‹ Grammaire des arts décoratifsChapitre 27 sur 45 · C’EST LE MOBILIER DES FESTINS · texte numérisé non relu

C’EST LE MOBILIER DES FESTINS

J’imagine que, pour un de ces francs buveurs qui tenaient de si joyeux propos dans les festins de Rabelais, l’invention du verre ne fut qu’un moyen de transformer l’eau en corps solide et d’en former des vases transparents dont on se servirait pourboire le vin. Quelle charmante ironie, en effet, que d’enfermer le vin dans le sein de l’eau, et de rendre impossible la réconciliation de ces deux ennemis, tout en faisant de l’un le contenant et de l’autre le contenu! Mais, sans être Pantagruel ou Grandgousier, il est permis de s’émerveiller d’une invention qui a procuré aux hommes tant de bien-être, tant de plaisirs, et aussi tant de savoir. En vérité, si notre admiration n’était pas émoussée par l’habitude, ce serait un continuel sujet de surprise que la découverte d’une substance qui nous abrite sans nous priver de lumière, qui devient miroir, lampe, vase, gobelet, coupe, flacon, qui en décomposant les rayons du soleil nous livre l’idéal de la couleur, qui permet à l’astronomie de rapprocher les astres, à la physiologie de scruter les profondeurs de l’organisme en voyant les invisibles, .à la physique d’étudier les grandes lois de la nature, et à la chimie d’exister. Mais la verrerie 11e figure dans le présent ouvrage que comme une industrie féconde en motifs de décoration, et c’est uniquement dans ses rapports avec l’art et la lumière qu’elle doit faire l’objet de nos observations esthétiques.

S’il est une chose qu’il faille décorer avec goût et même avec sentiment, c’est le mobilier des festins, c’est tout ce qui orne les dressoirs, tout ce qui recouvre la table où s’assied le père de famille, entouré de ses enfants et de ses amis. Les innombrables formes des verres à boire, pour ne parler encore que de ceux-là, ne sont pas nées seulement du besoin de la variété et du caprice. Elles ont été motivées par la destination spéciale du vase,

LA VERRERIE

par l’idée qu’on y atlache, par la qualité des personnes qui en feront usage. Ce sont, par exemple, des formes cylindriques qui annoncent et qui déterminent la stabilité du verre dont les enfants se serviront, à défaut de ces timbales d’argent ou de platine qui opposent une substance dure aux mouvements de la jeunesse; ce sont des verres à pied qui offrent un cône renversé sur un léger balustre et dont la fragilité est, pour ainsi dire, une condition d’élégance ; ou bien ce sont des corolles qui reposent sur une jambe solide et un pied large, de nature à rassurer le regard. Ici le vase s’ouvre en entonnoir, s’élance en cornet, se formule en tulipe, s’allonge en cou de cigogne, ou s’évase en trompette, et il semble que cet évasement soit une invitation au buveur, une forme qui s’adapte d’elle-même à ses lèvres. Là, le flanc du calice, légèrement renflé vers le milieu, se rétrécit insensiblement jusqu’au bord de l’orifice, comme pour faire sentir que la liqueur précieuse que renfermera le vase doit être bue avec modération.

Viennent ensuite des variantes de proportions et de formes qui ont trait au caractère particulier de chaque boisson : le verre discret du madère ou du marsala, le verre plus généreux de Bordeaux et de Bourgogne, le verre oblong et hardi où moussera le vin du chansonnier, enfin les verres respectables des grands parents, tantôt d’une épaisseur qui peut résister aux chocs de la maladresse, tantôt fins et minces comme de la pelure d’oignon.

Mais ces formes premières, en combien de façons elles s’enrichissent de formes accessoires et d’ornements surajoutés! que de moyens possède le verrier de modifier l’aspect de la gobeletterie, soit par la taille, soit par la gravure, soit par les émaux, soit par la couleur!

L’idée de tailler le verre a dû se présenter naturellement à l’esprit de ceux qui voulaient rendre celte matière, déjà si précieuse, plus précieuse encore. L’observation ayant appris que la lumière du jour, en traversant un prisme de verre, s’y décomposait en couleurs éblouissantes renouvelant le spectre de l’arc-en-ciel, on dut chercher à produire un effet semblable en

taillant sur les objets en verre des facettes qui briseraient les rayons du soleil. Mais comment tailler le verre?

Les anciens en ont conuu le secret, puisque Pline parle de verres que l’on façonne au four et d’autres qu’on cisèle comme de l’argent. Aujourd’hui, soit que les procédés antiques aient été conservés à travers les âges par tradition, soit qu’on les ait inventés de nouveau, la taille du verre se fait au moyen de quatre meules verticales par lesquelles on conduit l’opération depuis l’égrisage rude jusqu’au poli parfait.

La première meule, en fonte, sert à ébaucher les pièces, à les dégrossir. L’eau y arrive en filet minces, et, pour qu’elle entraîne avec elle un peu de sable, on lui a fait traverser un vase qui en est plein. La pièce dégrossie, on la somuet, pour la doucir, à la rotation d’une seconde meule en grès, constamment mouillée ; ensuite, pour la polir , au mouvement d’une troisième meule en bois de saule, humectée avec une boue de sable et de l’émeri de plus en plus raffiné; enfin, on achève le polissage en employant de lâ potée d’étain, étendue sur une meule de liège ou bien sur la meule en bois qu’on a garnie d’une étoffe de laine. C’est ainsi que sont taillés les objets qui appartiennent au service de table, les carafes, les verres à boire, les salières, les huiliers, les sucriers, les corbeilles à fruits, les compotiers, les étagères, les cornets sur coupe, les pièces de milieu. Le verrier obtient par là une modulation artificielle de la lumière. Il imite cette vibration qui est pour nos yeux ce que le son est pour nos oreilles, et lorsque la matière vitreuse est blanche, c’est-à-dire incolore, la taille du verre à boire y fera briller, suivant la liqueur, blonde ou merveille, rose ou rouge, qu’on y versera, toutes les variétés de la topaze ou tous les feux du rubis.

Cependant il faut garder dans la taille du verre une certaine discrétion, et y ménager quelques parties unies, non seulement parce que les repos sont nécessaires dans tout ornement pour le faire valoir, mais encore parce que nous ne pouvons pas jouir par la vue de ce que renferme un vase, sans en apercevoir l’intérieur à travers la pure transparence des parties non ouvrées. C’est donc une faute de goût que de tailler toutes les surfaces du verre, d’y multiplier les facettes, les pans coupés, les pointes de diamants, les cannelures, comme le font les Anglais avec tant d’immodération et aussi tant d’habileté. Si les verriers de France n’apportaient pas dans ce genre de travail plus de mesure, plus de choix, ils ne l’emporteraient pas sur les verriers anglais, ou plutôt sur les cristalliers, car l’Angleterre ne fabrique dans ses verreries que du cristal, au moins pour ce qu’on nomme la gobeletterie.

Le cristal est un verre à base de plomb. Cette espèce de verre a été connue des anciens, comme l’a prouvé l’analyse du miroir dit de Virgile, qui se conserve dans le trésor de Saint-Denis. Mais il est incontestable qu’elle a été réinventée par les Anglais, au dix-septième siède, et voici

comment ils furent conduits à cette admirable invention. Avant le règne de Charles Ier, c’était au feu de bois que se faisait la fonte du verre blanc; mais à cette époque la houille fut substituée au bois, et l’on s’aperçut que la fumée de ce combustible colorait sensiblement le verre et lui ôtait sa limpidité. Pour soustraire la matière vitreuse à la fumée colorante du charbon, on couvrit le creuset d’un dôme, mais alors la température n’étant plus assez élevée, il fallut prolonger la fonte et augmenter la dose du fondant, l’alcali, qui fut une autre cause de coloration. Finalement, l’alcali fut remplacé par l’oxyde de plomb, et ce fondant métallique, arrêté au point où il aurait commencé lui-même à jaunir le verre, fit trouver cette substance merveilleuse qui est le cristal.

La nature produit une pierre transparente et incolore, composée de prismes, qu’on appelle cristal de roche; mais cette matière, moins brillante et moins pure que le cristal artificiel, flint-glass , ne lui est supérieure que par sa dureté et par sa résistance au grand feu. Il faut convenir cependant que le ton de lumière légèrement écru, pour ainsi parler, qui distingue le cristal de roche, tempère un éclat qui, dans le cristal anglais, d’une blancheur implacable, a quelque chose d’aveuglant.

Quoi qu’il en soit, le flint-glass, rendu plus pesant que les autres verres par le plomb qu’il contient, a l’avantage d’être moins fragile, parce qu’il exige plus de lenteur dans les mouvements Coupe de Venise (xvic siècle).

de celui qui le manie et parce que la légèreté est une cause de fragilité.

Cependant la taille n’est pas le seul moyen d’embellir le verre : on peut encore le graver, et on le grave aujourd’hui de bien des façons, notamment de la manière dont on graverait une eau-forte. Autrefois on le gravait à la roue, c’est-à-dire avec un burin. Mais, au lieu d’être promené sur la surface du verre immobile, le burin demeurait fixe dans la meule, et c’était le verre qui changeait constamment de place en venant se présenter au burin pour en recevoir les incisions. Ainsi furent gravés ces gracieux ou curieux verres de Bohême, d’Allemagne, de France, qui portent des armoiries, de» devises, des attributs symboliques, des lettres initiales, enlacées et nouées de rubans. Il en est qui représentent des figures rustiques, des animaux, des scènes d’auberge, de naïfs paysages, ou de beaux seigneurs échangeant avec leur dame des propos d’amour écrits sur des banderoles.

De nos jours, on a remplacé par un agent chimique les tailles de la gravure au burin ou au silex. On se sert de l’acide fluorhydrique, dont la pro-

priété est d’attaquer le verre, de le mordre, comme l’eau-forte mord le cuivre. Le verre est garni d’un enduit de cire et de térébenthine qu’on applique à chaud à l’aide d’un pinceau. Ce vernis étant à l’huile de lin, offre assez de transparence pour qu’on puisse décalquer le dessin que l’on veut graver qnelle qu’en soit la finesse. La pointe du graveur ayant dénudé le vernis partout où elle a passé, l’acide n’aura d’action que sur les lignes tracées par la pointe; il ne mordra donc que le dessin, et il le mordra plus ou moins profondément suivant le temps que durera la morsure.

Si la surface est plane, avant de verser le liquide sur l’enduit, on a élevé autour un petit rebord de cire qui a renfermé le liquide comme dans un bassin. L’opération finie, on démolit ce rebord, on enlève le vernis avec de l’essence, et le dessin se trouve gravé, non pas avec la netteté d’une taille au burin, mais avec ces lignes imperceptiblement tremblées,

ci pour ainsi dire vibrantes, qui rendent le travail agréable parce qu’il est moins sec.

Toutefois, une telle manière de graver les cristaux étant compliquée et dispendieuse, quand il s’agit de la verrerie de table, qui présente des surfaces courbes, d’ingénieux fabricants ont inventé de transporter sur les verres à boire, les coupes, les carafes — aussi bien que sur les globes de lampe — des dessins imprimés avec une couleur inattaquable par l’acide, Le papier étant légèrement mouillé à l’eau de savon, l’encre d’impression y adhère si peu que, lorsqu'on applique le papier sur le cristal, l’encre se fixe sur le cristal et abandonne le papier. Or, comme cette encre préserve de toute morsure les traits du dessin transporté sur le verre, l’acide mord tout ce qui n’est pas le dessin, et accuse ainsi la différence entre les parties pleines et les parties vides de la gravure. D’autres emploient le procédé inverse, c’est-à-dire que, faisant mordre le dessin et mettant à l’abri de la morsure tout le reste de la surface, ils obtiennent un dessin dépoli sur un fond transparent, au lieu d’avoir un dessin transparent sur un fond dépoli.

Que de variantes dans les procédés industriels pour décorer le verre aussi

LA VERRERIE

bien que les autres substances, et combien de preuves on nous donne que le besoin d’orner est inhérent à la nature humaine l

c’est PAR LA COULEUR SURTOUT QUE LE VERRE DEVIENT DÉCORATIF.

Mais c’est par la couleur surtout que le verre devient décoratif et peut

recevoir même une beauté expressive, car les couleurs ont des affinités secrètes avec nos sentiments. Suivant leur qualité, leur profondeur, leur délicatesse, suivant le clair ou le sombre de leurs nuances, elles répondent aux idées de splendeur ou de modestie, de gaîté ou de tristesse, de fierté ou de douceur. Appliquées au verre, elles nous procurent la sensation du

changement de teinte dans les liqueurs de table. Un verre jaune prête au

vin clairet la richesse d’un fluide d’or, et le vin blanc se colore d’écarlate dans un verre rouge. Traversée par la lumière, la couleur des cristaux emprunte de leur transparence même une qualité qu’elle ne pourrait avoir sur la laine, la soie ou le velours. A moins d’être opaque, le verre ne réfléchit point la couleur: il s’en imbibe, pour ainsi dire, il représente une eau dans laquelle auraient été fondues des pierres précieuses, rubis, saphir, topaze, émeraude, améthyste, et qui, par la congélation, serait passée de l’état liquide à l’état solide. Abondante ou discrète, pleine ou intermittente, la coloration du cristal offre des ressources infinies à l’artiste verrier qui possède le sentiment décoratif. Il peut teindre le verre dans la masse ou le doubler, c’est-à-dire le faire à deux couches, ou bien encore y superposer trois ou quatre couches de différentes couleurs qui pourront tour à tour paraître ou s'évanouir sous la roue du tailleur. Il peut leur donner l’opacité laiteuse de l’opale ou l’aspect de la pâte de riz; il peut y faire jouer les alternances de couleurs, y ménager des demi-teintes par l’enlevage d’une demi-couche, en rompre les tons diaphanes par des émaux opaques. Il peut enfin multiplier les effets de la lumière colorée, produire mille fantaisies, ou, comme l’on disait autrefois, mille galanteries qui ne demandent qu’à être conçues et exécutées avec goût.

Les anciens Romains ont eu l’idée et le talent de fabriquer des verres à deux couches superposées, bleue et blanche, par exemple, mais faisant corps et par là semblables aux agates à deux ou plusieurs couches de différentes couleurs que forme la nature et qu’on appelle onyx ou sardonyx. De même que le graveur en pierres fines, en enlevant une partie de la couche extérieure, faisait reparaître la couleur de la couche de dessous et parvenait ainsi à détacher en relief des figures claires sur un fond brun ou

ardoisé, de même l’artiste verrier imagina de ciseler la couche blanche du dessus suivant les contours d’une figure ou d’un ornement et d’enlever au touret cet ornement ou cette figure sur le lit bleu du verre. C’est ainsi que fut décoré, du temps des Antonins, selon toute apparence, le fameux vase trouvé aux environs de Rome, dans un sarcophage antique et connu aujourd’hui sous le nom de Vase Portland (1). L’artiste romain, par une heureuse transposition de procédés, se trouvait avoir donné à un vase l’apparence d’un superbe camée de forme sphérique, à ce point que longtemps ce précieux vase a passé parmi les savants pour une pierre gravée.

Au surplus, ce que l’on pratique sur un verre doublé peut se pratiquer sur des verres à plusieurs couches que l’on a superposées dans le but d’en faire enlever une partie par les meules du tailleur de cristaux. Les effets de la taille se combinent ainsi avec ceux de la coloration, non seulement lorsqu’on l’applique aux verres doublés et triplés, mais encore dans les verres monochromes, en ménageant, par exemple, dans un cristal rubis des cannelures incolores qui alterneront avec une arête de couleur. L’opposition des verres transparents avec les verres opaques est aussi un moyen charmant de varier la décoration du foyer domestique, et c’est pour l’avoir senti qu’on a imaginé les verres opalins qui sont translucides et qui ressemblent à de la porcelaine, mais en conservant l’opacité qui est un élément du contraste désiré. Veut-on colorer le cristal opale ou teinter le verre pâte de riz? on obtient facilement un ton turquoise par l’addition d’un oxyde brun de cuivre à la composition du verre, ou de jolies nuances de bleu par l’oxyde de cobalt, et au moyen d’une combinaison du cuivre et du fer, on arrive à des teintes vert pré ou vert soufre, suivant les doses.

A vrai dire, pourtant, ce n’est pas précisément dans la gobeletterie, je veux dire dans les services de table, que ces effets seraient de bon goût. On doit les rechercher de préférence pour les verres et les cristaux d’étagère, dont l’unique objet est de décorer, et aussi pour les appareils d’éclairage qui, dans un repas, doivent tamiser la lumière, et dans un cabinet d’étude, la masquer au regard pour la concentrer sur les objets regardés. Voilà pourquoi l’on a substitué à des globes de lampe en opale, au travers desquels la flamme de la lampe paraissait rouge, un cristal blanc de lait, beaucoup plus opaque, qui fait disparaître le foyer et qui répand une lumière égale et mate sur toute la surface du globe. Toutefois, comme cette lumière, malgré sa douceur, pourrait encore devenir fatigante ailleurs que sur une table à manger, on fait d’ordinaire les abat-jour des lampes de travail en cristal transparent, doublé d’un émail opaque et de couleur foncée.

En somme, rien ne manque à la palette du verrier, puisqu’il est en

(1) Ce vase est ainsi nommé parce qu’it fut acheté à Rome par la duchesse de Portland. Il mesure 30 centimètres sur 16. Il est à Londres, au British Muséum.

LA VERRERIE

possession de tous les oxydes qui produisent dans le verre les colorations les plus éclatantes ou les nuances les plus fines, et qu’il peut y ajouter les deux non-couleurs si bien venues dans l’art décoratif, le blanc et le noir. Je dis le noir: il suffit pour l’obtenir de mêler à la composition du verre blanc des scories de forge pulvérisées, du poussier de charbon, ou bien, comme on le pratique en Bohême, du soufre en nature. Le verre ainsi obtenu se nomme hyalilhe. Il est absolument opaque et susceptible de recevoir beaucoup d’éclat par la perfection du poli. De plus, il est d’une telle dureté qu’on peut le substituer à la porcelaine pour la fabrication des théières, des tasses à café et de tous les vases qui doivent renfermer des liqueurs bouillantes. Ce n’est pas tout : le verrier coloriste sait encore au besoin atténuer le noir et, par les trois oxydes qui produisent le bleu, le vert et le violet, et qui en se combinant se neutralisent, arriver à cette teinte fuligineuse, dite fumée de Londres ( London smoke ), laquelle ne s’emploie guère, il est vrai, que pour les lunettes destinées aux personnes dont la vue est affaiblie.

De même que l’art de la verrerie, connu de la plus haute antiquité, a eu son second berceau à Venise, l’art de colorer le verre dans la masse nous est venu de Bohême. Là ont été découvertes la plupart des couleurs dont disposent nos verriers. Nées au milieu des grandes forêts de sapins qui couvrent la contrée, établies sur les bords d’un cours d’eau flottable, les verreries de Bohême ne sont guère que des baraques en bois, ainsi construites pour le temps que durera la consommation du combustible environnant. Quand l'usine a dévoré le bois qui est à sa portée, elle se transporte dans une autre partie de la forêt, où elle demeure jusqu’à ce qu’un approvisionnement facile y soit épuisé.

De ces misérables huttes, dont l’existence s’annonce au loin par la fumée qui s’élève au-dessus des arbres, il sort chaque jour des merveilles. Avec un excellent sable, ramassé dans le pays même, les Bohémiens produisent un verre pur, limpide, d’une douce blancheur, et qui est le plus beau de tous, après le cristal. Pleins d’imagination et souvent guidés par un goût naturel, leurs ouvriers excellent à tailler le verre, mais surtout à le graver, à rehausser de dorures les verres rubis et les verres noirs, à marier l’argenture avec les verres opalins blancs, verts ou bleus, à raffiner la matière vitreuse, qui, sortie à l’état brut des usines de la forêt, est décorée dans des établissements qu’on appelle, pour cette raison, des raffineries.

Mais ce sont les Vénitiens qui ont introduit dans la fabrication du verre tous les trésors d’une fantaisie inépuisable, qui l’ont converti en objets d’art, ou tout au moins de curiosité, et qui, à force d'essayer des formes, des procédés de composition, des mariages de couleurs, des tours de main,

ont créé les variétés innombrables du verre destiné à la pure récréation des yeux, du verre charmant et inutile. Encore est-il vrai de dire que les secrets techniques de leur fabrication étaient connus des anciens, et que les verriers établis, au moyen âge, dans les îles des lagunes, ne firent que renouveler les pratiques des Romains et des Grecs, élèves eux-mèmes des Egyptiens.

Oui, tout ce qu’on a fait à Murano avait été fait dans les temps antiques, témoin les spécimens conservés dans les collections, les verres filigranés, rubanés, à bulles d’air, les verres mosaïques diaprés de mille couleurs, comme un tapis d’Orient, mille fiori, les incrustations d’émaux de couleur et de substances argileuses ou gypseuses dans la masse encore molle du verre, les baguettes en fils de verre coloré qu’on emprisonne entre deux couches transparentes, minces comme des feuilles de papier. Tout cela est représenté dans la verrerie antique par des échantillons qui ont traversé les siècles sans s’altérer, sans se briser, même partiellement.

. Cela tient du merveilleux de voir combien l’homme a été ingénieux à tirer parti de cette substance qui, à une température élevée, devient si malléable, si obéissante, si ductile, comment il a su étirer le verre, l’enrouler sur une roue qui tourne rapidement et l’allonger au point d’obtenir, avec une baguette de quelques centimètres, un fil de plusieurs mille mètres, aussi fin, aussi souple que la soie, un fil propre à tisser des étoffes, à former d’impondérables aigrettes, et, — qui le croirait? — à remplacer les cheveux postiches d’une perruque susceptible d’être frisée au fer !

Le verre fligrané, connu des anciens et retrouvé à Venise, est un assemblage de cannes, c’est-à-dire de menues baguettes, en verre blanc opaque ou en verre coloré, enveloppées d’une couche de verre transparent. Ces baguettes, réunies par la chaleur, peuvent entrer au nombre de trente ou quarante dans la composition d’un vase filigrané.

Après les avoir disposées suivant l’ordre que lui conseille son caprice, à intervalles égaux ou inégaux, en répétant ou en alternant les couleurs, en les coupant avec du blanc de lait ( latticinio ) et en opposant ainsi les opacités aux transparences, l'artiste verrier les roule en spirale, les croise, en les tordant en sens inverse, les quadrille, les aplatit en rubans, les combine avec des grains de chapelet, détache certaines cannes en relief pour laisser les autres transparaître dans l’intérieur delà matière vitreuse, et il varie à son gré de mille manières ces combinaisons de lignes ondoyantes, ces croisements d’hélices plus ou moins serrées, ces répétitions de filets tordus, ou, comme l’on dit dans l’usine, torsinés.

C’est une industrie gracieuse, dans laquelle les Vénitiens ont excellé; mais souvent ils ont poussé le caprice jusqu’à la bizarrerie, la fantaisie jusqu’au fantasque. Il y a plaisir, sans doute, à suivre de l’œil ces dragons chimériques, dont la croupe se recourbe en replis tortueux autour de ia jambe d’un verre vénitien. La tête de ces chimères se hérisse le plus souvent

d’une crête en verre bleu pâle ou glauque. Le long de leurs corps serpentent comme des veines, des filets tantôt simples, tantôt contenant eux-mêmes de petits dessins filigranés, des filets roses, rouge-groseille, blanc de lait, jaune effumé, grenat, vert-turquoise, soufre ou bien incolores. Des ailerons bleus sont adaptés aux flancs de ces reptiles imaginaires. Quant au récipient de verre, il est plus varié de formes que de couleurs. Il prend la figure évasée d’une clochette ou d’un cornet ; il se dresse en cylindre ou bien il repose sur des renflements inégaux et superposés, semblables à ceux d’une étoffe bouillonnée. De plus, il se divise en lobes, se taille en cannelures, se hérisse de côtes saillantes, ou se plisse en godrons comme une fraise em-

Verres et coupe de Venise.

pesée. Quelquefois, la coupe imite les jaspures d’une agate, et il semble que son ironique pesanteur fait ployer la faible lige d’une plante garnie de feuilles mortes et décorée d’une fleur idéale. Mais il faut avouer que le goût un peu baroque de ces objets ne permet pas de les multiplier sur une étagère, parce que leurs formes hérissées les rendent, pour l’imagination même, d’un usage impossible et qu’ils n’offrent aucune prise facile, ni à la main, ni à la pensée. D’ailleurs, de pareilles curiosités, si elles figuraient en nombre dans la décoration d’un appartement, se nuiraient l’une à l’autre et embrouilleraient le spectacle en fatiguant la vue. Elles valent surtout pour contraster, par leur mouvement et leur complication, avec des galbes d’une élégance plus tranquille et plus simple.

C’est là une observation qui a été faite certainement par les amateurs

délicats. Ils ont dù remarquer en visitant une collection de verreries — aussi bien que toute autre collection d'objtes similaires — que les plus jolies pièces ne font leur effet que lorsqu’elles sont isolées. On en jouit pleinement alors ; l’attention n’étant pas distraite s’y concentre et pénètre mieux le sentiment de l’artiste. Il en est de même lorsqu’on marchande une porcelaine, une faïence, une pendule, un lustre, une paire de flambeaux dans un magasin de curiosités. L’objet qu’on vous montre, confondu avec une infinité d’autres qui se trouvent accumulés en désordre et en dissonance, vous paraîtra bien plus charmant, si tant est qu’il le soit, quand vous l’aurez transporté dans votre demeure, et que vous le verrez à part et en sa place, là où mille objets ne se disputeront plus vos regards

Arrêtez-vous, par exemple, à un de ces vases si singuliers et si précieux que les Vénitiens appellent vasi à reticelli. C’est un réseau de filets de verre croisés, laissant dans chaque maille une petite bulle d’air emprisonnée entre deux couches minces de verre transparent. Rien de plus curieux, rien déplus étrange que cette éruption de globules régulièrement disposés à la surface du vase et fermés par des parois d’une ténuité prodigieuse, et qui rappelle la coquille dite argonaute à grains de riz.

Mais ces bulles d’air qu’on a pris grand soin d’enfermer dans les mailles d’un réseau de cristal, il faut les éviter avec le même soin, lorsqu’on fabrique les verres mosaïques, les mille fiori[ comme les appellent les Vénitiens), dont on fait des boules de rampe, des boutons de porte et des pressepapiers. Si la mode les demande, à vrai dire, ce sont là des produits dont la qualité principale est d’être surprenants.

Quand on n’a jamais vu travailler le verre, on ne s’explique pas comment des fleurettes symétriques, des grelots coupés, de menues étoiles aux rayons diversement colorés ont pu être introduits dans un globe de verre plein, où l’on n’aperçoit aucune trace de soudure, parce que deux parties de verre en fusion soudées entre elles ne font qu’un seul et même verre.

Mais, lorsqu’on a mis le pied dans une verrerie l’étonnement diminue et l’on est tenté de préférer à ces tours de force les serre-papiers en verre incolore au sein desquels on voit paraître des objets tels qu’une montre, un baromètre, une boussole; toutefois, ces objets ne pouvant faire corps avec l’enveloppe de cristal, parce que la chaleur du verre fondu les eût oxydés, déformés et même détruits, sont simplement logés dans une cavité qu’on a ménagée au centre de la boule hémisphérique. Quelquefois on incruste au sein du verre des portraits qui font l’effet d’une médaille vue dans l’eau. « Ces profils, généralement d’une couleur jaunâtre, dit M. Sausay ( Merveilles de la verrerie ), étant faits en terre à porcelaine et en silex broyé, peuvent subir, sans déformation aucune, une chaleur qui n’amollit que le verre. » Encore une fois, de pareilles fantaisies ont quelque chose de puéril; elles doivent séduire les esprits naïfs et il n’y a pas lieu de s’étonner qu’elles

aient été et soient encore si bien accueillies dans les foires de l’Allemagne et qu’elles figurent aux étalages de nos fêtes rustiques.

Une chose qui plaît aussi aux natures raffinées, et dont il faut user avec beaucoup de modération dans l’art de la verrerie, c’est la dorure. La dorure est un rehaut qui convient aux matières mates, non seulement pour les égayer, mais pour les distinguer par des contours brillants des objets sur lesquels on veut les détacher. Ainsi les verres opalins, à cause de leur teinte laiteuse, et les verres pâte de riz, à cause de leur demi-opacité, souffrent d’être relevés par des dorures, et pour cela quelques filets suffisent sur les bords de la coupe ou du verre, ou sur les bagues de la jambe. Mais dorer ou argenter un cristal est une idée malheureuse, à moins qu’il ne soit d’un ton très soutenu, d’une teinte sombre. Si les cristaux d’un

rouge profond, d’un bleu intense, et les verres d’un beau noir, les hyalites, peuvent être rehaussés d’or, il n’en est pas de même des cristaux d’un ton clair et à plus forte raison du cristal blanc. Quand une matière est aussi belle par elle-même, tout ornement étranger y devient malséant, car c’est un pléonasme que d’ajouter du brillant à ce qui brille. Déjà ce manque de goût avait frappé le bon esprit de Pline le Naturaliste qui, exagérant sa critique, allait jusqu’à blâmer même la coloration du verre. « Nulle substance, dit-il, n’est plus maniable et ne se prête mieux aux couleurs; mais le verre le plus estimé reste toujours le verre incolore et transparent, plus semblable au cristal de roche. »

11 est d’ailleurs facile au verrier de multiplier les jouissances de la vue en tirant parti des ressources que lui fournit la seule nature des substances colorantes, par exemple, de la propriété qu’ont certains minéraux transparents d’offrir une couleur différente, suivant qu’ils frappent l’œil par

réflexion ou par réfraction. L’oxyde d’urane a justement celte propriété, qu’on nomme dichroisme ; il donne au verre, dans la composition duquel on le fait entrer, une apparence dichroïde, en produisant une nuance jaunecitron par réfraction, et par réflexion un vert clair un peu nuageux, et comme, en regardant un vase, on peut percevoir à la fois ou séparément les rayons réfléchis et les rayons réfractés, on jouit de ces deux couleurs, tantôt par alternance, tantôt par un mélange d’où il résulte une jolie teinte soufre. « Les cristaux dichroïdes, dit M. Bontemps, ont eu une assez grande vogue, comme, du reste, beaucoup d’autres verres de couleur. Nous pensons qu’il est de bon goût de les employer en petites quantités, pour des articles de fontaine et d’étagère. Le cristal blanc est toujours la matière par excellence, celle qui restera le plus beau type de verre que l’industrie puisse produire. »

La même observation s’applique à tout ce qui, dans l’art décoratif, a le caractère d’un simple tour de force, d’une curiosité pure, à tout ce qui n’est pas motivé par l’intention d’embellir, par l’envie de donner à l’utile un tour gracieux. Les Bohèmes et les Vénitiens ont fabriqué jadis et fabriquent encore un verre craquelé , imitant les fines aspérités de la couche de glace qui se dépose sur les vitres, lorsque la température est assez froide pour condenser et congeler l’humidité qui est dans l’air. Cet effet singulier, comment est-il obtenu par les verriers de Bohême? Quand la paraison est faite, c’est-à-dire quand la portion du verre cueillie dans le creuset au bout d’une canne a été tournée et retournée sur une table de fonte appelée marbre, ils la promènent sur une couche de verre concassé, de manière que ces fragments irréguliers adhèrent à la masse vitreuse encore molle, et y forment les menues saillies de la craquelure voulue. Aujourd’hui, nos verreries produisent une variante de craquelé, qui a de l’analogie avec celui de la porcelaine, et ils y arrivent en plongeant brusquement dans l’eau froide la canne chargée de verre incandescent, ce qui fait que l’extérieur de la paraison se glace et se fendille en tous sens.

Mais, à le bien prendre, ce n’est là qu’un résultat curieux, car un verre dont la surface est glacée par imitation n’a pas de raison d’être, si ce n’est pour procurer à l’esprit l’idée de froideur. Or, de deux choses l’une : ou le vase craquelé — aiguière, broc ou carafe — contiendra de l’eau frappée, ou il ne contiendra que de l’eau à la température ordinaire. Dans le premier cas, la fraîcheur se trahirait d’elle- même par la transsudation du verre; dans le second cas, ce serait un cruel mécompte que d’espérer une sensation agréable et d’en avoir une toute contraire, de ne trouver que de l’eau tiède dans une carafe où elle paraissait glacée. Je ne parle ici que de l’eau, parce que de toute manière le craquelé n’est tolérable qu’à la surface d’un verre blanc. Les craquelés d’un ton rose, jaune ou vert, se rapportent, soit à l’idée d’un vin rouge frappé qui, à une température aussi basse, perdrait

sa qualité principale, son bouquet, soit à l'idée d’une liqueur cordiale, qui serait dorée comme le cognac ou verte comme l’absinthe, et que personne ne désire boire à l’état de réfrigérant. Joint que les aspérités répandues sur toute la superficie du verre n’invitent pas à le prendre et ne permettent pas de le nettoyer.

Plus aimable à voir est cette variété du verre qu’on appelle aventurine. Ce qui porte ce nom dans l’art céramique est un menu sablé d’or que l’on a répandu sur une porcelaine de la Chine ou sur un laque du Japon. Mais

Verre et coupe de Venise (xvie siècle).

dans la verrerie, ce nom s’applique à un verre remarquable par un semis de petits cristaux prismatiques, à quatre faces, très brillants et sans nombre, ayant l’apparence du cuivre. La couleur du verre sur lequel se détachent ces cristaux varie du jaune brun à une teinte rosée. Il ne faut donc pas confondre l’aventurine des verriers vénitiens, obtenue par des procédés qu’ils tiennent secrets, avec l’aventurine des céramistes de l’Asie. Ceux-ci ont trouvé charmant de fabriquer, sans doute à l’intention des jeunes filles, ces laques délicieux, ces porcelaines exquises sur lesquels ils font tomber une pluie d’or, comme pour séduire les Danaë de Nagasaki ou de Yédo.

Du reste, les colorations, les craquelures, l’aventurine, les cannes torsinées et croisées en spirale ou en quadrillés, les filets concentriques, les dragons, ailerons, cordonnets en relief, globules de verre incolore, bulles d’air, gouttelettes et pois d’émail, tout cela n’est guère bien venu que dans les verres qui doivent briller sur une étagère ou sur le marbre d’un bahut à hauteur d’appui. La cristallerie de table n’est jamais plus belle que lorsque, dans sa limpidité parfaite, elle attend la couleur ambrée, paille, rose ou rubis des boissons qu’on y versera, la teinte blonde ou vermeille des compotes qu’on y verra transparaître, le ton rouge, orangé, gris-fer, pourpre et violet des fruits qui seront rangés sur les degrés circulaires d’une pyramide en verre taillé. Que servirait de colorer le contenant de cristal lorsqu’il doit si bien se colorer de son contenu? Pourquoi donneraiton d’avance à une burette la couleur topaze brûlée que lui donnera le vinaigre, ou la couleur jaune d’or qu’elle recevra de l’huile?

Toutes les nuances de la gamme étant représentées sur une table de festin, il est inutile et peu convenable d’y admettre les cristaux colorés.

Le désir de voir ce que renferme un verre est si naturel que souvent le vin est servi dans des carafes comme si l’on voulait en jouir par la vue avant de le boire, et malgré les protestations des fins gourmets qui veulent qu’on respecte la respectable moisissure qui s’est développée à la superficie des bouteilles verdâtres.

Il arrive souvent que des malades, auxquels on prescrit du lait, ne le veulent boire que dans un verre, et ils l’avalent alors avidement, d’un seul trait, au lieu qu’ils le boiraient avec moins de goût et à petites gorgées, si on le leur servait dans un bol en porcelaine blanche.

Il est cependant des verres de couleur qui ont à la fin des repas un caractère patriarcal, presque sacramentel, et qui peuvent y figurer, soit comme des réminiscences du temps jadis, soit comme des reliques conservées dans les familles. Je parle de ces présentoirs que portaient des officiers, en feutres à plumes, collerette et justaucorps. Je parle aussi de ces bouteilles d’échanson à la forme aplatie, dont la panse est décorée, sur les deux faces, d’entrelacs en émaux, de rosaces, de blasons. Je parle surtout de ces majestueux et lourds vidrecomes dont la forme cylindrique subit vers l’orifice une légère diminution, — la même à peu près que celle des colonnes, — écussonnés, rehaussés d’émaux et d’or, enrubanés de devises, marqués de monogrammes et datés de l’année où on les fondit. Ces verres archaïques teintés de jaune ou de vert, et qui invitent à entonner les vins du Rhin, ont encore une physionomie qui plaît. Leur dimension est imposante et leur pesanteur vénérable. Quelquefois les armoiries y sont surmontées de timbres ornés de cimiers. D’autres fois, on y voit des hallebardiers de la hanse teutonique portant leur bannière avec fierté, le poing sur la hanche, le jarret tendu et la barbe en éventail comme les reîtres représentés dans les

LA VERRERIE

gravures de Goltzius; ou bien, c’est un couple de jeunes fiancés qui se jurent un amour éternel sur ce vase fragile. Le moment où l’on apporte ces verres héraldiques est celui où commence, comme dit Montaigne, la douceur des devis, où l’on échange avec le plus d’entrain, avec le plus de liberté, ces bons discours et agréables entretiens de quoy les gents d'entendement sçavent s’ entre festoyer.

LE BESOIN D’ORNER A CONDUIT L HOMME A TRANSFORMER LA NÉCESSITE DES VITRES

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