noblesse, s'empara de toutes les classes de la société. On imagina, pour la satisfaire, l'épée dite à la financière, dont le carrelet de nos jours n'est qu'une reproduction. Cette épée s'attachait à un ceinturon au lieu de pendre à un baudrier.

Pendant le siècle de Voltaire, au temps de la poudre, du fard, de l'habit de satin, antithèse de l'armure d'acier, on voulait de légères épées. « Quelque légères que soient aujourd'hui les épées, lit-on dans un journal du temps, intitulé: la Feuille nécessaire (29 octobre 1759), les hommes délicats les trouvent encore trop pesantes et regardent une épée ordinaire avec son ceinturon comme une surcharge qui les gêne. Pour leur désir, on en fabrique d'infiniment légères rue Saint- Honoré, à la Grande Garde, et sur le Pont-au-Change, aux Quatrc- Fils-Aymon. Le tout ensemble, ceinturon tt fourreau, ne l'emporte guère, dit-on, sur le poids d'un éventail ».

Le musée d'artillerie, aux Invalides, et le .Musée de Cluny, possèdent plusieurs épées ayant appartenu à des personnages célèbres. Le Jlambard de Louis XI est surtout remarquable par une singularité qui caractérise ce prince: sur les deux côtés se trouve gravé VAve-Maria. La galante et vaillante épée de TVançois I" a une poignée en croix, émaillée avec des ornements en or ciselé, parmi lesquels on distingue des salamandres. C'est celle-là même, selon les magnifiques expressions de Victor Hugo, que rendit à la bataille de Pavie

L'homme de Marignan, lui qui toute une nuit, Poussa les bataillons l'un sur l'autre à ^rand bruit. Et qui, quand le jour vint, les mains de sang trempées, N'avait plus qu'un tronçon de trois grandes épées.

l'art intime

Par une singulière dérision du sort, l'épée de Pavie qui, malgré l'orgueilleuse inscription émaillèe sur sa garde : in brachio suo fecit poTENTiAM, ne put sauver le roi, nous a été conservée par l'Espagne victorieuse, qui nous l'a rendue lorsqu'elle fut vaincue à son tour.

Quand on visite les armes de la collection Ambras, au musée de Vienne, de l'Armeria Real à Madrid, de la collection Meyrich,

Fig. 117. Casque en fer repoussé.-

exposée au South Kensington, à Londres, ainsi que celles qui forment les cabinets de quelques amateurs, le sentiment du beau ne tarde pas à dominer toutes les autres impressions. L'épée, cet instrument de mort, froid et nu, disparaît devant l'arme, produit du goût exerçant la fantaisie et l'habileté de l'artiste, et rehaussant, par son mâle éclat, la dignité naturelle de l'homme. Pour peu qu'on remonte le cours des siècles, on n'aperçoit bientôt plus que des lignes harmonieuses, merveilleusement appropriées à la forme de la main, d'ingénieux symboles de force et de courage, des ornements exécutés avec une rarè délicatesse.

l'art intime.

PLmche XVI.

DAMASQUINERIE, ARMES.

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Telle est l'épée de Rubens, splendide et précieux joyau historique, appartenant à M. le comte Alex. Van der Stregen de Scherieck, possesseur envié de ce remarquable spécimen de ces riches épécs, que la noblesse d'alors portait à la ville et à la cour. « Ce chef-d'œuvre artistique était bien digne de figurer au côté de l'illustre peintreambassadeur, auquel le roi Charles I" d'Angleterre en fit présent en 1630, après lui avoir donné de cette même épée, l'accolade de chevavalier de l'Eperon d'or.

Fig. 118. l!ourf;iii^iiollc Jama^quiiicf d ur.

« La monture de cette arme de parade est entièrement en fer forgé ; le burin délicat d un ciseleur habile en a i chaussé les branches, le pommeau et les garnitures, les médaillons encadrant des sujets païens, reliés entre eux par des bandes ornées du meilleur goût et de l'époque de la plus belle Renaissance, l'out le décor, qui se détache en bas-relief, a été recouvert d une épaisse feuille d or. appliquée si exactement qu'elle ne dissimule aucun détail. Les petites places du fond opt été brunies, afin de mieux détacher encore l'ensemble de cette riche ornementation.

« Quoique la composition du dessin se ressente de l'influence de l'Italie, nous n'oserions attribuer à ce pays l'origine de cette épée ; la forme de quillons, si capricieusement tordus à la flamande, s'éloignant

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-sensiblement de la ligne droite, gracieuse et légère, • généralement -adoptée par les pays du Midi »'.

Si l'on songe que le poignard a servi longtemps de couteau, la transition paraîtra toute naturelle pour passer des armes à la coutellerie d'art.

Certains amateurs possèdent quelques couteaux de luxe du xiv' siècle, ornés de manches en matières précieuses, tels que ceux décrits dans l'Inventaire des biens de Pierre Fortet, année 1397 : limes cuiellus cum manubrio de ebore... iiniis cutellus ciim manubrio de jaspide, c'est-à-dire deux couteaux, l'un à manche d'ivoire, l'autre à manche de jaspe. Le Compte des dépenses de l'hôtel de Charles VI, année 1404, cite également « une paire de grands couteaux à manches d'yvoire et de cèdre, chacun à trois virolles d'argent esmaillées ».

Les collections de couteaux ont donc leur intérêt. On y rencontre souvent le cousiel qu'au xv' siècle hommes et femmes avaient l'habitude de porter enfermé dans une gaîne et suspendu à la ceinture. Olivier de la Marche, décrivant l'accoutrement des dames de son temps, consacre deux strophes à ce qu'il appelle le couteau de justice, dans lesquelles on voit fort bien que le couteau servait aux dames en cas de légitime défense :

Je sçay très bien que princesse a cousteaux

Pour la servir pompeusement à table,

(■arniz, dorés, richement faiz et beaulx.

Manches armoyés aussi bien que grands seaulx (sceaux).

C'est d'un service très honneste et notable.

Mais je trouve le cousteau prouflîtable

Que dame porte sur soy pour se servir

A tout besoing qui lui peut survenir.

Le Cousteau pend à ung cordon de soye. Le manche doulx, la lamelle acérée ; La gaine gente combien que peu se voye, Selon les dames il est cher de monnoye. Ce Cousteau sert bien souvent et aggrée. Dame ne porte ne dague ne espée, Et n'a glaive qui luy feroit offense Qu'ung coustelet de petite deffense.

Les collections de couteaux nous montrent aussi qu'au xvi'^ siècle la lame des couteaux était encore fixée et enfermée dans une gaîne. Béroalde de Verville, dans son Moyen de parvenir, parle de

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