TROIS CHOSES SONT ENCORE ESSENTIELLES DANS LE PAVEMENT
L INÉGALITÉ RÉELLE OU APPARENTE DES MATÉRIAUX EMPLOYÉS, LA PRÉDOMINANCE D’UNE COULEUR ET LA DIVERGENCE DES JOINTS.
Une règle à suivre dans les pavements, c’est de n’y pas employer des dalles de même grandeur et de même forme, à moins qu’on ne dissimule cette égalité par les combinaisons du dessin, rien n’étant plus fastidieux que la similitude de dimension et de figure dans les morceaux qui com-
(1) Neque tamen judicio meo gravius peccaret qui in operibus hisce multa ac implicita representaret, quam figuris vel paucis , aliisque rebus umbras apponeret , longosque atræ caliginis tractu: veluti pedissequos adderet, ut in picturis non sine lande eonspicitur.
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posent un dessin quelconque de marqueterie. Des dalles qui rappelleraient, par exemple, les cases d’un échiquier ne diraient absolument rien aux yeux parce qu’un spectacle dans lequel il n’y a ni principal ni accessoire, dans lequel les parties se disputent l’attention avec une égale force, est dépourvu de piquant et d’intérêt. La neutralité est ce qu’il y a de plus contraire à l’admiration.
Que si, dans un dessin mieux conçu, des formes petites en font valoir de plus grandes, si des parties dominantes claires sont soutenues par des parties brunes, si quelques lignes droites sont opposées à un ensemble de lignes courbes, ou quelques lignes courbes à un ensemble de lignes droites, le regard pourra s’attacher à un dessin que l’artiste aura composé avec une partialité évidente, je veux dire avec une préférence marquée pour certaines formes et pour certains tons. Prenons comme exemple le pavage, si connu et si souvent répété, qui consiste en dalles octogonales séparées par de petits losanges. Ce dessin fait toujours plaisir à voir, bien qu’on l’ait vu cent fois, par la raison qu'une partie principale claire est accompagnée d’une partie accessoire sombre, et qu’il s’y trouve une double opposition entre la grandeur des dalles blanches en pierre de liais, et la petitesse des carreaux noirs en marbre de Belgique ou en ardoise foncée. La convenance de ce dessin, tout simple qu’il est, tient à ce qu’on y a observé un principe commun à tous les arts décoratifs, savoir, que de deux choses contrastantes, l’une doit toujours être en quantité moindre que l’autre, de façon que, la première étant sacrifiée à la seconde ou la seconde à la première, le contraste profite à l’unité en lui donnant un surcroît de saveur et de relief.
Quelques architectes ont imaginé, pour varier le dessin dont nous parlons, de substituer des tablettes rondes aux losanges qui séparent les octogones, mais il en résulte un dessin mou, parce que les angles formés par une droite et un quart de rond n’offrent pas à l’attention assez de prise et sont pour l’œil comme s’ils n’étaient point. Par cette raison, une alternance de ronds et de losanges vaudrait mieux peut-être, si tant est que ce fut la peine d’innover, en compliquant la main-d’œuvre.
On peut sans doute avec des dalles de même forme et de même dimension, avec des carrés de deux couleurs par exemple faire un pavemen .semblable à celui qui existe à Rome dans les anciens thermes de Caracalla, mais à la condition que les carreaux ne seront pas juxtaposés parallèlement comme dans un vaste damier, et qu’en réunissant plusieurs carreaux de même couleur pour en former diverses quadratures ou divers rectangles, on dissimulera l’égalité des dimensions et la similitude des figures. Encore est-il que les dessins composés avec de pareils éléments seront toujours
froids et monotones, tandis que la seule différence du carré au triangle donnerait lieu à des combinaisons variées et agréables, quand même elle ne serait engendrée que par la couleur, c’est-à-dire par la division de quelques-uns des carrés en deux triangles, blanc et rouge, ou noir et fauve.
Du reste, les fabricants de matériaux pour dallages et carrelages, — terre cuite, ciments comprimés, ardoises, faïences, — ont si bien senti cette vérité élémentaire que, lorsqu’ils s’en tiennent par économie à un type uniforme, le carré, par exemple, ils ne manquent pas de varier les éléments du pavage en combinant un motif d’ornement sur quatre carreaux, alors que chaque carreau, pris à part, conserve un dessin isolé et complet; de cette manière disparaissent à la fois l’égalité des dimensions et l’uniformité des compartiments.
Ce qui est vrai des dimensions dans la forme ne l’est pas moins des
qualités dans la couleur. Si une couleur ne l’emporte pas sur les autres, le dallage sera insipide et confus. Si le rouge et le jaune dominent, le spectacle sera chaud et gai; si c’est le bleu, il sera froid ; si c’est le noir, il sera triste; et si les deux tons se compensent, je veux dire s’ils sont étalés à quantités égales, le pavement ne sera ni triste ni gai, ni froid, ni chaud ; il sera sans caractère.
Et de cette considération en découle une autre, c’est que la multiplicité des couleurs est un obstacle à la franchise de l’effet. Pour accuser la prédominance d’une couleur choisie, il ne faut lui en subordonner qu’un petit nombre sous peine de jeter de la confusion dans un ensemble que l’on veut justement débrouiller. Si l’on combine sept ou huit couleurs, commentcelle que l’on préfère triomphera-t-elledossixou septautres? Sera-ce par l’étendue qu’elle occupera dans le dallage? Mais, pour peu que l’espace à couvrir ne soit pas considérable, la couleur qu’on a voulue dominante ne sera que rarement répétée, et par cela même elle fera tache sans dominer. Sera-ce par l’intensité du ton, par ce que les peintres appellent la valeur, c’est-à-dire par une grande somme de clair? Mais il peut arriver que, dans les couleurs dont le mosaïste dispose, il s’en trouve plusieurs d’une égale valeur de ton, le vert et l’orange, par exemple, le soufre et le safran. Comment alors rendre dominante la couleur qui doit dominer sans éliminer toutes celles qui le lui disputeraient en valeur, ou, si l’on veut qui seraient aussi voyantes? Il est donc convenable d’employer peu de couleurs dans la mosaïque. Trois suffisent ; l’une pour affirmer le clair, l’autre pour établir les parties sombres, la troisième pour ménager les
Autre exemple de l’inégalité des dimensions dans les figures de l’octogone et du carré.
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demi-teintes. Que si l’on ajoute à ces trois couleurs le noir et le blanc, ces deux tons employés à petites doses, disposés en filets minces, viendront rafraîchir ou épicer le tableau introduisant toute la variété désirable dans un pavement sans figures.
La seule manière d’user d’un grand nombre de couleurs sur un pavé serait de les réunir en très petits cubes et d’en faire une sorte de jaspé, sans aucun dessin et dans un apparent désordre, mais avec la précaution de mêler partout les tons chauds avec les tons froids. La multiplicité équivaut alors à l’unité.
Enfin, il est une règle à suivre dans la disposition des dalles d’un pavement, c’est de couper les joints le plus possible. La solidité réelle et en tout cas la solidité apparente veulent que les dalles soient posées sur le sol. comme les briques d'un mur, plein sur joint, autant qu’on le peut, afin que l’œil soit rassuré en même temps que l’esprit. Il est sensible, en effet, que, si un grand poids venait à tomber sur un point où beaucoup de points se réunissent, le dallage pourrait fléchir, et, lors même qu’il ne devrait pas en être ainsi, la seule apparence d’un effondrement possible serait désobligeante pour le regard. Lorsqu’on place une étoile au milieu d’une mosaïque, ou bien lorsqu’on répartit des motifs radiés dans un pavement, il serait contraire à la construction et au bon goût de faire converger en un point les rayons de l’étoile. Aussi, pour échapper à celte convergence, le mosaïste a-t-il soin de ménager au centre de l’étoile un disque ou un polygone dont les côtés correspondent aux parties rayonnantes. Ainsi font les parqueteurs dans les riches marqueteries, et de la sorte les uns et les autres se conforment au principe que tout, dans l’architecture, doit, non seulement être solide, mais le paraître.
LA DÉCORATION DU SOL DOIT VARIER, DANS LE DESSIN, SELON LE PLAN DE LA PIÈCE A DÉCORER, ET, DANS LES MATÉRIAUX, SELON LE CLIMAT DU PAYS.
La première chose à considérer, lorsqu’on dessine un pavement, c’est la configuration de l’espace à couvrir. Si la forme est ronde ou demi-circulaire, la disposition rayonnante se présente d’elle-même à l’esprit. Cette disposition a du charme et de la grâce. Le rayonnement est l’aspect sout lequel se présentent à nos yeux les infiniment grands et les infinimens
petits de la nature, les mondes que nous appelons les étoiles et les jolies petites fleurs radiées qui sont comme les constellations de la prairie. Aussi les motifs étoilés peuvent-ils être inscrits même dans un pavement carré ou rectangulaire, et ils font d’autant mieux qu’ils rachètent la rigidité des angles, tout en laissant l’artiste libre de cantonner son pavement de figures répétées ou alternantes.
Le cercle, ayant une infinité d’axes, n’est pas susceptible d’orientation, mais, lorsqu’il est inscrit dans le pavé d’une pièce rectangulaire ou carrée, l’œil choisit naturellement pour axe le diamètre parallèle aux faces latérales, et il est d’ailleurs facile de l’y aider par une légère différence entre les rayons diagonaux et ceux de l’axe qu’on veut indiquer ; on en voit un exemple dans le carrelage d’une chapelle, à la cathédrale de Laon, carrelage dont M. Viollet-le-Duc a relevé le dessin.
Si la pièce est barlongue, si c’est un passage d’entrée deux ou trois fois plus long que large, avec ou sans excédent de longueur, on peut encore y
tracer des motifs radiés, parce que les rapports de la longueur à la largeur sont ainsi nettement accusés par le diamètre des cercles tangents (ou légèrement séparés), et qu’il y a un plaisir secret à mesurer une surface d’un seul regard. Il est assez naturel, cependant, de choisir pour une pièce ohlongue un dessin qui accuse la prédominance de la dimension en longueur. Les orne- Pavement dans la cathédrale ments employés dans les frises conviennent aussi
à un rectangle étiré, soit que l’on compose ces ornements de rangées simples ou multiples, resserrées entre deux longues bandes, soit qu’on y dispose des motifs contrariés, soit qu’on y représente (si l’on est dans un palais) une file d’animaux héraldiques, se suivant au pas ou se poursuivant à la course, soit enfin qu’on y exécute en petits cubes de stuc ou de ciment ces charmants méandres égyptiens qui, suivant les diagonales d’un échiquier imaginaire, se croisent, se marient et se séparent avec une mystérieuse symétrie.
Supposons maintenant que la pièce à décorer soit légèrement biaise, ou, pour parler comme les géomètres, rhombique. Cela peut arriver quand il y a défaut de parallélisme entre les ailes d’un édifice, — comme celui qui existe entre les deux corps de bâtiment qui joignent le Louvre aux Tuileries ; — on pourra mettre de la régularité dans le pavement de ce rhomboïde, en usant du procédé que les Chinois ont employé par pure fantaisie dans quelques-uns de leurs ornements, et qui consiste à juxtaposer l’une sous l’autre, avec un léger reculement, des figures géométriques, triangles, carrés ou hexagones, de façon à faire biaiser la rangée sans changer l’assiette de chaque figure, et sans altérer la configuration.
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On rétablit ainsi ingénieusement aux yeux de l’esprit les quatre angles droits, devenus, par nécessité, aigus cl ouverts.
Quand l’aire à couvrir est celle d’un vestibule, il importe d’y accuser les axes au moyen de lignes ou de bandes voyantes, dut-on orner tout le reste par une confusion de petits cubes, formant jaspure. C’est une attention envers le visiteur, que de lui donner des moyens de s’orienter, lors même qu’il n’en aurait pas besoin. Au bas d’un escalier d’honneur, dans un palais ou dans un château, la tranquillité du pavement est d’un bon effet. Un dessin remarquable et brillant y serait déplacé, parce qu’il diminuerait l'importance de l’escalier et de ses rampes. D’ailleurs il arrive souvent que
les premières marches de l’escalier empiètent sur le vestibule, soit que l’escalier s’ouvre au beau milieu, comme celui du Palais-Royal à Paris, soit qu’on l’ait jeté sur le côté, comme celui du château de Dampierre. Il devient alors très malaisé de conserver au pavement sa régularité et son ensemble, car il faudra bien que la marche avançante soit encadrée part une bordure qui en suivra les contours, anguleux ou arrondis, et ne sera pas facilement raccordée avec la mosaïque du sol. En ce cas un carrelage à petits compartiments est préférable, ou bien une séparation bien nette entre le dallage et l’escalier.
Pour ce qui est des bordures qui courent le long des plinthes, comme elles sont ordinairement peu éclairées, le goût dit assez qu’il les faut, pour cette raison, tenir simples et peu variées. 11 est bon, d’aille urs qu’elles ne soient pas brillantes, afin de laisser valoir les motifs du dessin,
comme un cadre d’ébène fait valoir le tableau clair qu’il entoure. De même qu’en peinture c’est une règle générale de ne pas mettre de grandes lumières loin du centre, près des bords, de même, dans la coloration d’une mosaïque, l’intérêt doit être concentré dans les milieux et diminuer sur les parties marginales.
Une observation, qui devrait être inutile, est celle qui se rapporte aux convenances créées par le climat. Nous voulons parler ici de ces carreaux de faïence, dont nos architectes se servent quelquefois dans leurs pavements, sans avoir égard à la température de nos régions. Depuis qu’en
Exemple de pavement en biais, pouvant servir à daller une entrée qui ne serait pas d’équerre avec la rue, comme par exemple celle du palais de l’Élysée sur la rue Saint-Honoré, à Paris.
restaurant les édifices de la Renaissance, le château de Blois, par exemple, et le château d’Ecouen, on y a retrouvé des carrelages en faïence peinte, l’attention s’est portée sur cette variante de la mosaïque, et on l’a préconisée par respect pour l’archéologie. Les Valois avaient importé d’Italie la mode des revêtements de faïence, employés au décor extérieur des murailles, et dont on voyait de beaux exemples dans le château de Madrid, au bois de Boulogne ; mais cette mode n’avait plus sa raison d’être, dès qu’on l’appliquait, sous un ciel comme le nôtre, au pavement du sol, comme on l’avait d’ailleurs pratiqué déjà au moyen âge. En dehors d’une salle de bain où un carrelage de faïence peut convenir, l’avantage de l’imperméabilité et de la propreté ne compense pas, dans un pavement émaillé, l’inconvénient qu’il a d’être glissant et froid, aussi froid pour
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l’imagination que pour les pieds. Le sentiment est ici d’accord avec la sensation.
Il y a quelques années, nous fûmes appelé, avec la Commission des beaux-arts de la ville de Paris, à l’hôtel Carnavalet, pour donner un avis sur l’appropriation de ce bâtiment à certains services administratifs. En visitant les parties désertes de l’hôtel, la Commission y trouva des dallages tout récents, en terre émaillée (1). Mais, comme on était alors en hiver, on dut jeter çà et là quelques sparleries, pour rendre moins pénible et aussi moins dangereuse notre promenade sur des surfaces glacées et glissantes. Ce qu’il y avait de plus étrange dans un tel carrelage, c’est qu’il décorait des appartements obstrués par de très grandes cheminées dont la présence et la dimension semblaient protester contre un pavement si peu en rapport avec le climat de notre pays.
Autant l’émail peut être bien venu chez nous, quand il sert au revêtement des surfaces verticales, soit sur les façades des édifices, soit même sur les murailles intérieures de certaines pièces où l’on ne fait que passer, autant il serait peu séant, dans nos froides régions, de renouveler le luxe des Romains, en étalant sur les parois et sur le pavé de nos appartements d’habitation ces mosaïques de verre qui, au temps de Pline et de Sénèque, constituaient la décoration obligée des maisons de Rome où l’on se piquait d’élégance. En pareille matière, la convenance ne se sépare point de la beauté, et souvent elle est la beauté même.
(1) Il me souvient que deux architectes éminents faisaient partie de cette commission, MM. Duc et Baltard, et que les observations que me suggéra notre visite, touchant les dallages émaillés de l’hôtel, eurent leur entière approbation.
LA SERRURERIE
c’est surtout a la serrurerie qu’il appartient de décorer une porte,
PARCE QUE LES ORNEMENTS EMPRUNTÉS DE LA FERRURE AJOUTENT LA SOLIDITÉ APPARENTE A LA SOLIDITÉ RÉELLE.
Dans sa rudesse naïve, le langage populaire, en comparant une mine farouche à une porte de prison, indique vivement les impressions que peut produire, sur le visiteur ou sur un passant, la porte d’une maison, suivant le degré de résistance qu'elle oiTre par la solidité de son bois et par l’énergie de ses ferrures. Il est sensible, en effet, que l’entrée d’un logis peut avoir un caractère rébarbatif ou avenant, sévère ou aimable, selon la saillie de ses bossages, le caractère de ses pentures, la brutalité ou la délicatesse des serrures, si elles sont apparentes, la recherche des formes décoratives ou le défaut d’ornements, la douceur ou l’âpreté des ouvertures, si la porte est en partie ajourée ou grillée, enfin la prise plus ou moins facile du heurtoir, s’il y en a un... C’est donc de la menuiserie et de la ferronnerie que dépend le caractère d’une porte, sans parler de la couleur dont elle est peinte, et qui, étant presque toujours d’un seul ton, achève d’en caractériser l’aspect.
Il est arrivé, dans la serrurerie comme dans un grand nombre de métiers, que la pensée de produire beaucoup et de produire économiquement a fait préférer au travail direct et manuel de l’homme les procédés de la fonte, et qu’ainsi les accents que la personnalité humaine imprimait aux ouvrages de fer rougis dans la forge et façonnés par le marteau et la lime se sont effacés peu à peu pour faire place aune exécution molle, uniforme, stéréotypée, sans variété, et partant sans caractère. La fonte a substitué à des formes qu’on aurait inventées à propos, au fur et à mesure des besoins et
DE LA SERRURERIE. 4
suivant les cas, des formes qui se trouvent clichées d’avance, hn un mot
Ferrures de la porte Saiute-Auue, à Notre-Dame de Paris. Exemple d’un excès blâmable de formes curvilignes.
l’art du forgeron, cet art que les Grecs ont honoré au point d’en élever
l’inventeur au rang des dieux, a failli disparaître remplacé par l’art du fondeur. « Lorsque le serrurier n’avait ni la lime, ni la machine à raboter, ni les cylindres, ni même la vis », dit M. Yiollet-le-Duc (1), « et qu’il lui fallait assembler des pièces offrant une très faible prise, son esprit était naturellement porté à s’ingénier, à chercher des procédés compatibles avec la matière et la façon de l’employer... Ayant moins de ressources matérielles, nos artisans du moyen âge étaient forcés de demander à leur intelligence ce que ne pouvait leur fournir une industrie dans l’enfance. Au total, l’art n’y perdait pas. L’œuvre de la pacotille, vulgaire quant à la forme, vulgaire quant à la conception, n’existait pas et ne pouvait pas exister. Elle était simple ou riche, pauvre ou luxueuse, mais elle était toujours le produit d’un effort de l’intelligence développée en raison de l’objet propre, et cet effort se reproduisait chaque jour, et chaque jour avec un perfectionnement ou une plus complète expérience. Il ne s’agissait pas de livrer à une machine un morceau de matière qu’elle rend brutalement sous une certaine forme , il fallait que l’esprit et la main de l’artisan se missent à l’œuvre, et, ne fût-ce que pour obéir à ce sentiment naturel à l’homme qui le pousse à chercher sans cesse le mieux, cet artisan, même en se copiant, introduisait sans cesse dans son œuvre, soit une idée plus complète, soit un calcul plus judicieux, soit une exécution plus logique, plus simple et plus près delà perfection. Nous ne demandons pas qu’on brise les machines, mais nous voudrions qu’elles ne prissent pas la placede l’intelligence. »