DE LA FANTAISIE
En revêtant les prés d'herbe et de fleurs, en étendant sur la terre, sur les rochers et les sables des mousses de velours,
a nature nous a fourni la première idée et le premier modèle du tapis. Sans s'écarter beaucoup de ce prototype, les Orientaux ont su varier à l'infini le dessin des tissus qui devaient
eur servir de lit ou couvrir le sol du harem, ou les envelopper durant les fraîches nuits du désert. Et que de manières ils ont imaginées de rappeler les sensations agréables qu'on éprouve à se promener sur un épais gazon! Quelle diversité sans fin dans les images de fantaisie dont ils ont orné leurs tapis ! Tantôt ils ont supposé une inversion dans le spectacle de la campagne en prenant pour fond le jaune des boutons d'or, comme si le soleil brillait par-dessous la terre ; tantôt ils ont transformé la verdure en un bleu d'outre-mer, comme si le ciel le plus profond était descendu dans la prairie ; tantôt ils ont transposé les couleurs par une greffe chimérique, donnant au liseron le bleu de la pervenche, au barbeau l'écarlate de la pivoine, et créant ainsi, à l'usage du tisseur, une botanique imaginaire. En évitant de représenter les objets naturels
Imp Lemercier &.C^? Paris