GRAMMAIRE DES ARTS DÉCORATIKS
les autres, à se faire mutuellement des emprunts qui, par la seule différence des matières, deviennent malencontreux. La céramique, par exemple, maniant des pâtes qui, après la cuis-
Buire de François Briot (iMusoe de Cluny)
son, deviennent fragiles, est tenue de conserver une certaine épaisseur dans les transitions de la forme convexe à la forme concave, de choisir celles que la stabilité conseille, et qui, en réalité comme en apparence, diminuent les chances de rupture. Le potier serait donc bien mal avisé s'il imitait les for-
mes qui sont préférées dans l'orfèvrerie, et qui y sont préférables.
L'orfèvre, à son tour, qui ne met en œuvre que des métaux durs, denses, peut et doit se permettre des formes élégantes dans leur étranglement, des attaches minces, des anses rétrécies, légères, des embases relativement étroites. Or, il est clair que si le céramiste veut imiter les sveltesses de l'orfèvrerie, et si l'orfèvre s'en tient aux formes voulues dans la plastique, le premier, en recherchant une grâce qui ne lui est pas naturelle, osera dans le galbe de ses vases des minceurs inquiétantes, tandis que le second, en affectant une solidité inutile, tombera dans la lourdeur.
Avertis par un goût sur, les Egyptiens ont évité avec soin de pareils défauts : ils n'ont jamais donné à leur céramique les mêmes profils qu'à leur orfèvrerie, si délicate, si fine dans ses attaches, dans ses parties de transition, témoin les fameux bijoux de la reine Aah Hotep. Lorsque, par exemple, ils modèlent un vase dont la forme dérive de l'œuf — les formes qui dérivent du cylindre sont naturellement solides — ils affirment la stabilité par des contours pleins, et il est à remarquer que le plus souvent les fines moulures de leurs poteries sont feintes au pinceau, comme l'ont été plus tard celles des Grecs, dans leurs amphores, parce que la saillie réelle de ces moulures eiit compromis la solidité du vase, ou, ce qui revient au même, eût paru la compromettre.
Mais comment l'orfèvre imprimera-t-il à une feuille de métal la forme qu'il a préméditée, c'est-à-dire qu'il a dessinée sur son papier ou dans son esprit ? Il peut s'y prendre de plusieurs façons. Les anciens n'en connaissaient qu'une bonne : le martelage. Avec un simple marteau, varié de grosseur, et dont les tranchants sont toujours arrondis pour étendre la matière sans la couper, ils savaient produire des merveilles, et après tout, un véritable artiste n'a pas besoin