FORME DES VASES
LA CÉRAMIQUE, A RAISON DE SES ANALOGIES AVEC L'ARCHITECTURE, EST SOUMISE EN QUELQUE MANIÈRE AUX LOIS DE CE GRAND ART.
Les créations de l'homme ne sauraient être belles à ses yeux qu’à la condition d’être conformes aux lois dont la figure humaine est une vivante image. Il est naturel, en effet, que l’homme désire retrouver dans les ouvrages humains le caractère de son esprit, qui est la logique, c’est-à-dire un certain ordre de pensées ; le caractère de son corps, qui est cet ordre que les Grecs appelaient symétrie et que nous appelons proportion, enfin le caractère de tout son être, qui est la variété dans l’unité, autrement dit l’harmonie.
En transportant cette triple loi de sa nature, l’ordre, la proportion et l’harmonie, dans les édifices qu’il bâtit pour les besoins de sa vie ou qui doivent représenter ses croyances, l’homme a créé l’architecture. C’est aussi par l’application de ces principes aux ouvrages d’argile qu’il a créé la céramique.
Mais, tant que les produits de l’argile ou du four n’ont servi qu’aux usages journaliers et n’ont été que des ustensiles nécessaires ou seulement utiles, la céramique n’a été qu’une industrie et il a suffi, pour plaire, de la convenance , qui est le juste rapport de la forme à la destination de l’objet. Que le vase où l’on devait puiser l’eau des fontaines fût commode à soulever et à porter, qu’il pût tenir facilement sur la tête d’une jeune fille, que la capacité en fût proportionnée aux forces féminines, il n’en fallait pas davantage. Mais du jour où l’œuvre du potier a été conçue comme un symbole, du jour où le vase a été imaginé, non plus pour un usage domestique, mais pour exprimer une pensée ou un sentiment, pour devenir un présent d’amitié, un gage d’amour ou un pur objet de luxe, la céramique
DE LA CÉRAMIQUE
s’est élevée au rang des arts, et c’est alors qu’elle a dû se soumettre aux trois conditions éternelles du beau : l’ordre, la proportion et l’harmonie.
Et cette corrélation de la céramique avec la figure humaine est si vraie, qu’elle est manifestée jusqu’à l’évidence par le langage. Les termes qui désignent les divers membres du vase : les lèvres, le col, le collier, les oreilles, les épaules, les flancs, la panse, le pied, disent assez que cette grande analogie des créations de l’homme artiste avec la figure humaine a toujours été présente à l’esprit des peuples qui ont inventé les perfectionnements de la céramique et en ont créé la langue.
On peut donc, en se rattachant à cette analogie, établir quelques prin cipes touchant la forme, d’abord, et ensuite le décor des vases.
La première condition de la forme céramique est d’avoir un sens bien accusé ou, si l’on veut, une dimension dominante. Le corps humain est une figure dont la largeur est contenue cinq fois dans la hauteur. A l’exception des rayonnés, les animaux sont tous plus longs que larges comme les quadrupèdes, ou plus larges que longs comme certains poissons, ou bien ils sont développés en épaisseur, comme les éléphants, mais toujours leurs corps ont une direction remarquable, un sens prononcé. Le carré en plan et le cube en élévation, faute d’avoir un sens, sont des configurations ingrates qui ne se trouvent, dans les créations de la nature, qu’au sein du règne minéral, et qui ne sauraient paraître dans les ouvrages de l’homme que pour y introduire exceptionnellement cette aigreur de la dissonance qui contribue à l’harmonie.
Tout produit céramique, à moins d’être rond, doit avoir une dimension dominante, et il y a une raison esthétique pour qu’il en soit ainsi : c’est qu’il n’est pas possible de mettre du sentiment dans une œuvre d’art sans y montrer une sorte de partialité pour telle forme, telle lumière, telle couleur.
Par un nouveau trait de ressemblance avec l’architecture, la céramique a ses trois ordres, auxquels on peut ramener les variétés sans nombre qui distinguent ses ouvrages. Un vase qui n’est pas soumis à des conditions d’utilité, et qui a été conçu pour être beau, affectera infailliblement ou une simplicité fière et forte — l’accent dorique, — ou une délicatesse gracieuse — le caractère ionique, — ou un air de richesse et de magnificence — le mode corinthien.
Toutes les nuances de la volonté, toutes les variantes du goût et même de la fantaisie pourront trouver place dans les intervalles qui séparent ces trois ordres, en se rapprochant plus ou moins de l’un, en s’éloignant plus ou moins de l’autre. Mais en dépit de ces variétés, qui peuvent être innombrables, la forme devra être une par l’intention, une par le sentiment, et elle sera d’autant meilleure qu’elle sera plus décidément conforme à l’idée
d’austérité ou de pompe, de grâce ou de force, de douceur aimable ou de majesté imposante.
L’unité de la forme doit donc se définir ici par l’unité de l’impression qu’elle produit. Il tombe sous le sens qu’un vase ne peut être simple en liant et ricbe en bas, fouillé curieusement dans le cul-de-lampe et tristement nu dans le col.
LES FORMES DE LA CÉRAMIQUE, SELON QU’ELLES AFFECTENT LE CARACTÈRE DE LA DIGNITÉ OU CELUI DE LA GRACE, DÉRIVENT DU CYLINDRE ET DU CÔNE,