DE LA MARQUETERIE
que le poing, tandis que la nacre de perles est une coquille quatre fois plus grande que celle des huîtres ordinaires.
Le cuivre mis en œuvre dans l’ébénisterie prend différents tons et différents noms. Naturel, il est rouge et se nomme rosette’, factice, il devient jaune et s’appelle laiton lorsqu’on mêle à la rosette un tiers de calamine (oxyde de zinc natif). L’argent et l’or, pour se prêter au travail de l’ébéniste, ont besoin d’acquérir une certaine élasticité par leur alliage avec la rosette. L’or, dans la marqueterie, s’emploie fort bien avec la nacre et l’écaille, et pour donner à l’ouvrage plus de beauté, plus de nuances, on varie le ton du métal avec de l’or blanc, de l’or jaune, de l’or rouge, de l’or vert.
Quant à l’étain, c’est le plus léger des métaux, mais il manque de dureté.
Table de Boulle.
Aussi faut-il, pour lui ôter sa mollesse, pour lui donner de Valoi, comme disent les potiers d’étain, l’allier avec un peu de rosette. Par ses tons froids, comme ceux de l’argent, il est propre à former des oppositions charmantes avec les tons chauds de l’écaille et de l’or. Le plus fameux des ébénistes marqueteurs, Boulle, a tiré un parti merveilleux de l’étain.
Lorsque l’écaille fait le fond de la marqueterie, et que le métal en fait les ornements, l’ouvrage se nomme première partie. Quand c’est, à l’inverse, le métal qui fait le fond et l’écaille qui forme les ornements, l’ouvrage se nomme contre- partie. La première partie est en général plus estimée que la seconde, bien que celle-ci puisse être rendue précieuse, soit parla substitution à l’écaille de cornes diversement colorées, soit par un choix heureux des nuances de l’écaille.
A la beauté de ces riches matières et à l’élégance du dessin qu’elles composeront en se combinant, l’on va jusqu’à joindre encore la gravure. Non
seulement les parties métalliques et la nacre peuvent être incisées au burin, mais l’écaille elle-même peut être gravée, bien que ce genre de décoration supplémentaire paraisse déplacé sur une substance déjà belle. Quand la marqueterie est gravée, on pourrait dire ici niellée , on introduit dans les
tailles, avec une spatule de bois, du mastic noir ou de la colophane fondue, qui rendent visible le travail du graveur, après quoi l’on achève de polir, de brunir les surfaces non gravées.
Tels sont les moyens d’ajouter aux effets de la couleur dans le mobilier, des colorations locales, chatoyantes, admirables, et qu’il est permis de dire artificielles, bien que la nature en fournisse tous les éléments. Mais il faut prendre garde que les ouvrages en marqueterie demandent une finesse d’exécution, une pureté de contours en rappoït avec le précieux des matières, et que rien n’est plus mal imaginé, plus désobligeant pour un spectateur délicat, que ces faux meubles de Boulle, qui, par leurs découpures babocheuses et la grossièreté de leurs assemblages, calomnient la mémoire de l’illustre ébéniste, dont le nom est comme le synonyme de la marqueterie.
MÉTALLISATION DU PLATRE