MÉTIER DE RUBANS
début à Marseille, à Nîmes, à Paris, où l'opposition des maîtres avait cessé, enfin à Saint-Chamond et à Saint-Étienne. Avec de grands sacrifices d'argent, malgré toutes sortes de risques et contre l'opposition des ouvriers du pays, manifestée par des grèves, on fit venir avec les métiers des ouvriers suisses experts à leur montage et à leur manœuvre. Si bien qu'à la veille de la Révolution on compte qu'il y avait au moins douze cents de ces métiers fonctionnant dans les deux villes foréziennes.
Des perfectionnements nombreux furent apportés depuis lors à ce métier
1 Cliché L, Merlat, Saint-Étienne.
à la zurichoise, plus connu encore par la suite sous le nom de métier à la barre, ladite barre servant à l'ouvrier tisseur pour actionner tout le mécanisme du métier. Maintes innovations ingénieuses modifièrent les unes après les autres le battant, partie la plus importante du métier dans laquelle des organes délicats commandent le mouvement des navettes multiples.
Puis à ce métier qui ne pouvait fabriquer en premier lieu que des rubans unis, on s'efforça d'appliquer la mécanique Jacquard pour produire des rubans façonnés, ce qui demanda beaucoup d'essais, de tâtonnements et pas mal de temps.
Sous la Révolution, fut installé à Saint-Étienne le métier à fabriquer les rubans velours, à doubles pièces superposées et à rasoir automatique par les fabricants Thiollière, Duchamp et J.-B. David.
Enfin, depuis une vingtaine d'années, l'application du moteur électrique au métier à domicile remplaçant l'effort musculaire imprimé par l'ouvrier à la barre du métier, et aussi des installations en usine, ont doté la fabrication rubanière d'instruments de puissante production, trop puissante quelquefois en face de toutes les difficultés créées par les concurrences étrangères nombreuses et les revirements de la mode. Et celle-ci, en ses caprices imprévus, a bien des fois adopté, délaissé, repris, abandonné le ruban, comme tous les autres accessoires de la toilette, à partir de l'époque où les hommes en portaient encore davantage, si c'est possible, que les femmes. Mignons de Henri III, Galants de la Fronde, Roués de la Régence, jusqu'aux élégances du xvill" siècle où il fit souvent fureur dans le costume féminin.
On s'est évertué depuis longtemps à exécuter en rubans tous les genres ou à peu près de soieries, taffetas, satins, armures, velours, gazes, mélanges d'armures, rayés, filetés, quadrillés, barrés, façonnés à grands et petits dessins, moirés, gaufrés, plissés, imprimés sur chaîne ou directement, depuis la légère faveur et la minuscule (r07;z^/e jusqu'aux larges ceint ares, en passant par une série nombreuse et graduée de numéros, dont chacun représente une taille respective. Et l'on a mis dans toutes ces fabrications une telle variété dans la recherche des jeux et des emplois de fils, dans le coloris et dans l'exécution habile des tissages les plus délicats et les plus ingénieusement compliqués qu'il importe de souligner le mérite sans conteste de ces créations.
Il y a de plus encore, des rubans de soie mélangée avec la schappe, la laine, le coton, le fil, la soie artificielle; mais il n'y a pas à proprement parler de rubans teints en pièces, en raison des difficultés toutes spéciales que présentent la teinture et l'apprêt, avec les largeurs si réduites en cause. Pour des rubans donnant l'apparence du crêpe ou de la mousseline de soie, force a donc été de tourner la difficulté en usant, par exemple, de soies moulinées spécialement d'une façon très tordue, après leur teinture, etc.
Une autre solution approchée du problème a été de fabriquer, en s'inspirant du tissage des pièces jumelles, des mousselines ou des crêpons dans les largeurs habituelles, mais toutes divisées en bandes ou rubans, ayant chacun leurs lisières et séparés seulement par un très petit espace, dit Jour de ga:[c, parce qu'il se trouve limité et déterminé par deux fils de tour qui l'encadrent; après teinture et apprêt, on découpe ces rubans au mo3'en de lames tranchantes qui glissent entre les fils de tour; ceux-ci retiennent les lisières suffisamment pour empêcher le tissu de s'effiler.
Le même artifice s'emploie couramment et largement pour des soieries plus fortes comme des satins et d'autres armures le plus souvent tramées avec du coton. Ces rubans découpés qui ont pour eux la commodité et la rapidité d'une fabrication ne réclamant pas un outillage particulier et la facilité de teinture du tissu ajorès coup dans la teinte qui se trouve demandée, concurrencent, on l'imagine, avec un sérieux avantage de prix, les rubans véritables tissés teints, s'ils n'en ont pas toujours la belle apparence, la qualité et le fini.
Les tresses, lacets, ganses, lézardes, franges, chenilles, de soie ou de matières analogues sont autant de spécialités dont la fabrication s'exécute aujourd'hui au moyen d'outillages mécaniques très perfectionnés et particuliers à chacune.
Rubans d'ancienne fabrication. (Musée des Arts décoratifs, Paris.