‹ Grammaire des arts décoratifs, décoration intérieure de la maisonChapitre 26 sur 74 · L EBKNISTERIE AYANT D AUTRES CONVENANCES QUE L ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

L EBKNISTERIE AYANT D AUTRES CONVENANCES QUE L ARCHITECTURE

NE DOIT AFFECTER DANS LE DESSIN DE SES MEUBLES NI LA FORME DES ÉDIFICES NI

l'imitation de LEURS ORNEMENTS ARCHITECTONIQUES.

Comme l'architecture, i'ébénisterie se compose de supports et de parties supportées, de montants et de traverses, mai& il ne faut pas abuser de ces analogies, et croire qu'on peut imiter en petit, dans la fabrication d'un meuble, ce qui se fait en grand dans la construction d'un édifice. Quand il s'agit du beau, les lois changent avec les proportions, et la quantité des choses en altère bien souvent la qualité. Tel monument est sublime en son immensité qui, réduit à de petites proportions et traduit en bois, devient ridicule. Voilà ce qui a échappé aux maîtres ébénistes de la Renaissance, aussi bien qu'aux orfèvres et aux bijoutiers de ce temps-là. En Italie, en France, en Espagne et en d'autres pays encore, les meubles du seizième siècle affectent les formes de l'architecture et en reproduisent les motifs. Une armoire est ornée de colonnes engagées dans le bois ou adossées, quelquefois accouplées; elle se termine par un fronton, comme les façades de Palladio, à Venise, comme les frontispices des Petits-Pères ou de Sainl- Roch, à Paris; elle a des corniches avec leurs modillons ou leurs denticules; les vantaux figurent des portes pleines et des fenêtres feintes. Cet édifice, car c'en est un, a un rez-dechaussée qui forme soubassement, plus un premier étage en retraite. Et comme l'imitation veut être rigoureusement fidèle, on a donné aux piédestaux des colonnes, aux acanthes ou aux coussinets des chapiteaux et aux larmiers des corniches, des

saillies proportionnées à leurs dimensions. Vous avez de la sorte, dans un petit espace, un meuble qui vous menace de ses angles aigus, qui accrochera au passage la soie des robes et le drap des habits, un meuble auquel les enfants s'égratigneront les mains, dans la vivacité naturelle de leurs allures.

Armoire de la cathédrale de Noyon.

Que si l'armoire est un bahut monté sur quatre pieds, ce qu'on appelait au dix-septième siècle un cabinet^ c'est encore de l'architecture que sont empruntées toutes les parties de ce meuble intime. Le premier vantail ouvert laisse voir souvent un portique, oui, un vrai portique, de colonnes fuselées, ordinairement d'ordre corinthien, supportant ou feignant de

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