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I . bauzay, La Verrerie

l'art intime.

travers du rouge, du jaune et du bleu. L'usage des vitraux peints n'a pas eu d'autre origine. Déjà aux vii^ et viii' siècles, au commencement du ix% puis au xi', cette passion avait fait quelques conquêtes, mais partielles et peu durables; au retour de la croisade, la couleur triompha, et pendant trois siècles la France en fut amoureuse, comme la Grèce l'avait été de tout temps ».

Mais ce n'est pas chez nous que la peinture sur verre a pris naissance. Suivant M. Jules Labarte, cette gloire pourrait bien être revendiquée par l'Allemagne. En eflfet, on lit dans la chronique de Richer, moine du monastère de Saint-Remy, qu'Adalbéron, Allemand de naissance, ayant fait restaurer l'église de Reims (en 989), « lui donna des cloches de bronze, et l'éclaira par des fenêtres où étaient représentées diverses histoires ».

Après eux viennent les vitraux peints par le moine Vernrher (1068-1091) qui subsistent encore dans l'abbaye de Tegernsée, en Bavière, et qui ont été donnés par le comte Arnold , que l'abbé Gosbert remercie en ces termes : « Jusqu'à présent, les fenêtres de notre église n'étaient fermées qu'avec de vieilles toiles. Grâce à vous, pour la première fois, le soleil promène ses rayons dorés sur le pavé de nos basiliques, en pénétrant à travers des peintures qui s'étalent sur des verres de diverses couleurs ».

Quoi qu'il en soit, les vitraux peints ne s'introduisirent en France que vers le milieu du xi' siècle. Si l'on considère l'effet général, l'harmonie des teintes et la richesse des couleurs, le bel âge du vitrail, c'est le xiii" siècle, surtout le temps de saint Louis. A mesure qu'on s'écarte de cette époque, les productions des peintres verriers perdent de leur mérite. Les vitraux sont moins brillants de ton, moins harmonieux de couleur. Il y avait dès lors une disposition évidente à substituer le dessin à la peinture ; on faisait un plus grand usage qu'au xiii" siècle des tons jaune et vert pâle. Enfin, les morceaux de verre étaient plus grands, et les plombs conséquemment plus écartés. C'est alors que le vitrail, devenu essentiellement religieux, fut

Fig. 141. Verrerie orientale.

ET l.E (iOUT |;N FRANCE.

appliqué de nouveau à la décoration civile. Au xiv" siècle, les riches avaient à leurs fenêtres des vitres peintes représentant des fleurs, des moissons, des fêtes villageoises. Avec des rubans de plomb, le vitrier unissait les divers morceaux de verre, il rassemblait et fixait dans les panneaux les diverses parties des belles scènes qu'avait dessinées le peintre verrier. Ces vitres peintes, il est vrai, étaient un objet d'apparat et de magnificence qui n'appartenait guère qu'aux temples, aux palais et aux maisons des grands seigneurs, comme le montrent les miniatures du temps. Les vitres en verre blanc, à carreaux losangés, étaient réservées aux bourgeois.

La couleur est une chose importante à considérer dans les vitraux du xv' siècle et du commmcncement du xvI^ Sans doute, à cette époque, il y a des vitraux éblouissants de coloris dans lesquels le rouge le plus éclatant rivalise avec le bleu le plus velouté, le vert et le jaune les plus transparents ; mais aussi bien souvent, à partir du xv' siècle, les teintes blanchâtres ou jaunes dominent:

les tons clairs s'emploient surtout dans les dais et les pinacles qui encadrent les figures ; cette tendance à

abandonner la couleur finit par faire . , < , , ,

de tels progrès que, au xvi° siècle, on

adopta presque généralement les grisailles ou vitraux dans lesquels le jaune pâle et le gris jaunâtre occupaient la plus grande place.

Chez les particuliers, les vitraux cédèrent également peu à peu le pas aux vitres blanches. Un grand nombre de manuscrits du xv° siècle sont effectivement ornés de miniatures, où l'on voit des fenêtres de verre blanc relevé seulement de lacs, de chiffres et de devises en couleur. Montfaucon en a fait graver plusieurs au tome troisième de ses Monuments de la Monarchie française.

Ces vitres blanches, â légères lames de plomb, suivant les Lettres patentes du roi du 24 juin 1467, relatives aux voirriers, excitaient les regrets des admirateurs du temps passé, lesquels redemandaient les anciennes vitres jaunes, vertes, bleues, rouges, telles

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qu'on les voit dans les miniatures du siècle précédent. Cependant la mode nouvelle continua, d'autant plus que les images de couleur se voyaient bien mieux, enchâssées au milieu du verre blanc, et n'interceptaient pas, comme les anciens vitraux, l'éclat du jour. De là, cet universel changement qui rendit les vitres plus communes. C'est au point qu'au xvi" siècle les gens riches ne voulaient plus ombrager les vitres de leurs beaux appartements que par des grilles de plomb losangées.

Seules les fenêtres des églises et des palais avaient conservé leurs vitraux. Jean Cousin, qui vivait à cette époque, en peignit un grand nombre avec succès. On voyait autrefois dans une salle du Musée des Monuments français, organisé par Alexandre Lenoir, un portrait en pied de François 1", en habit de cour, de la plus grande beauté, et deux autres vitraux immenses représentant des sujets tirés de l'Apocalypse, dans lesquels le célèbre artiste avait réuni toutes les ressources de ce bel art éminemment français.

« La composition, écrivait en 1806 le savant achéologue, en est vigoureuse ; elle représente la chute du monde ou les approches du jugement dernier : la terre est ébranlée ; des flammes soulèvent les flots de la mer roulant des malheureux qui cherchent à combattre la mort qui veut les frapper. Des anges, au milieu des éclairs, sonnent la trompette universelle. Ces contrastes sont frappants et touchent l'âme du spectateur. Chacun des sujets est divisé par encadrements peints en grisaille, formant des voûtes, de façon à donner de la profondeur aux tableaux. On voit dans les angles du haut, les chiffres de Henri II et de Diane de Poitiers, et, dans le bas, des groupes, des trophées de guerre, ornés de salamandres. Plusieurs de ces vitraux, que Jean Cousin avait peints pour la chapelle de Vincennes, ont été très dégradés par les passants, qui y lançaient des pierres. Au bas de l'un des deux, on voit la Vierge portant l'enfant Jésus sur ses genoux. Ces peintures sont sublimes ; elles ont plutôt l'air d'être exécutées sur la toile que sur le verre. Jean Cousin y a réuni et employé toutes les ressources de son art. Son dessin semble être celui de Jules Romain ; sa couleur et son faire celui du Corrège.

« Une fausse tradition annonçait que Jean Cousin avait exécuté ces peintures sur des cartons de Jules Romain ; c'est une erreur accréditée par des gens qui ne savent pas trouver dans les ouvrages des grands maîtres les traits sublimes du génie qui les caractérisent, de manière à ne pas douter de l'auteur. Je suis heureux

de combattre un bruit suscité, peut-être du temps même du peintre, par la jalousie de ses contemporains, et que depuis l'ignorance ou l'indifTérence des artistes a laissé parvenir jusqu'à nous. C'est une palme de plus que j'ai l'orgueil d'attacher à la gloire de Jean Cousin ' ».

Tandis que le vitrail français rentrait dans le giron de l'église, en Suisse, il devenait purement civil, u Les Suisses, dit M. Ph. Burty, peignirent sur les vitres de leurs hôtels de ville, de leurs tavernes ou de leurs intérieurs bourgeois, des légendes gaies ou sentimentales. C'est là que l'on rencontre les frères de ces gros, gras et blonds soudards, avec des armoiries, des écus, des casques à panaches furieux, voire de charmants paysages. Ces vitraux suisses, qui ne sont pas rares, sont souvent d'un éclat incomparable. Ils disent la vie de foyer, avec la légende racontée au bruit du rouet qui ronronne, l'existence calme du savant qui suit son rêve, penché sur l'épais in-folio ouvert, et sur lequel la lumière irisée tombe en peignant vaguement des miniatures... Au Moyen Age, le vitrail avait été la Bible illustrée du pauvre monde. A la fin du xvi' siècle, il fut le livre de la bourgeoisie ».

L'art de colorer le verre et de rendre sur cette matière des dessins de la plus grande perfection, tomba tout-à-coup en désuétude. Tout passe, tout change, et la vue continuelle des belles choses fatigue souvent celui qui en jouit. Cet abandon presque total que l'on fit de la peinture sur verre au xvii' siècle multiplia les vitrages de luxe chez les particuliers.

Nos aïeux, en effet, ne cherchaient pas seulement dans l'usage des vitres blanches un abri contre les injures de l'air, ils y cherchaient aussi dans leur arrangement une récréation pour la vue. Les vitriers faisaient aux croisées et aux fenêtres dlflèrentes figures au moyen de compartiments, qu'ils façonnèrent successivement en leur donnant différents noms. Les plus anciennes de ces figures furent la pièce carrée et la losange. Il y en eut par la suite d'autres qu'on appela bornes en pièces couchées, bornes en pièces carrées, doubles bornes, triples bornes, soit en pièces carrées, soit en bornes couchées ou Iranchuir pointu, bornes longues, tranchoir en losange ou Miramondès, tranchoirs pointus en tringlettes doubles, Iringlettes en tranchoir, chaînons debout et chaînons renversés, moulinets en tranchoirs si/nples, moulinets en

1. Alexandre I.eiioir. l)escriplioit liiitttin\/tie Jcx Moiiumeiils réunis Jii d\lii.\ce J<'.ï Mniiumciils fr.iiu\ii\. iSdI).

l'art intime

tranchoirs évtdés, moulinets doubles, moulinets en tranchoirs pointus, à la table d'attente, croix de Lorraine, molette d'éperons, feuilles de laurier, bâtons rompus, du dé simple, du dé à la table d'attente, de la façon delà Reine, de la croix de Malte, de la rose de Lyon, de la façon du val de Grâce, etc., etc.

L'école romantique a non seulement fait revivre en France la peinture sur verre, mais la passion du Moyen Age, inspirée par le roman de Notre-Dame de Paris, poussa les amateurs d'objets d'art à rechercher et à collectionner les vitraux anciens, qu'ils ne tardèrent pas à appliquer à la décoration intérieure des appartements de luxe. Ce qui permit à Théophile Gautier d'écrire les vers suivants, tirés de ses Premières Poésies (1830) :

Des losanges de plomb ceignent Les vitraux coloriés, Où les feux du soleil teignent Les reflets errants qui baignent Les plafonds armoriés.

Fig. 144. Ciel de lit (xviii* siècle)

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