ET FONT QUE TELLE FORME QUI CONVIENT ICI NE CONVIENT PAS LA
Mais d'abord, bien que l'orfèvre n'exerce son industrie que sur des métaux précieux, il est bien entendu que l'art est indépendant de la richesse, qu'il est un luxe par lui-même, et que pour procurer les plus nobles jouissances, il n'a besoin que de briller à la surface des choses. 11 importe peu aux plaisirs du sentiment que tel objet, artistement travaillé, soit en or massif ou en cuivre doré; qu'un service soit en argent pur ou qu'il le paraisse. La valeur intrinsèque répond à d'autres pensées, à d'autres désirs. Aux yeux de l'artiste, l'extérieur suffit : materiam superat opus. Et comment ne pas reconnaître la supériorité de l'art sur la matière lorsque nous voyons le prix qu'on attache aux ouvrages en étain de François Briot, dont les aiguières à reliefs, les bassins à médaillons et les plats à ombilic, après avoir orné les dressoirs des plus grands seigneurs, se conservent si précieusement au Louvre et au musée de Cluny!
La première chose à considérer en ce moment, c'est qu'aucune forme n'est absolument belle dans l'industrie. La destination de l'objet et surtout la nature des substances employées changent les conditions de la grâce, et font que telle forme, qui convient ici, ne convient pas' là. Chaque fabrication a sa manière, à elle, d'être élégante. Voilà pourquoi nous avons affirmé plus d'une fois ce principe : rien n'est plus funeste aux arts décoratifs que leur tendance à empiéter les uns sur