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L'Art ancien à l'Exposition nationale Belge

ET LE GOUT EN FRANCE

en Angleterre au xiv'' siècle. Au xvi' siècle, il y avait à Avignon une corporation de lothones (ouvriers en laiton). L'Inventaire du Trésor métropolitain d'Avignon, mai 1511, mentionne efTectivement « Unum bassinum de lothono... in quo sunt arma confrarias lothonoriim ».

Comme on le voit, un grand nombre de batteurs dinantais, trouvant de l'avantage à exercer leur industrie dans d'autres localités, et même au loin, étaient allés s'établir à l'étranger. Des documents du xV siècle fournissent la preuve qu'il y en avait, entre autres, à Orléans, sous le règne de Charles MI, et, à Londres, dans les premières années de celui d'Edouard \\ . V.n i le magistrat de Dînant écrivit une lettre au roi de France, pour lui exposer que trois bourgeois de leur cité avaient « leurs denrées et marchandises de batteries » qui se trouvaient à Orléans, mises sous séquestre en vertu d'un mandement du prince qu'avait obtenu ICticnne de .Mondoret, « marchand de batteries » dans cette ville, à l'occasion d'un procès intenté par lui aux Dinantais.

Les belles pièces de dinanderic du .Moyen Age sont fort rares et atteignent des prix élevés. Une bouilloire à eau du xn° siècle, en cuivre jaune, formée d'un lion debout, dont l'anse ou poignée, en forme de lézard, reliait la partie postérieure de la tète a la croupe de l'animal, a été acquise au prix de 710 francs, en novembre 1877, par M. Georges Dal, à la vente de la remarquable collection de feu M. Meyers. M"" Jubinal de Saint-Albin possède également deux aquamaniles, sortes d'aiguières avec bassin servant à se laver les mains, qui datent du xiii' siècle et représentent un lion et un chien. C'était, dit .M. Jules Labarte, un goût général à cette époque, que l'exécution d'objets usuels sous la forme d'animaux, et ce goût s'étendait même aux vases destinés au service des autels.

A l'Exposition de l'art ancien, au Trocadéro, en 187H, les amateurs ont été à même d'apprécier à leur valeur les grandes œuvres de la dinanderie du Moyen Age. Parmi les magnifiques orfèvreries de cuivre, c'est le mot, exposées par la (Commission belge, on remarquait surtout, comme spécimen du xu" siècle, un encensoir de cuivre en forme d'église romane, orné d'ajours et d'imbrications gravées, appartenant à M. Jules Frésart, et une croix d'autel avec le Christ, aux pieds duquel se trouve le dragon. Ce dernier ouvrage faisait partie de la collection de .M. Lupus, chanoine de la cathédrale de Liège.

Les Dinants, ^o/îcrs d'arain, travaillaient grossièrement au repoussé;

l'art intime

mais, remarque Léon de Laborde, leur hâtive inhabileté empruntait à l'atmosphère de goûts distingués et de noble style qu'on respirait partout, au xiii' siècle, quelque chose de sa grandeur et de son charme. C'est ainsi qu'il nous reste des œuvres d'art qui n'étaient que des chaudrons, et que les dinandiers sont classés parmi les potiers d'étain artistique et les orfèvres' : tels sont Ickan, d'Outre-Meuse, et le Français Etienne de La Mare, qui florissaient en 1385, époque où l'usage

des objets en cuivre fondu et battu, comme motifs de décoration, prit une extension considérable.

Parmi les dinanderies remarquables du xiii" siècle , nous citerons un Christ de croix d'autel (la croix est perdue) en cuivre repoussé, appartenant à M. Wilmotte, orfèvre à Liège, ainsi que deux mesures de jaugeage, en laiton, conservées au Musée archéologique de la ville de Gand. Ces dernières portent une inscription en caractères gothiques et leur pourtour est orné d'une bande avec fleurs de lis, lions, etc. Citons encore une aiguière à laver du xiv' siècle, en cuivre repoussé et gravé, formée par un buste d'homme sur trois pieds, avec une anse qui représente un animal chimérique portant sur la poitrine un écusson aux lis de France. Cette belle pièce appartient au Musée de Cluny.

Ce n'est pas seulement chez nous et

Fig. 121. Aiguière en cuivre repoussé . . t -v/i ait i r\ i

(xvi" siècle). chez nos voisins , dit M. Alrred Uarcei

dans un remarquable article sur le Bronze à l Exposition de 1867, « c'est jusqu'en Hongrie qu'on trouve des exemplaires de cette belle dinanderie du xiii* siècle, qui, transformant en vases les animaux et les monstres, et jusqu'à des chevaliers sur leur «courant destrier», comme disent les chansons de geste, devait donner un aspect si étrangement pittoresque à i'âtre des grande cheminées des anciens manoirs. L'un de ces vases, trouvé en terre près de Cassovie, est un centaure, jouant d'une façon de tympanon, tandis qu'un petit homme, debout sur sa croupe, souffle.

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