G HA MM AIRE DES ARTS DECORATIFS
turquoise, vert-celadon, orange-écarlale, que le bronzage rend si bien, des tissus asiatiques très compliqués, des fonds chargés d'un labyrinthe de formes et de couleurs, de nature à occuper les yeux de l'imagination, dans les moments où, à la suite d'une pensée fugitive, l'on regarde sans voir ou bien l'on voit sans regarder.
« C'est dans la décoration de ces petits appartements destinés au développement de l'esprit que l'on peut seulement s'abandonner à toute la vivacité de son génie à l'égard des ornements. » Ainsi parlait, au siècle dernier, l'architecte Blondel. Mais le mot décoration s'entendait alors des boiseries sculptées, des tentures en étoffes, des tapisseries flamandes ou françaises et des peintures murales. Aujourd'hui la majorité des familles — pour laquelle nous écrivons — se contente des dehors, jugeant avec raison que la superficie du luxe suffit à orner ce qui n'est, après tout, qu'une surface. C'est assez de l'apparence, en efTet, pour tout ce qui ne doit pas être touché, manié, consommé, revêtu. La sophistication dans un festin, par exemple, a quelque chose d'horrible autant que de grotesque, et personne ne voudrait renouveler une histoire dont s'amusèrent nos aïeux, celle d'un lapereau de bois qu'un étranger à vue basse voulait obstinément dépecer, en dépit des représentations plaintives que lui adressait la maîtresse de la maison. Mais, en matière esthétique, il n'en va pas de même. Entre un objet doré et un objet en or, il n'y a aucune différence pour l'homme de goût, appréciant ce qu'on lui donne en spectacle. Le principe qu'// ne faut pas faire dans un art ce qui peut être mieux fait dans un autre ne s'applique pas à l'industrie, en tant qu'elle peut arriver à la perfection de l'équivalence. L'imitation n'est blâmable que lorsqu'elle est impuissante à dépasser les limites de l'a peu près. L'imitateur doit être condamné aussi lorsqu'il transpose la fonction, je veux dire lorsqu'il poursuit un autre but que
DU l'xVPIER PEINT. 83
son modèle. Il est clair que si un sellier a besoin de cuir pour ses harnais, si une femme a besoin d'une pièce de velours pour son costume, le fabricant de papier peint n'ira point leur offrir ses contrefaçons, quelque merveilleuses qu'elles soient; mais, dès qu'il s'agit uniquement d'habiller un panneau, de revêtir une muraille, l'industriel est dans son droit s'il parvient, par ses imitations, à nous procurer le plaisir des yeux, c'est-à-dire, le seul objet que s'étaient proposé les inventeurs des tentures en soie ou en velours, en laine ou en cuir.