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I. L'Art ancien à l'Exposition nationale Belge

ET LE GOUT EN FRANCE

Telle était la remarquable pendule qui se voyait chez M"" du Barry. « Sur la cheminée, une pendule dorée d'or de Germain ; elle représente les Trois Grâces supportant un vase dans lequel était un cadran tournant, et au-dessus un Amour indiquant l'heure avec sa flèche; le tout était très élevé sur un piédestal très bien ciselé » '.

Telle était aussi l'une des trois horloges que l'horloger Furet exposait chez lui, suivant les Mémoires Secrets (4 juillet 1784), et qui appartenait en dernier lieu à M. Léopold Double. « C'est, disent les Mémoires, un globe, dont l'équatcur, en marquant l'heure de Paris, marque en même temps l'heure qu'il est dans chaque pays du monde ».

Mais l'histoire de l'horlogerie offre encore bien d'autres sujets d'étonncment.

C'est dans les dernières années du xv'= siècle que furent inventées les premières horloges de poche ou montres. Au commencement du siècle suivant, ces montres tant admirées n'étaient guère plus grosses que le poing. Ces montres marquaient les heures, môme • les minutes.

On ne tarda pas, il est vrai, à exécuter en petit des horloges merveilleuses. Pancirolli assure que, du temps de l'rançois I", on fabriquait de telles horloges de la grosseur d'une amande, que l'on portait au col ou à la ceinture, comme on avait coutume de le faire en Italie. Tiraboschi, dans son Histoire de la littérature italienne, cite un sonnet de Gaspard Visconti, poète du xv' siècle, lequel fait mention des montres et compare un amant à un horloger. Un nommé .Mirmccide se distingua à cette époque dans ce genre de travail: il excellait pour les petites montres en forme de croix ^. Un pareil luxe explique la boutade du célèbre helléniste Isaac Casaubon (Lettres, 1709): « Aujourd'hui les horloges sont de formes extrêmement variées et de la plus grande élégance. Ce sont des objets de luxe et non d'utilité. Les femmes même des prolétaires en portent suspendues à leur ceinture, tant les mœurs publiques sont corrompues, ou plutôt tant il n'y a plus de mœurs ». 11 est question d'une montre semblable dans Vl/istoire Comique de Francion, par Charles Sorel, au chapitre intitulé : Rencontre à Paris d une belle bounseoise.

Ainsi, quoiqu'on ait bien ri de ces grosses montres pendant aux côtés de nos pères, remarque Edouard Fournier, il n'en est pas

I. Archives de Seine-el-Oise, publiccs par M. A. Le Roi dans ses Curiosités historiques. î. Jules Labarte, Introduction au Catalogue Debruge-Duménil,

l'art intime

moins vrai qu'on en savait déjà faire de si petites qu'on pouvait les enchâsser dans une bague. En 1542, une montre à sonnerie, contenue dans le chaton d'une bague, fut offerte au duc d'Urbin Gui d'Ubaldo délia Rovere, et Robert Arnaud, dans ses Mémoires (1734), donne la description d'une montre à répétition également montée dans une

bague, qui appartenait à la princesse Anne de Danemark , épouse de Jacques i"", roi d'Angleterre.

« Dans un cristal de grosseur ordinaire, au lieu de pierre on voyait une montre avec toutes ses roues, sonnant les heures non pas à la vérité 'sur un timbre, mais sur le doigt que le marteau frappait doucement par de légères pi-' qûres ».

Les horlogers parvinrent dès lors à loger dans le boîtier de quelques montres du plus grand prix non seulement une excellente sonnerie, mais toute une musique. Une lettre de Henri de Justel à Robert Southwell , datée du II décembre 1684, parle d'une montre destinée à Louis XIV, « et qui joue à chaque heure un air d'opéra des concerts de M"Me Guise ». En 1770, Rasonnet, de Nancy, avait également fabriqué une montre qui jouait (( un air en duo » '. Le Dictionnaire de Furetière, au mot montre, nous apprend encore que, de son temps, on vit pour la première fois des montres à trois, à quatre mouvements, des montres ingénieuses appelées fnontres d'ivrogne, parce qu'on pouvait, à volonté, les remonter à droite et à gau-

Fig. i3i. Cartel en bronze ciselé et dore' (Louis XV).

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