LES ÉTOFFES FT LES SOIERIES
\ ANT les tapisseries, qui couvrent le sol et décorent les murs, nous allons parler des étoflTcs précieuses qui, par leur couleur et leur ornementation, ajoutent tant de charmes à la splendeur des vitrines.
Parmi les tissus célèbres de l'antiquité, il faut citer certaines étoffes de laine fine et de poil de chèvre, qui devaient ressembler assez à nos mérinos. Celles de Tarente, selon Pline, passaient pour les plus belles et s'imposaient comme objet de luxe en ce temps où la soie n'avait pas fait encore son apparition.
Cette espèce d'étoffe lut surtout en vogue parmi les femmes. Dans les Dialo2ues des Courtisanes de Lucien, la mère de .Musarium dit à sa fille qu'elle accable de reproches : « N'es-tu pas honteuse d'être la seule de tes compagnes qui n'ait ni pendants d'oreilles, ni colliers, ni robe de Tarente ? » Le rhéteur Alciphron, dans ses Lettres grecques, fait dire de même à l'hétaïre Pétala . « Je n'ose sortir de chez moi ni aller voir mes amies, avec cette vieille robe de Tarente que je porte depuis un siècle ».
La voluptueuse Milct n'avait pas moins acquis de célébrité par ses étoffes de pourpre, par les choses les plus rares et le plus à la mode,
l'art intime
qu'elle fournissait au luxe d'Athènes. Telles étaient les robes de laine très fines, de différentes couleurs, qui portaient le nom du pays où on les fabriquait, entre autres « les robes superbes de Sicile » que, dans les Lettres d'Alciphron, Eutibule donne généreusement à sa maîtresse.
Cos produisait aussi ces fameuses étoffes connues sous la dénomination de bombycina ou étoffes de Cos. Quant aux étoffes mélangées de lin et de soie, si légères et si fines que saint Grégoire de Nazianze les nomme des étoffes aériennes, elles ressemblaient aux bombycina, beaucoup plus communes que les soieries; elles figuraient cependant parmi les étoffes de luxe, puisque Pline regarde comme une honte de les avoir adoptées pour les vêtements d'été, et Ovide, Properce, TibuUe et Juvénal en parlent comme d'une chose très recherchée. Il est remarquable que presque toujours chez ces poètes, c'est aux bombycines de Cos qu'il est fait allusion. Ces bombycines étaient légères, moelleuses, et formaient des plis gracieux. Horace et Martial font allusion à leur extrême transparence ; il semble même que cette transparence et cette légèreté fussent le principal caractère de ce genre de tissu, dont les mousselines des Indes sont le type". Ces étoffes précieuses, qui selon les expressions de TertuUien, quoique minces et légères en elles-mêmes, sont bien pesantes si l'on en considère le prix, étaient appelées par Pétrone du vent tissu, ventus textilis, parce qu'on voyait au travers comme dans une nuée, nebula lineo. Varron comparait de même les vêtements faits avec ces espèces de gazes, à des vêtements de verre, vitreas togas. Elles avaient donc toutes les qualités qui mettaient en vogue une étoffe faite, pour ainsi dire, avec
De l'or filé, de l'air tissu, comme ces toiles Qui flottent, blancs réseaux détachés des étoiles.
Au dire de Pline, Attale, roi de Pergame, est le premier qui ait fait mêler l'or aux matières textiles. Apulée, dans ses Métamorphoses, parle d'habillements de soie tissus avec de l'or; et Jules Capitolin, Vie de Pertinax, mentionne également une robe « tramée d'or sur chaîne de laine ou de soie », ayant appartenu à l'empereur Commode. Ces sortes de vêtements étant extrêmement lourds, Ovide, dans VArt d'aimer, conseille aux femmes de ne point porter « ces brocarts tout pesants d'or, qui gêneraient péniblement leur démarche ».
L'usage des étoffes tissues d'or et de soie se répandit par la suite