GRAMMAIUK DES ARTS DÉCORATIFS
les marquer à l'impression tels qu'on les peut suivre sur une étoffe. Tantôt elles seront appointées pour exprimer les piqiîres d'une grosse aiguille, tantôt elles seront rangées le long d'un contour de manière à former entre elles de petits angles saillants el rentrants, comme ceux que présente la tapisserie au canevas, ce qui donne à distance un contour gras et fondu: tantôt les lames de cuivre imiteront les croisements de la chaîne et de la trame, les stries d'une tenture de haute lisse, les coutures en fil d'or. Ainsi guidé, par un goiît naturel que l'expérience a raffiné, le fabricant parisien prévoit et ménage les effets les plus délicats. S'il veut que son trait soit, dentelé sur le cuivre, c'est pour qu'il ait de la souplesse sur le papier ; s'il le dessine anguleux, c'est justement pour qu'il ne soit pas roide et sec. Lorsqu'il se propose d'imiter par la frappe du balancier une broderie sur tulle, il s'assure que les lames de cuivre destinées à rendre sous la presse les menues saillies et les menus creux d'un travail au crochet ou à l'aiguille, seront assez irrégulières pour traduire ce quelque chose d'hésitant, d'inégal, de remué, dont le caractère est inséparable d'un ouvrage accompli par une femme, par une jeune fille, par un être vivant et palpitant.
Mais ces tinesses charmantes, ces perfections obtenues à grands frais, comment en arracher le privilège à ceux qui peuvent y mettre le prix ? Comment, en un mot, remplacer par une impression automatique les manipulations subtiles, les soins infinis de l'imprimeur à la planche ? C'est le problème que l'industrie a a^ouIu résoudre pour se conformer à la pensée moderne^ de répandre le sentiment de l'art et d'en faire jouir tout le monde. Ici encore que d'essais et de tâtonnements, que d'efforts, et malgré les déboires subis, quelle persévérance ! Enfin, on est parvenu à la solution en appliquant au papier peint les cylindres gravés en relief dont on se servait à Manchester pour l'irripression des étoffes, ^-^t en
inventant des machines tout aussi ingénieuses pour les opérations préliminaires.
Nous avons vu fonctionner à Paris ces machines étonnantes (1). La première, saisissant une bande de papier qui a huit cent cinquante mètres de long (cent rouleaux), y étale, au moyen de brosses rotatives, un fond de couleur uniforme ; puis, l'élevant sur des perches, au fur et à mesure du fonçage, la fait serpenter sur l'étendoir où elle doit sécher. Mais, pendant qu'elle sèche, l'étendoir marche, tourne et va porter au coupage cet immense ruban de papier dont le commencement est déjà sec, quand la fin est encore humide ! La seconde machine est destinée à l'impression simultanée de toutes les couleurs qui entrent dans un dessin au nombre de vingt (et plus). Autant de couleurs, autant de cylindres. Ces cylindres gravés en relief sont rangés autour d'une roue. Chacun est fourni de sa couleur par un drap sans fin et bien tendu qui la reçoit d'uni rouleau tournant dans une auge à couleur. Le papier, passant à travers ce système en mouvement, s'empreint successivement des vingt couleurs qui composent le dessin, et, en vingt-deux minutes, les huit cent cinquante mètres de papier sortent de la machine complètement peints !
Une troisième machine a pour fonction de brunir les dorures, et, quant à la dorure elle-même, elle est adhérente à un mordant qui est appliqué tantôt à la machine, tantôt à la planche, suivant le degré de perfection que l'on désire atteindre dans une fabrication à bas prix.
Une quatrième machine est chargée d'imprimer dans le papier divers grains de nature à imiter la surface de certains tissus. Selon le genre de relief qu'on veut avoir, on soumet
(i) Chez M. Isidore Leroy, qui a été le premier en France à employer des cylindres gravés en relief, mus par des machines à bras, qu'il a finalement remplacées par une grande machine à vapeur.