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n'ont guère été faites de cette manière que les belles choses destinées à des expositions, restant bien en dehors de la moyenne courante.
Enfin, il est curieux de voir que l'impression à la planche issue, nous l'avons vu, du primitif pinceautage, a servi de nos jours à imiter la véritable peinture sur soie. On a façonné pour cela des soieries en les brochant par exemple de motifs à fleurs ou d'autres ornements, en prenant bien soin d'en assurer la régularité. Puis, au moyen de petites planches gravées ad hoc, garnies de couleurs soigneusement préparées et dégradées, on a coloré presque un à un sur le tissu ces seuls motifs. C'est à s'y méprendre lorsqu'on voit des étoffes ainsi décorées et à croire qu'elles ont été réellement peintes au pinceau.
Il est vrai de dire que dans cette sorte de lutte de la planche gravée contre le pinceau celui-ci n'a pas désarmé. On sait toujours très bien peindre sur soie, et non seulement à l'occasion de ces travaux quelque peu menus mais artistiques de l'éventail, de l'écran et de mille autres objets du même ordre élégant, mais aussi quand la mode l'ordonne pour illustrer des damas, des brochés, des mousselines par des touches légèrement appliquées à la main de couleurs spécialement préparées.
La pratique de cette peinture" sur soie s'est exercée de façon si courante à certains moments qu'elle en devint presque industrielle.
Et puis, nouvelle concurrence, est arrivé récemment l'aérographe; cette machine, établie d'après un ingénieux principe, utilise la couleur dissoute dans un liquide volatil, alcool ou essence, laquelle est amenée par de l'air sous pression et à travers un mince conduit jusqu'à une sorte de crayon métallique tenu à la main et d'où elle sort en un jet finement pulvérisé. C'est donc une manière de pinceau mobile dont on peut à volonté modérer l'action, comme la suspendre, de façon à laisser aux places choisies sur le support que l'on traite une trace colorée.
Ruban fond satin avec décor de vflours au sabre ',
Communiqué par MM. Gauthier et O', Saint-Etienne.
D'autre part, on a découpé les lignes du dessin et ses teintes dans une série de caches, pochoirs ou patrons, faits de carton ou de métal mince ; on applique ces feuilles sur le tissu et il n"j' a plus qu'à suivre les contours ajourés avec le jet de l'aérographe pour colorier. Une main adroite suffit à cela, sans qu'il soit besoin d'un bien long apprentissage ni de dispositions exceptionnelles. La production est facile, rapide, peu coûteuse par conséquent ; les frais de confection des caches sont bien moins élevés, presque constamment, que ceux de la gravure des planches ou des rouleaux d'impression. Et cependant ce genre de décoration, qui a eu, pour les tissus de soie, un succès notable et paraît devoir conserver une certaine place en répondant à certaines exigences commerciales, est-il vraiment appelé, comme on l'a pensé et dit, à remplacer un jour, même complètement, la belle impression à la main, sinon la peinture?
Il semble pourtant que de grands progrès sont encore à faire pour qu'il en soit ainsi. Il y aurait imprudence à répondre de ce que sera l'avenir pour une industrie comme l'impression, liée en somme à des progrès scientifiques de la chimie autant qu'à des perfectionnements mécaniques et où la voie reste ouverte à toute l'ingéniosité des chercheurs et à la subtilité des innovateurs ; mais il est assez supposable, que pour longtemps encore, lorsque le temps et l'argent ne feront pas question, les œuvres du travail manuel, artistement et intelligemment guidé, resteront de beaucoup les plus recherchées.
Pinceau d'aérographe pulvérisateur de couleurs. (Cliché de la Société Franco-Américaine, Paris.)
C'est une catégorie assez à part et très intéressante que celle des rubans de soie, parmi toutes les autres de la soierie proprement dite à laquelle elle se rattache par trop de points communs cependant pour n'être pas étudiée en même temps. Après tout, il n'y a là qu'une simple question de largeur ; le ruban est une sorte de soierie en réduction ou en miniature ; préparation et emploi de matières, jeux de fils ou armures, façonnage ou décor, tout ceci repose sur des principes qui sont les mêmes et des données analogues ; le tissage seul diffère par certains points.
Cette fabrication qui s'exerça fort anciennement en divers pays. Hollande, Italie, Angleterre, Allemagne, Suisse, eut en France ses Maîtres Ribandiers, Tissotiers ou Passementiers (ces trois appellations étaient équivalentes), à Lyon, à Tours et à Paris, avant que de s'installer dans le Forez, à Saint- Chamond et à Saint-Etienne, pour prendre peu à peu dans cette dernière ville le considérable développement qui lui a donné une réputation mondiale.
Ribandiers, tissotiers, passementiers étaient formés en corporations qui monopolisaient non seulement les rubans mais aussi certains autres accessoires du vêtement et de la garniture, galons, tresses, passements, franges, etc., et ces associations subirent de fréquents changements d'attributions et remaniements de statuts.
Les seuls métiers employés pendant fort longtemps furent le métier à basses lisses pour les rubans unis et à hautes lisses pour ceux façonnés ou à dessins; l'un et l'autre de ces métiers, passés maintenant à l'état de souvenirs historiques, dans lesquels la navette était maniée et passée à la main, ne permettaient de faire qu'une seule pièce de ruban à la fois, quelque minime qu'en fût la largeur.
L'idée d'un métier pouvant tisser à la fois plusieurs pièces de rubans, placés les uns à côté des autres, dut venir de bonne heure à l'esprit de plus d'un inventeur, mais il se passa toutefois pas mal de temps avant qu'il fut possible de surmonter les difficultés pratiques d'un pareil mécanisme, capable d'actionner plusieurs navettes en même temps et permettant à l'ouvrier tisseur d'en régler le mouvement à volonté.
Une des premières traces de métiers à plusieurs pièces est la mention que l'on a retrouvée de l'un d'eux, mis au jour en 1677, et qui était l'ouvrage de maîtres passementiers parisiens; il ne produisit, du reste, que de mauvais tissus et, sans attendre d'autres perfectionnements, les autres maîtres de la corporation, inquiets peut-être de voir surgir un outil à grande production, le firent saisir et briser par les soins du célèbre lieutenant général de la police, de La Reynie.
En Flandre espagnole, et probablement pour des motifs analogues, le Roi Très Catholique avait rendu une ordonnance défendant de monter des métiers de même nature.
Chassé des Pays-Bas, le métier à plusieurs pièces fut importé en Suisse et ce fut à Zurich qu'il reçut la consécration définitive, attestée par le nom qu'il conserva depuis : métier à la zurichoise. Les fabricants de Bâle où l'on travaillait le ruban l'adoptèrent et alors commença pour Saint-Étienne une concurrence qui aurait ruiné l'industrie rubanière dans cette cité, si, peu à peu, avec le secours de la Royauté accordant privilèges et primes à cet effet, des métiers suisses n'avaient été importés et installés en France. Il y en eut au