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Wood, Curiosities of docks

ET LE GOUT EN FRANCE

seigneurs. Tallement rapporte à ce sujet un mot qui mérite d'être conservé. Dans un petit traité sur les Loix de la Galanterie (1650), où l'auteur donne des conseils à un homme du monde sur la manière de se présenter en société, il est dit : « Ceux qui ont une montre sur eux, où ils regardent les heures, les demies heures et les quarts d'heures, s'en peuvent quelquefois servir pour la mesure de leur contenance et de leur visite; néanmoins, cela sent trop son homme d'affaires, d'y regarder en présence de chascun. Pour les montres sonnantes, elles sont fort incommodes, à cause qu'elles interrompent la conversation , c'est pourquoi il faudroit mettre en usage de certaines montres nouvelles, où les marques des heures et des demies heures fussent si relevées qu'en les tastant du doigt on les put reconnoître ».

L'invention anglaise des pendules à répétition amena celle des montres du même genre. Mais c'est l'horloger français Thiout qui, le premier, fit au xviii' siècle sonner les montres en poussant un bouton de la boîte.

Nous citerons encore les noms de Julien Le Roy, Lépine, Berthoud et Bréguet dont les montres étaient très appréciées par leurs contemporains, qui, comme nous l'apprend Delille, les réglaient euxmêmes au Jardin du Palais-Royal.

Dans ce jardin, tout se rencontre.

Excepté l'ombrage et les fleurs; Si l'on y dérègle ses mœurs, Au moins on y règle sa montre.

A cette époque, l'épaisseur des montres permettait de les orner intérieurement de peintures finement émaillées, représentant des sujets religieux, tels que V Annonciation ou VAdoratinn des Ma^es, ou des scènes quelque peu badines, pour ne pas dire licencieuses. Nous avons été à môme de voir, chez un amateur passionné pour l'art du xviii' siècle, une de ces montres à secret: il suffisait de pousser un ressort pour soulever la double cuvette sous laquelle était représentée, prés d'un moulin en mouvement, une bergère rose enguirlandée, entourée de jolis moutons, et étendue sur l'herbe avec un pâtre d'opéra-comique ; le moulin tournait , et la bergère faisait tourner... la tète au jeune berger.

Rectifions, pour finir, uneerreurqui s'est répandue trop lacilement depuis le xvn" siècle jusqu'à nos jours. « On a cru, dit .M. Pierre Dubois, cité en tête de ce chapitre, que les montres proprement dites étaient

l'art intime

originaires d'Allemagne, de Nuremberg. Rien absolument ne justifie cette croyance générale. Les montres d'un petit volume sont nées en France, elles s'y sont perfectionnées plus que partout ailleurs. Sans doute on a fait des montres à Nuremberg et dans d'autres parties de l'Allemagne, dès le temps de Charles-Quint; mais le nombre en est très restreint : j'en ai acquis la certitude en visitant les collections publiques et particulières de l'Europe, notamment celles de l'Autriche et de la Russie, dans lesquelles on trouve une grande quantité de monres françaises de toutes formes, simples ou compliquées, et fort peu de montres autrichiennes et prussiennes. Donc, les œufs de Nuremberg n'existent pas; mais les œufs de France, soit de Paris, de Dijon, de Blois, de Sedan, de Rouen, de Lyon, ne sont pas rares, en supposant qu'on puisse donner le nom d'oeufs à des montres d'un ovale allongé, mais presque plates des deux côtés. Le cas est différent quand il s'agit d'horloges. Celles-ci sont bien originaires de l'Allemagne, et il s'en est fabriqué dans ce pays, depuis le xv° siècle jusqu'au xvi" inclusivement, une quantité considérable. Les artistes français n'en ont établi relativement qu'un petit nombre, mais elles sont plus gracieuses et plus coquettes en général que celles des Allemands.

Fig. i33. Pendule style rocaille.

LES VERRES ET LES CRISTAUX. LES VITRAU.X l'ELN'TS.

ALNTES collections d'objets d'art existent où l'on voit avec

transparent, quelques vitraux du xvi' et du xvii" siècle.

On sait quelle variété, quel charme la curiosité peut tirer de ces délicats et fragiles produits.

Sans nous attarder à la question si controversée de l'origine du verre', nous commencerons immédiatement par l'antiquité, dont les admirables spécimens offrent une idée exacte du génie des artistes verriers de la période classique.

Il est probable que les Grecs connurent assez tard l'art de fabriquer le verre. Au rapport d'Athénée, les ambassadeurs grecs, pour donner une idée de la magnificence du roi des Perses, racontaient, à leur retour dans leur patrie, qu'on les avait fait boire dans des coupes « de verre et d'or ». Dans la comédie des Ac/urnicns, par Aristophane, l'ambassadeur dit à Dicéopolis : « Partout, on nous forçait de boire un vin pur et généreux dans des coupes d'or et de verre. »

I Voir Kug. Pclicot, Le Verre, non histoire, sa fabrication.

l'art intime

A l'époque de la domination l'omaine, l'Egypte était encore célèbre par son habileté dans l'art de la cristallerie de luxe. Vospicus nous apprend qu'Aurélien se faisait payer par les Egyptiens un tribut d'objets en verre, et que cet empereur avait une vive admiration pour la ville d'Alexandrie, où il y avait des verreries en abondance. La supériorité de ces verreries était si incontestable que Sopâtre, poète cité par Athénée, dit : « Les Alexandrins travaillent si bien le verre, qu'ils lui font prendre toutes les formes qu'ils veulent pour en faire différents vases, imitant aussi la forme des vases de terre qu'ils se procurent dans toutes les contrées ».

De même que la verrerie égyptienne, la verrerie phénicienne a fait l'admiration et les délices de l'ancien monde, et l'on peut affirmer que les Phéniciens furent des verriers de premier ordre, qui surent opaliser, filigraner, souffler, émailler, tourner et tailler le verre tout aussi bien que nous le faisons aujourd'hui. Les beaux spécimens de verrerie phénicienne, provenant des fouilles faites à Saïda par M. Carlo Lansberg et exposés au Musée Ethnographique organisé, en 1878, à Paris, sont de véritables merveilles. On y remarquait, entre autres, un petit panier en verre, de différentes couleurs, travail qu'on exécute encore aujourd'hui à Murano, près Venise.

Prenons comme second exemple la précieuse collection Charvet'. Ses verres anciens sont tous d'origine romaine ou gallo-romaine; mais nous savons que les Romains ne devinrent d'habiles verriers que vers la fin du second siècle de l'ère chrétienne. C'est de la Phénicie qu'ils avaient reçu jusque-là ces vitrifications merveilleuses qu'ils mettaient au nombre de leurs bijoux les plus précieux.

La verrerie romaine ne fut donc qu'une imitation, peut-être encore très imparfaite, de la verrerie phénicienne. Ce que l'on dit de la première, on peut à plus forte raison le dire de l'autre. Ne sait-on pas d'ailleurs qu'on a trouvé dans des tombeaux égyptiens, remontant aux vieux Pharaons, des verres filigranés qui, certes, n'étaient pas romains.

Nous remarquons d'abord dans la collection Charvet trois aiguières en verre blanc filigrané, de profil rectangulaire et s'épanouissant en forme de coupe au-dessus du goulot. Les anses, d'une rare légèreté, consistent en deux festons accolés l'un à l'autre et soudés à feu de chalumeau. Or, veut-on savoir comment on s'y prend pour filigraner le verre?

I. W. Frohner, Lij Verrerie antique {Co\lectio:\ Charvet), Paris, E. Rouveyre et G. Blond, éditeurs .

ET LE GOUT EN FRANCE

On prépare de petites baguettes de verre blanc opaque et on les fixe verticalement l'une auprès de l'autre dans un moule cylindrique en métal ou en terre à creusets. Puis on souffle au moyen de la canne une partie de verre transparent que l'on introduit dans le moule; on souffle encore jusqu'à ce qu'on ait fait adhérer la soufflure aux baguettes et l'on retire le tout ensemble, en relevant la canne d'un côté et, de l'autre, en retenant le moule. On tranche alors la pièce un peu au-dessus du fond pour réunir toutes les baguettes en un point central, et si l'on veut avoir un filigrane en spirale, un simple mouvement de rotation imprimé à la canne suffit pour l'obtenir. Cette paraison faite, on la chaufl^e de nouveau et on lui donne sa forme définitive.

Tels sont les procédés d'une délicatesse extrême que les Phéniciens appliquèrent de temps immémorial à la fabrication du verre et que leurs ouvriers enseignèrent aux Romains.

Tout le monde connaît ces presse-papiers qui offrent des rosaces engobées dans une masse de cristal. On nomme ce genre de verreries mosaïques; les Italiens les appellent millefiori. Au moyen de couches de couleurs diverses superposées les unes aux autres, on forme une baguette de la grosseur du petit doigt; on la tranche en rondelles égales et, au moyen du soufflage, on en fait une paraison, que l'on modèle ensuite à sa volonté comme une paraison ordinaire. Kh bien, la collection Charvet possède deux petites coupes à mille fleurs, terminées à la roue, et que le savant antiquaire croyait être de travail grec, bien que les Grecs n'aient jamais été des verriers célèbres. Mais que ces coupes soient grecques, égyptiennes ou phéniciennes, qu'importe ! N'est-il pas étonnant de voir que nos fantaisies elles-mêmes ne sont que du vieux-neuf, et qu'elles ont été renouvelées peut-être des Ninivites ou des l>abyloniens? '

Par la suite, on composa plusieurs sortes de verres; sous le nom de verre sanguin, on faisait un verre tout rouge, et même d'un rouge si chargé, qu'il rendait ce verre tout opaque. On peut ranger dans cette classe les verres obsidicns, faits avec un verre imitant l'obsidienne, matière factice qui servait aussi pour faire des plats et autres vaisselles de table. Cette opinion est confirmée par l'empereur Adrien, dans une lettre qu'il écrivait à un consul, en lui envoyant trois coupes (allasontcs) d'un verre 1res curieux qui, comme le col d un pigeon, avait la propriété de réfléchir différentes couleurs, étant vues

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