‹ Grammaire de la curiositeChapitre 82 sur 133 · I. L'Art ancien à l'Exposition nationale belge · texte numérisé non relu

I. L'Art ancien à l'Exposition nationale belge

F,T LE GOUT EN FRANCE

couteaux de Chatellcrault à manches « de belle corne de couleur. >» Ces ustensiles étaient fort estimés puisque, dans un autre passage, le même auteur dit qu'ils se donnaient en cadeaux. Mais ce n'étaient pas là des couteaux de luxe. Ceux-ci consistaient généralement en couteaux à dessert. M. Basilewski en possède une paire montés en argent niellé, aux armes des .Médicis, qui rivalisent avec les trois couteaux à manches de cristal de roche et à viroles en cuivre gravé et doré, de la collection de M. le baron Adolphe de Rothschild. Un couteau de ce genre, avec virole et dos en argent, mérite d'être cité. Le manche est en ivoire délicatement sculpté en haut-relief. Il représente Adam et l'>ve chassés par l'ange du paradis terrestre. L'arbre du bien et du mal, portant les pommes fatales, forme le haut du manche. Sur le dos du couteau, on lit cette inscription :

NOS r,(H;VRS SONT lNSl';i'ARAI!LES.

La gaîne est en galuchat. Ce couteau provient du château de Ligone, propriété de M. de Chazerat, intendant d'Auvergne, qui émigra en 1792. Il appartient aujourd'hui à .^L Cabriel .Marc, dont le frère possède un couteau de la même forme, — le pendant de celui-ci, — représentant la tentation d'ICve par le serpent.

Sous le régne de Henri IV, les couteaux de table élégants étaient ornés, au manche, de quelque figure bizarre, et surtout d'une tête de magot chinois; ce qui les avait fait nommer couteaux de la (>hine. Régnier, Satire X, nous peint un homme fort ridicule,

dont lu maussade mine

Ressemble un de ces dieux des couteaux de la Chine.

Le xvii" siècle conserva quelque temps les délicatesses du xvi% comme en font foi les couteaux que possède .M"" Jubinal de Saint- Albin, entre autres un charmant couteau à deux lames, dont une d'argent , avec manche garni d'argent découpé représentant des oiseaux et des fleurs entourant l'inscription : mo c<«:ur volle u'a.mour.

Un autre genre de couteaux non moins curieux se fait remarquer dans la collection Sauvageot, au musée du Louvre. Ce sont des couteaux à dessert qu'on croit avoir appartenu à un réfectoire de couvent. Le premier porte un manche d'ivoire, avec incrustation en cuivre et en ébène. Sur la lame, damasquinée dans la partie près du manche, sont notés en plain-chant, d'un côté le licncdicitc, et de l'autre le Deo Grattas, pour la partie supérieure. Le second est pour la basse. Les trois autres, semblables aux précédents, portent les

l'art intime

indications suivantes : Bassus — Ténor — Contratenor, ce qui prouve que les moines chantaient ces prières à plusieurs voix.

Les couteaux fermants commencèrent seulement alors à devenir d'un usage général, et quelques amateurs de ce temps furent les premiers qui songèrent à collectionner les couteaux de luxe comme de véritables objets d'art. Spon cite un de ses contemporains, M. Tourtet, qui avait formé une collection de couteaux à manches d'agate. Il cite encore M. de Blois, attaché d'ambassade, et M, Tribou, qui faisaient collection de couteaux de Turquie.

Parmi les couteaux célèbres du xviii" siècle, figure en première ligne le couteau du Musée Vivenel, à Compiègne, désigné comme ayant appartenu à Jean-Jacques Rousseau. On cite encore le couteau de Louis XVI, exposé en 1867 au palais de Trianon et communiqué par M. Philippe de Saint-Albln. Ce couteau est à trois lames, le manche courbé en écaille avec dos en fer ciselé est orné de rosaces et de fleurs de lis en or. Enfin, dans la précieuse collection d'objets ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette et léguée à M. Eugène de Thiac, on remarque deux couteau;c de dessert, avec lames d'or et d'acier, montés sur des manches en malachite.

Fig. ng. Epée de ville (xvii« sièclej.

Fig. 120. Encrier en cuÏTre (xvii° siècle).

Page 1