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AUTRES SOIERIES FAÇONNÉES

Il y aurait sans doute bien d'autres soieries façonnées à décrire, car on s'est ingénié à utiliser, comme nous l'avons mentionné, tous les différents genres d'armures ou de tissus unis comme fond, en y formant des dessins parla chaîne,

la trame ou les trames, en variant les aspects par l'emploi des matières, leurs colorations diverses, le traitement adopté, teint en fil ou teint en

pièces.

etc.

Soierie façonnée moirée '

Bornons-nous à relever comme des catégories remarquables celles ou l'on a combiné le façonné au jeu des fils donnant le dessin, avec des manipulations comme la moire, l'impression, et encore la broderie.

La première de

ces associations, qui fut très emplo3'ée au xviir, produit d'heureux effets en faisant se détacher le dessin sur des fonds moirés taffetas au gros de Tours et nécessite pour l'établissement de ce dessin qu'il soit exactement à retour, c'est-à-dire qu'il se reproduise identiquement, symétriquement sur chacune des moitiés de l'étoffe ; il faut se rappeller en effet que la moire est produite par la pression très forte que subit l'étoffe pliée en son milieu sous la calandre; dans cette application, il est nécessaire que les parties du dessin coïncident les unes sur les autres dans ce pliage, sous peine de laisser une marque ineffaçable dans le fond moiré.

L'impression se combine, exécutée directement ou sur chaîne, ou encore ad hoc (termes dont nous verrons plus loin le sens) par des dessins unicolores ou multicolores, avec d'autres dessins façonnés par le travail du métier, pour des genres assez spéciaux et peu courants.

Enfin la broderie a quelquefois servi à compléter également le travail du métier dans certaines soieries dont le prix peut supporter cet enrichissement toujours assez dispendieux.

' Communiqué par MM. Tassinari et Chatel-.

On a fait remarquer très justement que le mot broderie s'emploie avec deux acceptions : au singulier, pour signifier l'art de représenter sur une étoffe, et en relief généralement, par des fils passés le plus souvent avec le secours de l'aiguille, des figures et des dessins ; au pluriel, pour désigner les ouvrages mêmes qui sont le produit de cet art de broder.

Il n'y a pas lieu de s "étendre ici sur la broderie en général, non plus que défaire valoir la grande importance de cette classe, remarquable entre toutes, des arts décoratifs du tissu et dont l'origine remonte à des temps si reculés; la broderie (ars phrygia, ars pluniaria, opus anglicwin^ cyprense, etc.) a trouvé ses historiens érudits qui en ont décrit les très intéressantes manifestations chez les divers peuples, aux époques anciennes et modernes. Et, d'autre part, de nombreux commentateurs avisés ont étudié la valeur comparée ainsi que les différentes techniques des broderies.

De ces dernières, les seules que nous ayons à retenir sont celles exécutées sur soie, en les faisant compter à titre bien mérité parmi les différentes sortes de soieries à décor, et ceci bien qu'elles ne soient pas le résultat direct d'un tissage ; il serait inutile du reste de faire cette mention autrement que sous une forme tout à fait succincte, après la place de choix réservée à ces broderies dans les savantes études spéciales qui ont été consacrées à ce vaste sujet.

Il est tout naturel que l'on ait de fort bonne heure utilisé le fil de soie pour rehausser certains tissus de broderies ; son brillant, sa solidité, sa souplesse, l'éclat nuancé de son coloris étaient autant de qualités de premier ordre qui le désignaient à cet effet. On le voit donc constamment concourir avec les fils d"or et d'argent, aux époques où la broderie fut tellement en honneur, à Byzance et en particulier au Moj'en Age, pour décorer de riches tissus comme les draps d'or, le velours, le satin, etc., et former de magnifiques ornements d'églises, des vêtements somptueux, tout « raides de broderies », des étoffes pour tentures de prix, des gants, des aumônières et des œuvres comme la couverture du livre d'heures d'Isabeau de Bavière, citée comme un véritable monument de l'art de broder à cette époque.

La broderie était alors le travail extrêmement habile de nombreux ouvriers et ouvrières, travail régi par des statuts corporatifs sévères, et les traditions d'écoles de broderie en divers lieux, qui devinrent très renommées. « Broder fut même jusqu'à la fin du XVI° siècle une branche sérieuse, estimable de la peinture ; l'aiguille, véritable pinceau, se promenait sur la toile et laissait derrière elle le fil teint en guise de couleur, produisant une peinture d'un ton soyeux et d'une touche ingénieuse, tableau brillant sans reflet, éclatant sans dureté » (Fr. Michel) .

Les dames de la plus haute noblesse, suivant un usage pratiqué de tous temps et remontant à l'antiquité, se livraient également au travail de la broderie. D'après un biographe de Catherine de Médicis, « elle passait, dit-il.

fort son temps les aprés-disnées à besogner après ses ouvrages de soye où elle était tant parfaite qu'il était possible />.

Et Ronsard dit encore dans son ode à la Royne de Navarre, en la comparant à la déesse Pallas :

Vous d'un pareil exercice, Mariez par artifice Dessus la toile en mainct trait L'or et la soie en pourtraict.

Le goût de ces travaux de l'aiguille, plus ou moins luxueux, plus ou moins habiles, ne devait point se perdre, malgré les défenses roj^ales et peut-être à cause de celles-ci, un instant édictées contre le port des broderies dans les vêtements, et, au xviir siècle, la broderie, qui avait été limitée d'abord à la toilette des princes et des personnes du plus haut rang, devint d'un usage presque général : les habits, les uniformes, les ornements d'église, les étendards, les housses de cheval, les meubles étaient brodés avec des fils d'or, d'argent, de soie, même de lin ou de laine. La broderie s'établit à Lyon comme une branche précieuse d'industrie ; les broderies de Milan et de Venise étaient alors en grande renommée, mais leur excessive cherté en avait contrarié l'usage. Et les fabricants de Lyon '< marièrent les chefsd'œuvre de la navette avec ceux de l'aiguille », dit Roland de la Platière, « avec beaucoup d'habileté et dégoût ». Vers 1778-1780, ce genre de fabrication s'était si prodigieusement accru par une célébrité acquise dans le monde entier, tant sur les diverses parties des vêtements d'hommes et de femmes que sur les bas de soie, ornements d'église, étoffes d'ameublements, qu'il entretenait et faisait vivre, a-t-on affirmé, 20.000 personnes, au nombre desquelles se trouvaient plus de 6.000 brodeurs.

« Les fabricants, dit un auteur du temps, viennent de faire des étoffes à 600 francs l'aune pour habits d'homme et l'on n'est plus effrayé de ce prix excessif. »

Pour la composition de ces broderies, on avait recours aux plus célèbres dessinateurs ; Philippe de Lassalle -lui-même établit le dessin de plusieurs pièces remarquables, entre autres de cette très belle tenture qui fut souvent reproduite, toute brodée au point de chaînette sur satin blanc, à destination de Trianon.

Un autre artiste contemporain, dont le talent et le mérite incontestable ont fait citer fréquemment le nom à côté de celui de Philippe de Lassalle, Bony, né à Givors, près de Lyon, acquit une fort grande réputation en composant une quantité de dessins pour broderie de soies pour les robes, les gilets, les habits ; il fut l'auteur également de nombre de dessins de soieries façonnées exécutées au métier : velours, damas, lampas, etc.

Sous la direction éclairée et impeccable de ce maître, les ateliers lyonnais de broderie exécutèrent des pièces incomparables de goût, de délicatesse et d'élégance.

L'une d'elles mérite, sans doute, d'être considérée comme le chef-d'œuvre de Bony : c'est la tenture qu'il composa et fit exécuter, entièrement brodée

au passé sur fond de satin, en soies de couleurs, en or et en chenille, pour le petit salon de l'impératrice Marie- Louise, à Versailles. Cette magnifique décoration murale, aussi remarquable par la valeur du dessin que par le mérite du travail, ne fut d'ailleurs jamais mise en place et, retrouvée intacte et dans toute sa fraîcheur au Mobilier National, elle a figuré dans plusieurs expositions pour le plus grand honneur de la broderie lyonnaise.

On brode encore sur soie maintenant à la main, d'après les anciennes

Soierie brodée (composition de Ph. de Lasalle, exécutée pour Trianon ').

manières, en usant de toutes les ressources et de tous les points d'un art dont la technique fut poussée, il y a si longtemps déjà, à une variété tout à fait grande. C'est tantôt à ï aiguille sur le tissu tenu sur le doigt, ou tendu, places par places, sur le léger cercle du tambour ou enfin avec le secours du métier a broder classique et bien connu, qui permet aussi d'exécuter commodément la broderie au crochet. Et l'on fait de la sorte maints ouvrages, écrans, menus accessoires élégants de toilette ou d'intérieur, aussi bien que l'on illustre de broderies faites en ateliers, des soieries pour robes et garnitures, certaines étoffes pour l'ameublement, des ornements d'églises, etc.

L'application de la broderie réussit particulièrement bien sur toutes les

' Collection du Mobilier National.

soieries légères, crêpes, gazes, mousselines, tulles, si répandues maintenant ; le contraste sur un fond clair et plus ou moins transparent des dessins faits de points de soies de couleur, d"or, d'argent, enrichis d'agréments comme les paillettes, les perles, et d'autres variétés, fournit d'heureux effets et des formules décoratives nombreuses.

Il ne faut pas non plus manquer de dire que l'invention et la mise en pratique de moA^ens mécaniques pour fabriquer des broderies ont beaucoup contribué à vulgariser leur emploi. Le métier suisse de Saint-Gall, dont les applications commencèrent par des broderies blanches, faites sur fond de toiles ou de divers tissus de coton, permet d'obtenir sur soie et avec de la soie des broderies plus ou moins compliquées.

Son ingénieux système repose, en principe, sur l'emploi du pantographe dont la pointe maniée par l'ouvrier brodeur suit sur une carte spéciale où ils ont été tracés, les points du dessin à reproduire et détermine en même temps les déplacements du cadre vertical qui porte l'étoffe tendue ; après chacun de ces déplacements une série d'aiguilles à deux pointes, entraînant dans leur mouvement les fils de soie qui ont été passés dans un trou pratiqué en leur milieu, traverse 1 étoffe au moyen d'une ingénieuse disposition de griffes doubles qui laissent ces aiguilles d'un côté du tissu et les reprennent de l'autre, comme autant de mains d'ouvrières brodeuses pourraient le faire ; et l'on arrive de la sorte à broder à la fois plusieurs largeurs du dessin répété dans un ensemble de tissu qui peut atteindre plusieurs mètres de développement. L'économie de temps est évidente et ce qui étonne encore est de voir quel degré de perfection ce métier, habilement manié, peut donner dans ses résultats ; aussi bien que des broderies lourdes ou légères d'un ou de plusieurs tons sont exécutées avec cette machine des broderies avec ajourages, festons, etc., et encore d'autres faites sur tulles ou canevas auxquelles la composition du dessin, le genre du travail et divers artifices arrivent à donner l'aspect de véritables dentelles ; il est vrai que ces derniers genres se réclament bien moins de la soie et que support et fil de broderie sont le plus souvent en coton. La soie artificielle cependant, dont nous avons parlé, s'est prêtée depuis quelque temps à des utilisations notablement importantes pour les usages de la broderie, mécanique surtout ; son brillant spécial, très accusé, avec des reflets presque métalliques, la fait rechercher pour cet emploi, qui n'exige pas d'ailleurs une particulière finesse de fil, non plus qu'une solidité très résistante comme pour le tissage au métier.

Il existe d'autres machines à broder, plus simples et ne donnant que des résultats bien plus limités; la mieux connue est une sorte de machine à coudre où l'étoffe supportée par un plateau mobile est entraînée par les déplacements que l'ouvrière donne à celui-ci, pendant qu'une aiguille mécanique coud sur le tissu un lacet, tresse, cordonnet ou bourdon, de soie ou d'une matière analogue. La broderie, ou plutôt l'imitation de broderie, se fait ainsi en suivant les contours du dessin indiqués à l'avance avec un poncif sur l'étoffe ou même sans dessin aucun, l'ouvrière ayant assez d'entraînement ou d'habitude pour reproduire de façon suffisante le modèle placé sous ses yeux.

Quelle différence existe entre ces travaux de broderie à bon marché et ceux des artisans orientaux encore pratiqués d'après des règles invariables, en accord avec les habitudes de patient et long labeur manuel, de paj's où

les traditions de la broderie sont séculaires. Les broderies de la Chine, du Japon et de Tlndo-Chine, par exemple, alors même qu'elles sont maintenant le plus souvent exécutées, en soie toujours, mais sur des fonds assez ordinaires, comme des satins tramés coton de provenance européenne, se rattachent directement par les dessins, les coloris et le mode de travail de l'aiguille, aux modèles admirables des mêmes provenances, fournis par les époques anciennes. Et ceux-ci comprennent entre mille autres choses : des robes de mandarins, des châles de crêpe de Chine, des kimonos, ornés de broderies faites avec un soin, une régularité, une habileté, que l'on n'a pas surpassés en Occident. N'oublions pas que des broderies de soie japonaises, de composition etd'exécution toute moderne, ont révélé en Europe, quand elles y furent exposées, autant d'intérêt dans le choix et l'arrangement des dessins, de charme dans les coloris, que de mérite resté surprenant dans la broderie elle-même, attestant un art qui s'est conservé dans toute sa pureté.

SOIES PEINTES, SOIERIES IMPRIMEES

Après le procédé de décoration des étoffes de soie, qui repose sur le tissage seul, par le jeu des fils, leur mélange en couleurs associées, leur combinaison avec l'or, l'argent, etc., ainsi que nous venons de le voir, la manière la plus usitée d'illustrer les soieries de dessins variés est certainement, à l'heure actuelle, l'impression, dont les exemples sont si répandus.

On pourrait définir l'impression : une sorte de peinture sur étoffe, rendue pratiquement industrielle, et, à vrai dire, il n'est guère possible de séparer les deux choses peinture et impression, surtout lorsqu'on se reporte aux origines ; l'emploi du pinceau chargé de couleurs, manié à la main, librement, ou bien en s'appliquant à suivre les premiers contours d'un dessin, déterminés le plus souvent, il faut le supposer, au moyen de modèles ou patrons, a-t-il précédé, suivi ou accompagné l'usage du bloc de bois dur portant un dessin gravé en relief, et imprégné d'un produit colorant ? On en est réduit sur ce point à des conjectures sans pouvoir rien affirmer.

3lais l'Orient fut encore très évidemment le précurseur dans cette voie; le pinceautage, ou bien l'impression primitive, s'est exercé, nous apprennent les historiens, à des époques lointaines en Chine, au Japon et particulièrement dans l'Inde, et non seulement on sut dans ces pays artistement et habilement distribuer au pinceau ou autrement des couleurs à la surface d'un tissu à des places convenables pour former des dessins, mais, mieux encore, la connaissance des mordants chimiques empiriquement employés, des réserves ménagées à la cire avec une étonnante dextérité, permit déjà, le fait paraît indiscutable, de varier beaucoup les effets obtenus pour le meilleur résultat décoratif.

A côté de ces productions remarquables, quel fut très exactement le système employé pour l'impression au Moj^en-Age de ces curieux tissus de lin, de laine, même de soie, qui sont conservés dans certains musées et catalogués comme étant de travail rhénan ou italien du XIV° et du xv° siècle ? Sans pouvoir trop préciser, on est fondé à croire qu'il fut celui du bloc, ou de la planche en bois, avec dessin gravé en relief, mais de façon assez rudimentaire, et qu'il resta sans grand développement ; cependant, l'impression t3^pographique, dont l'invention repose sur un principe analogue, avec l'usage de caractères de bois en relief, prenait, dès son début, à peu près au même moment, l'essor que l'on sait.

Il faut arriver au xviT siècle pour constater quel fut le très grand succès en Europe, en France particulièrement, des tissus exotiques, décorés comme dit ci-dessus et importés soit directement des grandes Indes, par vaisseaux, soit par caravanes traversant la Perse. D'où les dénominations, tantôt d'Indiennes, tantôt de toiles de Perse ou Perses, par lesquelles on désigna le plus souvent ces toiles, englobées généralement aussi sous le terme de toiles peintes. De cette époque et surtout à cause des prohibitions et des défenses si

SOIES PEINTES, SOIERIES IMPRIMEES 133

curieuses lancées par le Gouvernement contre ces tissus à la requête des fabricants de draps et de soieries, date leur vogue considérable, vogue à la faveur de laquelle plusieurs fabriques s'établirent en Angleterre, en Suisse, en Allemagne, en Alsace surtout, et enfin en France, quand la mode fut plus forte que tous les édits royaux et que cette fabrication devint permise*.

Pendant longtemps cependant, les toiles peintes des Indes eurent la supériorité de la meilleure exécution, de la beauté et de la solidité des couleurs sur les produits européens. Ceux-ci restèrent grossiers et communs jusqu'à ce qu'on fût parvenu à employer couramment et d'une manière perfectionnée dans les manufactures le procédé de l'impression avec des planches en bois portant le dessin gravé en relief, innovation qui conduisit plus tard à la planche plate et au rouleau en cuivre, gravés en creux ; en même temps des recherches intéressantes avaient amélioré la connaissance des matières colorantes et permis d'arriver à l'éclat et à la durée des couleurs dites dès lors « bon teint ».

Oberkampf est le plus célèbre parmi ces manufacturiers de la fin du xvill" siècle ; dessinateur, graveur, chimiste lui-même autant qu'habile imprimeur, il créa en 1760 la manufacture de Jouy-en-Josas,dont les produits devaient atteindre une renommée si prépondérante qu'on en est venu même peu à peu et trop facilement, à nommer toutes les productions de cette époque « toiles de Jouy », sans distinction de provenance.

Tous ces détails ne concernent exclusivement ou à peu près que l'art du pinceautage ou de l'impression appliqué aux seules toiles, c'est-à-dire cotonnades ou tissus de lin. Il semble bien que l'on songea assez tard à se servir industriellement des mêmes procédés pour décorer les tissus de soie. Car les soieries peintes à la main dont on relève l'exécution vers le milieu du xviir siècle, et pour certaines aux Gobelins, furent seulement des fantaisies assez coûteuses, exécutées par des artistes de talent d'après le goût du temps, qui portait à décorer de peintures les tissus et les objets les plus variés.

Cependant, un peu plus tard, une tentative fort curieuse d'organisation industrielle, à Paris, pour la production de soieries peintes et destinées à des robes, est celle dont le fameux aventurier Casanova, chevalier de Seingalt, avait eu l'idée sous Louis XV, comme il le raconte dans ses mémoires"^. Il ne donne, du reste, aucun détail pratique sur ses procédés, affirmant seulement « qu'il avait toutes les connaissances chimiques nécessaires » ; aussi, quand il parle de « l'impression » dont il usait pour reproduire sur les étoffes de soie « tous les beaux dessins que l'on exécute à Lyon par les procédés lents et difficiles du tissage et à des prix bien inférieurs », on est amené à croire, en raison de ce qu'il dit ailleurs des ouvriers qu'il employait à « peindre » les taffetas, gros de Naples, etc., que ce travail consistait bien à colorier au pinceau des dessins dont la forme générale, la silhouette, pouvait avoir été tracée au préalable, en noir probablement, soit avec des planches de bois gravées, soit avec des sortes de patrons découpés.

Quoi qu'il en fût, la manufacture de Casanova ne put ni prospérer ni se maintenir, cela par la légèreté et la prodigalité de son fondateur,

' Voir : la Toile peinte en France, la Manufacture de Jouy, H. Clouzot. ^ Mémoires de Casanova, t. m, chap. xvii-xviii.

engagé dans trop d'entreprises diverses et malgré la précaution qu'il avait eue de se mettre sous la protection du prince de Conti et d'installer ses ateliers dans l'enclos du Temple, l'un de ces emplacements privilégiés d'alors, jouissant de toutes franchises et exempté de la juridiction corporative.

Des exemples de soieries peintes de la même époque des plus curieux sont ces taffetas, poults de soie et satins, conservés jusqu'à nous et qui manifestement apparaissent décorés par le pinceau manié à la manière chinoise. On sait toute l'influence que l'art chinois exerça dès le xvir siècle en Europe à la suite de l'engouement pour les productions apportées de la Chine à cette époque, et il paraît certain qu'on eut recours à l'habileté des artisans de cette contrée lointaine pour décorer à bas prix, vu la modicité de leurs salaires, des soieries qui leur étaient envoyées de France et sur lesquelles les effets de coloration, la manière dont la peinture est exécutée , dénotent cette origine, alors même que l'ordonnance du dessin parait quelquefois se réclamer de l'inspiration et de la composition européenne. Il ne faut pas oublier non plus ces étoffes de soie dites chinées — on les nomme parfois flammées aujourd'hui \ — très répandues et très goûtées au xviii° siècle.

Sans qu'on puisse - rien affir-

mer à cet égard , peut - être le procédé de leur exécution avait-il été apporté également de la Chine comme leur nom semble l'indiquer; en tous les cas, ce, genre de travail, dont la pratique et le tour de main sont aujourd'hui entièrement perdus, comportait des opérations longues, avec vraisemblance, en attribuer

Robe de l'époque de Louis XV en taffetas chiné.

multiples et si minutieuses qu'on peut

l'invention à des artisans lents et patients comme l'ont toujours été les Chinois.

SOIES PEINTES, SOIERIES IMPRIMEES 135

Ce procédé dit du chiné à la branche ou par branche était une manière de faire des dessins sur la chaîne d'un tissu avant sa fabrication définitive; il reposait sur un système de teinture partielle, par endroits déterminés à l'avance, des fils de soie de la chaîne, selon les indications et les coloris du dessin tracé et peint d'abord sur papier réglé spécial ; ces fils étaient séparés en flottes ou branches, de grosseur et de longueur convenables ; après un ensemble de minutieuses mesures préparatoires, cette teinture ou mieux ces teintures successives s'opéraient une fois que les parties des flottes qui ne devaient pas recevoir de la couleur avaient été recouvertes par des ligatures très serrées au parchemin et à la ficelle, quitte à recommencer l'opération pour la même flotte autant de fois qu'elle avait de couleurs différentes à recevoir.

Enfin, tout ce travail exécuté et les flottes une fois teintes remises à côté les unes des autres sur le métier avec un repérage qui mettait en place les parties colorées, comme il convenait pour composer le dessin, il ne restait plus qu'à tisser avec une trame de la nuance du fond choisi, en général blanc. Le tissage donnait aux étoffes chinées leur caractéristique très tj-pique et reconnaissable, le dessin étant coupé par touches de couleurs bien séparées, à droit fil dans le sens de la longueur, et légèrement frangées ou fouettées au contraire à leurs extrémités.

Bien qu'on ait retrouvé l'énoncé des règles auxquelles se conformaient les chineurs on a peine à comprendre comment ils pouvaient obtenir autant de régularité dans l'exécution de ces tissus qui furent très en honneur, aussi bien pour les robes que pour la tenture et l'ameublement; et l'on reste étonné de la complication des dessins, de l'éclat des coloris que montrent certaines soieries chinées : taffetas, satins ou velours. Dans le cas du velours en effet, intervenait une complication nouvelle, celle de la diminution considérable de longueur au tissage des fils formant le poil du velours, l'embuvage, dont nous avons parlé en temps voulu ; d'où l'obligation pour le chineur d'agrandir le dessin en conséquence, d'après un calcul donné par l'expérience pour obtenir finalement le dessin dans la forme et les dimensions prévues par l'esquisse.

Nous verrons bientôt que ce procédé compliqué et difficile a été abandonné et remplacé avantageusement par celui de l'impression sur chaîne.

Des exemples frappants de toutes ces difficultés vaincues sont donnés par certains velours chinés, conservés au 3'Iobilier National ; commandés par Napoléon I", auquel plaisait particulièrement, paraît-il, ce genre d'étoffe, pour l'ornement des appartements de ses palais, ils furent exécutés à L3'on où l'art du chinage s'était toujours conservé. Et par exemple devant la tenture en velours chiné,, destinée à la chambre de l'Empereur à Fontainebleau, au dessin de grandes proportions, aux tons vifs et nombreux — contesterait-on d'ailleurs la valeur artistique du résultat — on n'est pas surpris d'apprendre que cette tenture a coûté i68 francs le mètre et nécessité deux années pour son achèvement ! (E. Dumonthier, les Etoffes napoléoniennes.)

Aujourd'hui, chiner la soie de même que le coton ou la laine, ne signifie pas autre chose que préparer ces textiles en flottes, en les teignant, ou en les tachant pour mieux dire, d'une ou plusieurs couleurs, à des places régulières ou irrégulières, sans aucune préoccupation de dessin.

Et l'on emploie (on a employé surtout fréquemment vers le milieu du xix"^ siècle), les fils ainsi tachetés ou jaspés, pour former sur des fonds unis des rayures, ou des filets chinés, agréments qui s'enlèvent de façon intéressante.

Après le considérable développement qu'avait pris en France, comme nous l'avons déjà noté, à Paris, à Rouen, Mulhouse et quantité d'autres endroits l'impression sur tissus de coton, de lin, puis de laine, on serait en droit de penser que les mêmes procédés furent utilisés dès ce même moment

Atelier d'impression de soieries '.

pour décorer les étoffes de soie ; on n'en relève des exemples cependant que d'une façon assez restreinte et il en fut ainsi certainement à cause des résistances corporatives, opposées par les fabricants et ouvriers façonniers en soie, redoutant la concurrence.

Ce n'est guère avant 1816 que la fabrication des soieries imprimées prit à son tour une marche vraiment industrielle, sous l'impulsion de fabricants 13'onnais avisés et inventifs, comme Revilliod et Depouilly entre autres, et que fonctionnèrent des manufactures qui joignirent à l'impression des indiennes celle des tissus de soie. Une des plus anciennes fut celle exploitée d'abord par Perregaux puis par la famille Brunet-Lecomte de père en fils, à Jallieu, près de Bourgoin ; elle devait devenir une des fabriques d'impression les plus réputées pour le mérite et le goût de sa production.

« MM. H. Brunet-Lecomte et C"-, Jallieu.

SOIES PEINTES, SOIERIES IMPRIMEES

Aujourd'hui,, les fabricants de soieries ne sauraient se passer des ressources décoratives que l'impression met à leur disposition et que ses procédés améliorés ont encore rendues plus nombreuses.

C'est à des étoffes de soie unies, sans difficultés de tissage, que l'impression s'applique le plus souvent et c'est d^une grande commodité en plus, de pouvoir utiliser par ce moj^en des étoffes souvent fabriquées à d'autres fins dont l'aspect et le caractère se trouvent de la sorte transformés, renouvelés.

Qu'il s'agisse d'impression directe, faite sur le tissu uni tout terminé, ce qui est la façon la plus générale de procéder, ou d'impression sur chaîne,

Type d'impression, par enlevage.

système qui a détrôné l'antique chiné dans la manière de préparer le dessin sur les fils avant le tissage définitif, le travail peut s'exécuter maintenant soit à la main ou à la planche, soit mécaniquement ^ c'est-à-dire la plupart du temps, au rouleau.

Les machines à imprimer modernes mues par la vapeur, ressemblent fort peu à la machine emploj'ée à Jou}^, si le principe en est à peu près celui de la machine à rouleau a3'ant succédé à celle à la planche plate, qui fut la première employée. Un ou plusieurs larges rouleaux de cuivre en nombre correspondant à celui des couleurs du dessin, gravés en creux par des procédés certes plus expéditifs que ceux d'Oberkampf, sont disposés de telle sorte, sur un bâti métallique, qu'ils pressent d'un côté contre le tissu mécaniquement entraîné, tandis que de l'autre, ils sont garnis et pour ainsi dire encrés, en quantité convenable, de la couleur choisie, à l'état de liquide assez épaissi. Un réglage minutieux s'impose, mais une fois qu'il est opéré on peut imprimer en quantité indéfinie le même dessin, au même coloris bien entendu.

On se sert encore d'une machine inventée par Perrot en 1 839, appelée pour celd, perrotine, et dont le s^'stème mixte comporte un dispositif qui permet de

garnir de couleur des planches spéciales gravées dans la largeur du tissu et de les imprimera la suite les unes des autres sur ce tissu qui est entraîné au fur et à mesure, tous ces mouvements étant réglés par une commande mécanique.

L'impression mécanique est celle qui convient naturellement pour les soieries de genres courants et de prix bas ou moyens; contrairement à ce qui a lieu pour les cotonnades par exemple où l'on arrive très bien à exécuter à la machine des dessins compliqués et chargés de nombreuses couleurs en raison du grand débit qui permet une production intense; comme la plupart du temps, les métrages à faire, ne couvriraient pas les frais de gravure, et pour d'autres raisons de métier, on se contente de décorer au rouleau les tissus de soie avec des dessins à effets limités, comportant un petit nombre de teintes dans le coloris; très souvent on use de simples pois ou de motifs d'une couleur unique comme pour la vaste catégorie des foulards, twills et autres légères soieries pour robes d'été, traitées en enlevage ou en application auxquelles la mode réserve ses faveurs par périodes alternatives, en assurant à ces moments le traA'ail de nombreux ouvriers imprimeurs.

L'impression par enlevage ou à réserves est un curieux procédé connu et pratiqué, nous l'avons dit, à peu près de tous temps ; il consiste, pour obtenir par exemple, un effet, un pois blanc sur un fond bleu marine, à imprimer sur le tissu blanc et aux places convenables un mastic résineux, composition pâteuse spéciale, qui sèche rapidement à l'air et devient insoluble dans l'eau. La pièce de tissu étant ainsi préparée, on la plonge dans un bain de teinture ; la couleur se dépose sur le fond, à l'exception des points couverts par le mastic. Quand on enlève ensuite ce mastic par un dissolvant approprié comme la benzine, les parties du tissu qui ont été préservées de la teinture apparaissent en blanc.

Dans Vapplicûf ion, au contraire, c'est le fond dont on applique la couleur sur le tissu blanc par le moj'^en d'un rouleau gravé en conséquence, qui laisse sans impression les parties, pois ou dessins, qui doivent se détacher en blanc sur ce fond.

Une autre manière encore d'arriver au même résultat c'est de teindre tout d'abord le tissu avec des colorants spécialement choisis, puis de détruire cette teinture par places, de la ronger par l'impression de substances chimiques, dites rongeants, et qui soit employées seules, donnent l'effet blanc sur un fond coloré, soit mélangées à une substance colorante, permettent de substituer cette couleur même dans les endroits du dessin à la première obtenue par la teinture, ce qui donne en fin de compte un dessin de couleur sur un fond d'une autre couleur.

Cette ingénieuse façon de procéder, dont les applications se sont beaucoup développées assez récemment, n'a pas été utilisée seulement dans l'impression à la machine, mais a permis également d'étendre notablement le champ d'action de l'impression à la main.

Pour celle-ci, la chose d'importance, c'est la gravure du dessin, c'est-àdire l'exécution des planches de bois portant les différentes parties et couleurs de ce dessin en relief.

L'esquisse, bien entendu, a été faite au préalable, d'après les règles générales qui président à l'établissement des dessins pour soieries façonnées tissées ; il faut encore que le dessinateur se préoccupe de ménager les raccords

SOIES PEINTES, SOIERIES IMPRIMEES

pour la répétition sans fautes ni discordances des motifs dans l'ensemble du tissu; il doit aussi tenir compte d'un rapport imposé dans le cas présent par les dimensions que l'on peut donner pratiquement à ces planches faites d'un bois dur et renforcé de plusieurs épaisseurs collées, qui sont par suite assez lourdes et cependant doivent rester maniables pour la commodité du travail. Aussi, lorsque l'on veut exécuter des dessins de grandes proportions, est-on souvent obligé de graver des jeux de planches combinés dont chacun correspond à une seule des parties du dessin.

Pour peindre une esquisse destinée à l'impression, il faut évidemment se servir de tons séparés ou comptés, dont le nombre est déterminé à l'avance par les convenances du dessin, en raison de son importance et du prix prévu pour l'étoffe, puisque chacun de ces tons doit être reporté à peu près toujours isolément sur une planche correspondante et qu'on ne peut imprimer, à la main, qu'une seule couleur à la fois.

Le travail délicat qui consiste à trier les différentes couleurs et à les reporter chacune à leur tour sur les planches, se nomme la mise sur bois; au moyen d'un papier à calquer fort, dit papier glace, on relève soigneusement sur l'esquisse les différentes parties d'une même couleur, puis on les reporte au trait sur la surface de la planche de bois bien aplanie et polie. C'est ensuite le travail de la gravure proprement

dite : avec des outils appropriés, l'ouvrier creuse le bois délicatement tout autour de ce que l'on a marqué comme devant rester en relief et façonne patiemment ces reliefs; il faut pour cela beaucoup de précaution et d'habileté, surtout quand on doit ménager des parties de bois assez fines ; quand celles-ci deviennent par trop déliées pour que le bois puisse offrir une suffisante résistance, on est obligé de lui substituer, à ces endroits, de minces lamelles de cuivre, qui sont contournées à la pince et enfoncées ensuite dans la planche en les ajustant à la hauteur convenable.

D'autres fois, pour certaines parties du dessin ou certains dessins en entier, on est amené à les former d'un alliage métallique dit plombinc que l'on coule dans une matrice creusée d'après le dessin avec une lame rougie au feu ou bien le crayon à pyrogravure, dans un bloc de bois dur, le cachet.

Planche d'impression gravée en relief sur bois

Communiqué par MM. H. Brunet-Lecomte et C".

Une fois la gravure exécutée pour chacune des couleurs du dessin, on se trouve en possession d'une série de planches auxquelles sont parfois adaptés des repères destinés à rester à peu près invisibles, sortes de légères pointes métalliques dîtes picots ; ou bien encore on use d'une planche spéciale dite de touche, systèmes dont nous verrons bientôt la nécessité.

Reste à garnir chacune de ces planches à leur tour de couleur indiquée par l'esquisse ou le coloris général.

On se sert aujourd'hui pour l'impression sur soie des mêmes produits colorants que ceux usités pour la teinture ; les gammes en sont fournies exclusivement par des combinaisons chimiques minérales et ne sont plus empruntées, comme dans le début, à des substances extraites de certains végétaux.

On les emploie, par exemple, à l'état semi-liquide, et presque pâteux, en les épaississant avec des gommes ; il est nécessaire en effet d'éviter qu'à leur application sur le tissu, ces couleurs ne s'étendent en coulant et en faisant tache.

Après préparation au laboratoire on applique ces couleurs à la brosse sur des châssis spécialement établis à cet effet et qui sont comparables aux tampons encreurs de ces timbres en relief employés dans le commerce. La préparation de ces châssis est importante et demande des soins pour que la couleur s'y trouve en quantité juste convenable et autant que possible constante pour imprégner les reliefs des planches lorsque l'ouvrier imprimeur pose légèrement celles-ci à leur surface avant de les appliquer sur le tissu à imprimer qui a été bien tendu et fixé à l'avance sur des tables garnies de feutre éjDais.

C'est un curieux et intéressant spectacle que celui d'un atelier d'impression, pièce d'ordinaire vaste et bien éclairée, où l'on voit le long des longues et larges tables parallèles, les ouvriers manier avec dextérité les planches, en prenant chacune d'elles à son tour pour la poser d'abord sur le châssis roulant sur rails à ses côtés et correspondant à la couleur qui est en train, puis la placer avec précaution mais sûreté sur l'étoffe, juste à la place voulue en juxtaposant, superposant, rentrant les différentes couleurs dans un ordre donné; travail de marqueterie précise qui reconstitue au total le dessin primitif de l'esquisse, et pour lequel le repérage adopté pour les planches est, on le voit, indispensable, en plus d'une habitude professionnelle bien assurée par un long exercice.

Une partie difficile de l'impression est aussi de savoir, pour l'ouvrier, faire une bonne fourniture, c'est-à-dire d'apprécier pour chaque planche la quantité de couleur qui lui convient d'après son importance et sa place et encore d'après le genre du tissu : tout ceci pour qu'il y ait de la couleur juste ce qu'il faut et qu'elle ressorte très unie.

Et, du reste, le travail de l'impression à la planche se complique encore par de nombreuses recherches d'exécution : dessins à grand nombre de couleurs, ou de mains — en plusieurs parties, — à fonds, c'est-à-dire qui comportent, pour faire ressortir le dessin, l'impression delà couleur du fond avec des planches spéciales, — dessins à placements particuliers sur le tissu : bas de robes, bordures d'écharpes, encadrements de châles, etc. — dessins imprimés ad hoc, c'est-à-dire uniquement sur certaines parties du tissu prévues au tissage — dessins traités en ombrés, — dessins imprimés avec de l'or (poudres de bronzes colorés), etc., etc.

SOIES PEINTES, SOIERIES IMPRIMEES

Mais l'ouvrier le plus habile n'est en tous cas presque constamment, au point de vue du coloris, qu'un exécutant de la besogne qu'on lui a tracée par avance en indiquant les couleurs qu'il doit employer ainsi que la hauteur des tons, le tout pris dans des gammes bien référencées et numérotées. Ce choix estfaitpar le coloriste avec la valeur importante que lui donne d'abord le goût personnel de celui-ci, autant si l'on veut qu'un entraînement soutenu et une grande expérience de métier; c'est un travail fort délicat et dont le réel mérite

Ouvrier imprimeur appliquant sur l'étoffe la planche qu'll vient de garnir de couleur sur le chassis placé a sa droite '

n'est pas seulement de reproduire du mieux possible le coloris employé par le dessinateur pour l'esquisse, mais surtout d'en créer, pour les besoins commerciaux de l'assortiment, des variantes diverses qui sont comme des traductions, plutôt des interprétations renouvelées de l'idée première. Cependant, avec les données qu'il puise dans son imagination et son éducation décoratives avec les inspirations de sa fantaisie, le coloriste doit concilier les nécessités de l'exécution, prévoir l'eiîet des associations de tons, leur rendement sur le tissu, une fois ces opérations terminées, comme certaines de leurs superpositions ou retombées ; il faut encore tenir compte du genre même du dessin qui se prête plus ou moins aux oppositions de couleurs franches aux

' MM. H. Brunet-Lecomte et C", à Jallieu.

combinaisons de teintes fondues et dégradées, aussi bien que de l'emploi auquel est destiné le tissu que l'on s'occupe d'imprimer.

On a certainement fait en impression sur soie de réels grands progrès dans le moment présent en sortant des anciens errements de coloris, un peu toujours les mêmes et de valeur parfois discutable. Comme il est facile de le voir en jetant les yeux autour de soi, au moins pour un certain ordre de productions, le niveau atteint est véritablernent très artistique et dénote chez leurs auteurs autant de goût qu'une grande compétence de spécialistes.

Ainsi, dans l'emploi de ces produits chimiques rongeants, dont nous avons parlé plus haut et que l'on incorpore aux couleurs d'impression, de façon à pouvoir les substituer à leur place à la teinte déjà donnée et spécialement préparée, un tour de main attentif guidé par certains moyens pratiques s'impose, car les couleurs obscurcies par ce mélange n'apparaissent pas sur la table d'impression avec la hauteur et l'éclat qu'elles auront par la suite ; l'expérience avisée est un excellent guide comme en nombre de cas du reste.

Une fois que le tissu est imprimé dans toute la longueur qui est étendue sur la table et qu'il est assez sec, cette longueur est enroulée à l'une des extrémités de la table sur un rouleau à cet usage, tandis qu'une nouvelle longueur de tissu se trouve du même fait étendue pour être imprimée à son tour et ainsi de suite jusqu'à la fin de la pièce.

Celle-ci, terminée, est soumise dans la plupart des cas à l'opération importante du fixage des couleurs, qui leur donne la solidité à l'air, à la lumière, même à l'humidité et en outre développe toute leur fraîcheur. On fixe les pièces imprimées en les soumettant à l'action de la vapeur sous pression dans une cuve close aménagée à cet effet. Sous cette action il se produit une modification intime des produits colorants employés, qui assure leur pénétration dans la fibre même des fils de soie et en même temps communique à l'impression la solidité requise.

Après, c'est le lavage à grande eau courante pour enlever les excès de substances employées et dépouiller la soie de tout empâtement; puis le séchage dans de grandes chambres où circule de l'air chaud ; ce séchage a été précédé de l'avivage, nécessaire, comme après la teinture, pour redonner à la soie son toucher accoutumé, nerveux et craquant et lui permettre de prendre convenablement l'apprêt ; car, il faut naturellement réapprêter l'étoffe après l'impression pour qu'elle ait à nouveau l'aspect, la présentation indispensable à sa mise en vente et à son emploi. Et ce sont, il ne faut pas l'oublier, des soieries teintes en pièces, qui s'accommodent exclusivement ou à peu près de ces manipulations humides.

Voilà, semble-t-il, un ensemble respectable d'opérations pour réaliser l'impression directe sur le tissu ! Plus compliquée encore est l'impression sur chaîne que nous avons déjà nommée plus haut à propos des soieries chinées.

Ce procédé consiste à imprimer le dessin sur les fils de soie de la chaîne de l'étoffe que l'on se propose de fabriquer et avant cette fabrication, quelque paradoxal que ceci puisse paraître au premier abord. En réalité, pour parvenir à ce résultat, on tisse une première fois, avec les fils de chaîne, choisis et disposés comme â l'ordinaire pour le tissage et préparés avec un soin particulier au décreusage, un premier taffetas à peine consistant, avec une trame légère et espacée ; ceci à seule fin de maintenir la chaîne juste assez pour

SOIES PEINTES, SOIERIES IMPRIMEES

qu'elle puisse supporter l'impression, sans que les fils en soient dérangés ou embrouillés. On imprime alors cette chaîne, ce fisse, avec la délicatesse et les précautions que cela comporte, on lave, on fixe, etc., et puis on replace sur le

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Soierie d'ameublement, imprimée sur chaîne '.

métier. Le travail du tissage définitif s'exécute en détissant d'un côté du métier au fur et à mesure et en enlevant la première trame inutile, pour la remplacer de l'autre par une nouvelle trame distribuée cette fois comme dans le tissasfe ordinaire.

Communiqué par MM, Tassinari et Chatel.

Avec des soins, le dessin apparaît sur l'étoffe sans déplacement appréciable dans sa forme générale ; tout au plus présente-t-il sur les bords cet aspect légèrement fo nette du chiné, qui en estompe et en adoucit les contours et donne à l'ensemble une note particulière souvent charmante et que vient encore varier heureusement la couleur de la trame qui sert au second tissage.

La mode a fréquemment accordé ses préférences aux soieries ainsi décorées, comprenant des taffetas, des poults de soie, des satins unis, quelquefois des damas façonnés dont la contexture cependant se prête évidemment moins à la réussite du genre ; enfin des gazes, de nombreuses sortes de rubans et même des velours, toutes étoffes destinées soit à la toilette féminine, soit aux usages de l'ameublement.

L'impression en général offre donc, on le voit, pour la soie, mieux encore peut-être que pour le coton où son application industrielle est parvenue au développement si considérable que l'on sait, une grande variété, si elle n'est pas indéfinie, de moyens d'ornementation pour tous les goûts et presque à tous les prix. Ici, la qualité, le genre, la diversité des soieries recevant l'impression interviennent pour beaucoup dans le résultat final ; tel dessin imprimé sur une mousseline transparente, un crêpe de Chine vaporeux, un tulle léger, une gaze ajourée ou encore mêlée de fils d'or ou d'argent, se trouvant véritablement modifié, transformé au point quelquefois d'être à peine reconnaissable.

Le besoin de nouveauté servant d'aiguillon à cette recherche, on s'est ingénié du reste à poser des problèmes combinant le tissage et l'impression et à les résoudre élégamment.

C'est ainsi que fut créé le Velours au sabre : sur les fils d'un satin d'une armure particulière, par l'impression sur la chaîne ou directement sur des parties de ce satin tout tissé, bandes ou motifs détachés s'enlevant sur un fond différent, on a imprimé le dessin ; l'étoffe est alors confiée à une ouvrière exercée qui, au mo3^en d'une lame d'acier acérée et coupante, maniée à la main, découpe petit à petit par le milieu les points assez larges formés par les fils du satin ; ceux-ci se redressent, et le tissu dans ces endroits prend l'apparence chat03'ante du velours, ce qui ombre les tons du dessin et les fond très heureusement entre eux. C'est d'une exécution forcément assez longue et coûteuse ; aussi ce 'procédé n'est-il guère usité que pour des étoffes d'un certain prix, que justifie bien leur charme particulier, très supérieur à celui des genres que l'on obtient en imprimant directement sur le poil d'un velours tout fabriqué, par les moyens ordinaires.

Il y a quelque rapport entre ces velours au sabre et ces curieuses productions du Japon, très répandues maintenant dans le commerce, sortes de tableaux de paj^sages, animaux, fleurs, etc., peints sur un tissu qui est un velours de coton frisé et découpés ensuite par places pour former le velouté, avec une habileté surprenante.

Il est vrai que l'on possède aussi le moyen, à l'imitation encore du chiné, d'imprimer sur chaîne les fils formant le poil d'un velours et de tisser ensuite celui-ci. Mais il y a là une telle complication, résultant de l'établissement de planches gravées spécialement, en proportion du retrait subi par les fils au tissage, et puis des soins minutieux à donner à la fabrication, que

SOIES PEINTES, SOIERIES IMPRIMÉES

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