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LES HORLOGES, LES PENDULES ET LES MO.NTRES

m7f time, sous quelque forme que ce soit, rien ne doit

rester indifférent à l'amateur. Les horloges et les pen-

E tout ce qui touche aux manifestations de l'art in-

duli's, par exemple, tiennent une place importante dans

le mobilier de luxe; d'un autre côté, les montres, qui ne sont à tout prendre que des horloges en petit, font, chez les deux sexes, partie intégrante du costume.

Nous n'avons pas l'intention de suivre pas à pas les progrès de l'horloge. ie, dont l'histoire a été décrite et n'a pas besoin d'être refaite'. Nous rappellerons seulement pour mémoire que les anciens mesuraient le temps à l'aide du onomon ou cadran solaire, et que c'est à l'Egyptien Ctésibius que l'on doit les premières horloges à eau.

Vitruve donne la description de cette pièce hydraulique, qui semble avoir été le produit le plus remarquable de l'horlogerie antique. Une nacelle renversée et surnageant à mesure que l'eau montait dans un vase, élevait une règle garnie de dents qui s'engrenaient dans celle d'une roue. Cette roue en poussait d'autres qui servaient à faire jouer

i. P.Dubois, Collection archéologique du prince So/^y fro/f (Horlogerie). Notice

l'art INTLME. 3t

l'art intime

divers instruments, ou à exécuter divers jeux, comme de lancer de petites pierres, ou des œufs, etc. Les heures étaient marquées sur une colonne ou un pilier; et une figure qui montait à mesure que l'eau s'élevait, les indiquait au moyen d'une baguette qu'elle tenait à la main.

Quant aux cadrans solaires, il y en avait dans toutes les villes d'Italie. Ces horloges primitives, dont plusieurs spécimens ont été trouvées à Pompéï, étaient fréquemment offertes par les magistrats, ce qui déplaisait fort à un certain parasite de Plaute : « Que les dieux exterminent le premier qui inventa les heures, le premier qui traça un cadran solaire dans cette ville ! le traître qui m'a découpé le jour par morceaux, pour mon malheur! Dans mon enfance, il n'y avait pas d'autre horloge que l'estomac, et celle-là est la meilleure, la plus exacte pour avertir à propos, à moins qu'il n'y ait rien à manger. Maintenant, quoique le buffet soit plein, on ne sert que lorsqu'il plaît au soleil. Aussi, depuis que la ville est remplie de cadrans solaires, on voit presque tout le monde se traîner amaigri et affamé ».

Le fait légendaire de la fameuse clepsidre envoyée l'année 807 par le calife Haroun-el-Réchid à la cour d'Aix-la-Chapelle, où résidait l'empereur Charlemagne, permet d'ailleurs d'établir que l'invention de l'horlogerie est de date relativement récente. Cette horloge, disent les Annales d'Eginhard, était en bronze doré, composée admirablement par l'art mécanique. Le cours des douze heures y entourait le cadran, et il y avait autant de petites boules d'airain qui tombaient à l'accomplissement de l'heure et faisaient tinter par leur chute une cymbale placée au-dessous. Il y avait encore un même nombre de cavaliers qui sortaient par douze fenêtres, à la fin des heures, et fermaient, par l'impulsion de leur sortie, les fenêtres qui étaient ouvertes auparavant.

C'est au moine Gerbert, d'Aurillac, devenu pape sous le nom de Silvestre II, qu'est attribuée la première horloge à poids. Mais depuis l'invention de l'organe régulateur de cette machine, exécutée au x' siècle, jusqu'à l'établissement de la magnifique horloge du Palaisde-justice de Paris, établie en 1370 par l'Allemand Henri de Vie, sur la demande de Charles V, les horloges paraissent avoir été peu appréciées et ne se répandirent qu'avec une extrême lenteur. En effet, le vers Suivant de la Chronique rimée de Philippe Mouskes,

Uns rice moult orloge d'arckal (laiton), ,

ET LE GOUT EN FRANCE

prouve que les horloges n'étaient pas alors chose commune pour qu'on n'employât à leur fabrication que des matériaux vulgaires.

Quoi qu'il en soit, les premières horloges n'avaient point de sonnerie : elles donnaient simplement l'heure. De plus, elles étaient en général d'une fabrication très grossière, et, par suite, très inexactes. Toutefois, avec le temps, elles parvinrent si bien à exciter l'admiration générale, que, malgré leurs nombreux défauts, on les regarda comme répondant suffisamment à tous les besoins. De plus, au lieu de les perfectionner, on ne chercha qu'à les compliquer de surprises et d'enfantillages. De là, les horloges à personnages et à carillons, et celles à mécanisme indiquant le cours des astres, le quantième du mois, les jours de la semaine, le flux et le reflux de la mer, etc., qui furent si à la mode au xiv" et au xv' siècle.

Dans le principe, toutes ces horloges avaient de grandes dimensions et ne servaient qu'à orner l'extérieur des édifices. L'idée finit cependant par venir d'en faire d'assez petites pour être placées dans les appartements. Il existait déjà des horloges de ce genre, ou horloges de chambre, à la fin du xiii" siècle ; mais elles ne devinrent communes que cent cinquante ans plus tard, quand les grands centres d'horlogerie eurent répandu davantage leurs produits. On voit efTectivement dans les miniatures du roman de Kegnault de Montauban, manuscrit du xv' siècle conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal, des horloges assez semblables à nos pendules d'aujourd'hui.

Dès le temps de Louis XI, c'est-à-dire au déclin du xv' siècle, il n'était pas rare de rencontrer dans les appartements des horloges portatives à sonnerie. Les horloges à réveil devinrent d'un usage fréquent sous le règne de l'Vançois I". .M. iMignet, dans le Récif inédit de la mort du duc de Guise, rapporte que, le matin de l'assassinat du duc, à Blois, ce fut grâce au réveil de du I laide que le roi et tout son monde purent être sur pied dès quatre heures du matin, l-^nfin, un l'Vançais, Carovage ou Carovagius, sur la fin du xv' siècle, fît pour André Alciat, l'auteur des célèbres Emblèmes, une horloge-réveil qui sonnait l'heure marquée et, du même coup, battait le briquet et allumait une bougie. Ajoutons qu'un des emblèmes d'Alciat est orné de gravures représentant de petites horloges suspendues contre la cheminée ou contre la tapisserie.

A partir de cette époque, la construction des instruments d'horlogerie se modifia quant à la forme. Les horloges devinrent des modèles de goût, qui nous font regretter que la mode ne revienne pas de ces

l'art intime

petits meubles qui, posés sur une console ou sur une table, étaient visibles de tous les côtés. Mais cela date d'avant l'invention des cheminées basses avec tablette, que l'on charge de ces choses généralement fort laides que l'on appelle une garniture de cheminée, et qui ont pour principal office de cacher la glace.

^Jlnventaire de Charles- Qumt nous apprend que cet ex-empereur avait fait venir à son couvent de Yuste , dans l'Estramadure (et non pas Saint-Juste, comme le prétend Casimir Delavigne), un célèbre horloger, Giovanni Torriano, et un aide, Jean Valin ; il travaillait avec eux à faire des montres. De plus, il était entouré de quatre grandes horloges qui avaient des noms particuliers : el portai, le portique, el espejo, le miroir.

Plusieurs de ces horloges de la Renaissance, comme celles, par exemple, que l'on voit dans la collection de M. Leroux, sont en forme de monument hexagone, avec colonnes, soubassement et corniche. Une autre horloge est carrée, portant sur ses quatre faces une plaque de cuivre gravée de figures et d'ornements dans le goût d'Etienne Delaulne, qui sont parfois repercés à jour suivant leurs contours, de sorte que le sujet se , détache dans le vide. Deux frises d'en-

Fig. 129, Pendule en bronze ciselé

par vion (époque Louis XV). trclacs sont compriscs daus le soubassement, porté par quatre lions , et dans la corniche, que surm.onte un dôme à jour, décoré comme les plaques inférieures. Une statuette de femme surmonte le tout. Le cadran occupe une des faces.

Ce monument, qui fait partie de la collection de M. Dutuit et qui appartient à l'art le meilleur de la fin du xvi^ siècle, fut possédé par Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, car l'étui en maroquin rouge qui le protégeait en voyage est couvert de fleurs de lis, qui accompagnaient un chiffre formé de deux G entrelacés.

Les premières années du xvii" siècle apportèrent quelques amélio-

rations importantes à l'horlogerie, qui, pour la première fois, fut soumise à des règles véritablement scientifiques. Avec Louis XIII arrive néanmoins la décadence. La Renaissance jetait ses derniers reflets. Les horlogers français se bornaient à imiter les ouvrages de leurs devanciers , la partie purement mécanique s'améliora, mais l'élégance et la pureté du dessin, l'originalité des ciselures avaient disparu.

Enfin, la substitution , vers 1657, du pendule au balancier vinrent donner aux horloges publiques et privées une régularité qu'elles n'avaient jamais eue auparavant.

L'invention des pendules fit appliquer de nouvelles manières de mesurer le temps.

On divisa l'heure en soixante parties qu'on appelle minutes, la minute en soixante parties que l'on nomme secondes, et la seconde en soixante parties que l'on appelle tierces ; de sorte que la révolution journalière du soleil , d'abord divisée en vingt-quatre parties, le fut en 86,400 secondes que l'on peut compter. D'après ces divisions on commença à faire des horloges ou pendules

qui marquèrent les minutes et les secondes. Dans les dernières années du xvii' siècle, on inventa en Angleterre ce qu'on appelle la répétition, que l'on adapte aux pendules et aux montres, pour faire sonner les heures et les quarts.

C'est au commencement du règne de Louis XIV qu'apparaissent les horloges à gaîne ; leurs boîtes élevées convenaient à merveille pour dissimuler les cordes et les poids. D'ordinaire, ces gaines sont enjolivées de cartels, d'ornements habilement sculptés et même d'ap-

l ig. lio. Pendule en marbre blanc et bron/e Jorc (époque Louis XVI).

l'art intime

pliques en bronze doré. Mais c'est surtout grâce au talent de l'ébéniste Charles-André Boulle que les boîtiers de pendules deviennent de véritables objets de luxe. On sait avec quelle sage entente de la décoration ce grand artiste sut orner de feuilles d'acanthe, de draperies, de cariatides incrustées dans l'écaillé, le bâti de ces belles pendules à consoles terminées, le plus communément, par un pendentif à fleuron, ou surmontées de sujets sculptés en bronze, car, à cette époque , la pendule de luxe est un véritable édifice au pied duquel se marient quelquefois d'autres figures, comme les trois Parques, la Renommée, etc.

Le succès de ce genre de pendule fut très grand et se répandit à peu près partout en Europe. On connaît les vers spirituels de Boileau, sur un amateur de pareilles horloges :

Sans cesse autour de six pendules, De deux montres, de trois cadrans, Lubin, depuis trente et quatre ans, Occupe ses soins ridicules.

Mais à ce métier, s'il vous plaît A-t-il acquis quelque science?

Sans doute; et c'est l'homme de France Qui sait le mieux l'heure qu'il est.

Il existe de Boulle quelques pendules à sujet, celle, entre autres, de M. le comte de Busenval, en marqueterie de cuivre sur écaille rouge, qui est une merveille d'incrustation; mais c'est plus tard, sous Louis XV, que ce genre devint intéressant. Albert Jacquemart rappelle judicieusement, à propos du style Louis XVI, que la figure, très employée comme décor, le fut surtout sous forme mythologique, avec cette prétendue recherche de l'antique qui a produit la génération délicate et charmante des nymphes grandes dames à la taille svelte, aux extrémités soignées, aux poses d'une souplesse timide et voluptueuse à la fois. Falconnet, Boizot, Clodion, sont les plus éloquents interprètes du genre ; leurs modèles, souvent retouchés par eux-mêmes, toujours terminés avec soin, et dorés au mat pour en faire mieux ressortir les perfections, sont associés aux marbres précieux, à l'albâtre rehaussé quelquefois de fines peintures de fleurs, à la porcelaine tendre, à des bas-reliefs et accessoires enfin où se montre cette perfection inouïe de ciselure, caractère essentiel de l'époque '.

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