I. Auguste Demmin, Encyclopédie des Arts plastiques
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domine l'édifice sont également en cuivre repoussé, découpé et doré, avec écussons d'armoiries détachées. Le campanile lui-même, orné d'un lambrequin repoussé et découpé, se termine par une sorte de girouette en forme d'étendard ou de flamme en cuivre également repoussé, portant le lion de Saint-Marc ».
Ce remarquable travail, rapporté de Venise par M. Signol, a été donné par lui au Musée en 1875.
Dès le xv' siècle, le Belge Martin van Rode, repousseur sur cuivre,
Fig. 124. Plat en cuivre repousse (xvii* siècle}.
se rendit célèbre par sa statue de l'Hôtel de Ville de Bruxelles (1454). Quelques années plus tard, le Hollandais Pierre Bladelin, fondeurrepousseur, établi à Middelbourg, vers 1467, était réputé par ses dinanderies. Au xvi" siècle, on voit le Belge F.-J. Byng signer, entre autres ouvrages, un étui en cuivre repoussé, daté de 1588 et conservé au Musée de la Porte-de-Hall, à Bruxelles. Un siècle après, le Français Goutte, de Lyon, rivalise avec l'Allemand G. Brentel, auteur d'un bocal en cuivre daté de 161 1 et exposé au Musée de Sigmaringen, tandis que J.-W. Damman, orfèvre-repousseur à Augsbourg, exécute cinq grands médaillons-portraits en cuivre, que l'on voit
l'art intime
aujourd'hui dans le trésor de Dresde. A la même époque, les amateurs belges recherchaient avec passion des plats dans le genre de celui du Musée de la Porte-de-Hall, signé du nom de Dursart, à Dinant, et daté de 1668. De leur côté, les collectionneurs hollandais accablaient de commandes Paul van Vianen, d'Utrecht, le célèbre orfèvre-graveur auquel on doit la Sainte Famille en cuivre repoussé, chef-d'œuvre daté de 1610 et qui est considéré comme un des joyaux de la Bibliothèque de Weimar. Enfin Louis Wiedemann, né à Nordlingen en 1694 et mort en 1754, s'est fait une grande réputation comme chaudronnier-statuaire et fondeur de canons, à Dresde.
La dinanderie était encore très florissante en Belgique au xvii" siècle. M""' la marquise de Grimaldi a exposé au Champ-de- Mars, en 1867, un magnifique plateau de cuivre repoussé représentant Samson tuant le lion, et accompagné de cette légende en flamand : « Le fort Samson vainquit le lion, une femme le vainquit » (1607).
En France, où, d'après le Parfait Econome (1640), un bassin de cuivre jaune coûtait 17 sols la livre, et un bassin de cuivre rouge 20 sols la livre, il y avait beaucoup de dinandiers, principalement à Aurillac. La Haute-Auvergne est, comme on sait, depuis longtemps le pays du cuivre et des ustensiles de cuivre. Suivant la Description de la France, ch. Auvergne, par Piganiol de la Force, les habitants mettaient leur luxe dans le nombre et la grandeur de leurs dinanderies. Mais les plus habiles « ouvriers en cuivre « étaient encore les maitres et marchatids chaudronniers, batteurs, dinandiers de la ville de Paris, ainsi que les appelle une estampe qui faisait partie autrefois de la collection de Leroux de Lincy. En effet, ils fabriquèrent non seulement la « grande marmite de cuivre rouge vallant la somme de huit livres tournois », citée dans V Inventaire des biens de Pierre Mignard (1660), le célèbre peintre, ainsi que le « grand chauderon pour couler la lessive, cuivre rouge », et la « grande fontaine, cuivre rouge, tenant six voy d'eau », du Testament et Inventaire des biens de Claudine Bouzonnet Stella (1693-1697), femme artiste de ce temps, mais on peut parfaitement leur attribuer les deux grands bustes en cuivre repoussé d'Adrien et d'Antonin, décrits dans les Inventaires de Bellavoine et de Leroy, bourgeois de Paris, en 1667.
Déjà, vers l'époque de Henri IV et de Louis XIII, on avait vu s'introduire dans le mobilier des cuivres repoussés représentant des personnages, des sujets mythologiques ou historiques qui, traités
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par des mains peu habituées à la figure, laissaient souvent à désirer.
« C'est cet art secondaire, dit M. Albert Jacquemart, qu'on imite aujourd'hui à profusion et qui, sous forme de jardinières ou de grandes plaques à plusieurs lumières, introduit dans beaucoup d'intérieurs des copies pour des originaux, ou, ce qui est pis encore, des cuivres de mauvais goût ayant la prétention de jouer l'élégance. Heureusement que les vrais connaisseurs ne peuvent s'y laisser prendre. Ajoutons, d'ailleurs, que beaucoup de pièces anciennes, faites en Hollande, vers la décadence, ne sont pas plus dignes que les cuivraillcs modernes d'entrer dans un mobilier de grand luxe.
<( On doit cependant savoir distinguer; la l'iandre a produit, môme aux basses époques, des ouvrages qui se ressentent encore des splendeurs des grandes époques de l'art. Nous citerons, entre autres, de grands lampadaires où la juste proportion des parties, l'abondance des godrons et des acanthes, la multiplicité des branches tordues en porte-lumières arrivent à former un ensemble riche et somptueux. En place, de pareils spécimens produisent l'effet désiré, et s'ils manquent de perfection dans les détails, de recherche dans l'arrangement des parties, on ne peut leur refuser une sorte d'opulence monumentale qui les rend dignes de pénétrer chez les gens de goût ».
Actuellement, fait remarquer .M. Demmin, on a essayé et réussi de remplacer le repoussage au marteau du cuivre, toujours long et coûteux, par l'estampage mécanique, qui donne des dessins bien plus réguliers que le travail individuel, mais, par contre, d'un aspect aussi manufacturier que celui des productions de ce genre en zinc. C'est au moyen de parties d'abord modelées en plâtre et servant à produire les moules dans le sable que l'on fait couler en fonte de fer les creux et les reliefs ou contre-parties avec lesquelles les dilïérents morceaux sont estampés par la machine à vapeur et qui, soudés ensemble, ciselés, les creux mattùs au pointillé et les reliefs polis, donnent des modèles fort beaux, mais trop réguliers et absolument pareils les uns aux autres. »
Kn résumé, le cuivre est, après le fer, le métal le plus usité dans les arts.
Le nom de dinanderie, qui s'applique aux cuivres fondus et aux cuivres repoussés, comprend surtout ce dernier mode de fabrication, quelquefois employé par la statuaire monumentale. Les Grecs l'avaient appliqué comme nous à la confection de figures gigantesques dont le poids eût été considérable en fonte ordinaire. Chose re-
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marquable ! il y avait alors un canon si sûr pour la proportion des statues, que l'on confiait différentes parties d'un même colosse à des artistes divers, et qu'au moment de la réunion des pièces il n'y avait à corriger aucune erreur. Ce genre de travail continua d'être employé pour la statuaire, et Benvenuto ne reproche aux dinandiers ou artistes fondeurs-repousseurs de son temps que le défaut de réunion des parties qui se faisait au rivet.
C'est ainsi qu'a été exécuté de nos jours, mais avec un talent exceptionnel digne de tous éloges, le fameux colosse de V Indépendance Américaine, par le statuaire français Bartholdi. Les vers suivants, d'un poète philosophe du siècle dernier, n'ont donc plus leur raison d'être :
Je fais peu d'état de la gloire Qui nous suit dans la tombe noire; Le moindre crieur d'almanachs Qui sait le beau secret de vivre, Vaut mieux que cent héros de cuivre Faits de la main de Phidias.
Fig. 125. Flambeau en cuivre (xvi« siècle).
Fig. 12G, 127. 128. Horloges (xvii« siècle).