LES CIRES
ET LE GOUT EN FRANCE
femme borgne s'asseyait sur sa méchante toge pour la garder, et que le baigneur hernieux lui donnait à peine une goutte d'huile, les buveurs trouvaient dans Aper le censeur le plus âpre et le plus rigoureux. Voyait-il un chevalier boire en sortant du bain, il criait qu'on brisât les coupes et qu'on renversât le Falernc. Mais depuis qu'un vieil oncle lui a légué trois cent mille sesterces, il ne revient plus du bain sans être ivre. Voyez ce que peuvent sur un homme la vaisselle ciselée et cinq esclaves à la belle chevelure. (0 quantum diatreta valent, et quùiquc comati!) Alors qu'il était pauvre, Aper n'avait jamais soif ».
Tel était l'admirable vase représentant le mariage de Thétis et de Pélée, et connu successivement sous les noms de vase Barberini et de vase de Portland. « Trouvé au xvi' siècle dans un sarcophage en marbre des environs de Rome, ce vase, après avoir été pendant plus de deux siècles le principal ornement de la galerie du prince Barberini, à Rome, fut adjugé en vente à la duchesse de Portland au prix de 46,000 francs.
« Quoique légitime et unique propriétaire de ce chef-d'œuvre, la duchesse, qui ne se reconnaissait sans doute pas le droit de cacher
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a 1 admiration publique un objet sans ana- (xvi« siècle),
logue, prêta ce vase au Musée Britannique,
où il se trouve encore aujourd'hui. Aussi respecté qu'admiré par tous, peu s'en fallut cependant qu'un jour il ne restât plus que le souvenir de ce vase, car un fou nommé Lloyd le brisa en morceaux d'un coup de canne.
« Si le manque de raison avait commis le dégât, le talent d'un artiste sut le réparer de telle sorte et avec une telle habileté, qu'il est impossible de distinguer le joint des nombreuses fractures.
« Ce vase unique, qui est présumé de l'époque des Antonins (l'an 138 environ de j.-C), se compose de deux couches de verre superposées. L'une (celle du fond) est bleu foncé, et l'autre blanc opaque, de telle sorte que les figures se détachent en blanc sur un fond bleu foncé » '.
I. A. Sauzay, La Verrerie, depuis les temps tes plus reculés jusqu'à nos Jours.
l'art intime. 3^
l'art intime.
On voit également au milieu de la salle des verres antiques du Musée National de Naples, une amphore de verre bleu, avec couverte d'émail blanc, sur le fond de laquelle se détachent de charmants bas-reliefs d'Amours vendangeant, travaillés aussi au tour à la manière des camées. Cet admirable vase, comparable à celui de Portland, fut trouvé rempli de cendres, à Pompéi, en 1837.
N'oublions pas les vases réticulés, dans le genre de la coupe dite de Novarre, de la coupe de la Bibliothèque de Strasbourg, coupe en verre blanc entourée d'une sorte de réseau ou de grillage en verre rouge et portant une inscription en verre vert, puis enfin la coupe de M. Lionel de Rothschild. Cette dernière, qui a été exposée en 1862 au Musée Kensington, à Londres, est considérée comme une des pièces les plus parfaites et les plus précieuses en ce genre. « C'est, dit M. Clément de Ris, un travail romain du deuxième siècle. Il se compose de deux pâtes de verre engagées l'une dans l'autre comme les porcelaines réticulées. La lumière, en traversant l'enveloppe unie d'un vert laiteux, lui donne une transparence irisée. Sur cette première enveloppe est fixée (comment? on l'ignore, et c'est là ce qui désespère les verriers) une seconde enveloppe également en pâte de verre, épaisse, découpée à pleins reliefs et représentant une bacchanale. La première enveloppe, absorbant la lumière, rend la seconde opaque et la fait se détacher en blanc sur un fond vert d'une incroyable douceur ».
L'industrie verrière s'implanta de bonne heure en Gaule. La quantité de rebuts de pâtes vitrifiées dans lesquelles on voit le mélange de plusieurs couleurs, découverts chaque jour sur tous les points de la France, à Arles notamment, prouve qu'il y eut jadis, dans cette « petite Rome des Gaules », selon les expressions du poète Ausone, une fabrique où l'on travaillait le verre à la façon de Sidon et d'Alexandrie. Il y eut d'autres fabriques de verre coloré en Poitou, dans le pays de Caux et sur les bords du Rhin.
Comme preuve de la vulgarité de la vaisselle de verre dans l'ouest de la Gaule mérovingienne, nous avons le témoignage de Rurice, évèque de Limoges, faisant des envois de cette sorte de vaisselle', et celui de Fortunat, évêque de Poitiers, recevant de i'abbesse de Sainte-Ci'oix des poulets tout accommodés qui lui étaient envoyés dans un plat de verre :
Intu muit piilUs vitreo scutella ralatu.