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LA DÉCORATION DU SOL DOIT YAItlER, DANS LE DESSIN, SELON LE PLAN DE LA riÈCE A DÉCORER, ET, DANS LES MATÉRIAUX, SELON LE CLIMAT DU PAYS.
La première chose à considérer, lorsqu'on dessine un pavement , c'est la configuration de l'espace à couvrir. Si la forme est ronde ou demi-circulaire, la disposition rayonnante se présente d'elle-même à l'esprit. Cette disposition ,^ , a du charme et de la ffrâce. Le ravonne-
Pavement dans la cathédrale '-' ">
de Laon. mcut cst l'aspcct SOUS Icqucl se pré-
sentent à nos yeux les infiniment grands et les infiniment petits de la nature , les mondes que nous appelons les étoiles et les jolies petites fleurs radiées qui sont comme les constellations de la prairie. Aussi les motifs étoiles peuvent-ils être inscrits même dans un pavement carré ou rectangulaire , et ils y font d'autant mieux qu'ils rachètent la rigidité des angles, tout en laissant l'artiste libre de cantonner son pavement de figures répétées ou alternantes. Le cercle, ayant une infinité d'axes, n'est pas susceptible d'orientation, mais, lorsqu'il est inscrit dans le pavé d'une pièce rectangulaire ou carrée, l'œil choisit naturellement pour axe le diamètre parallèle aux faces latérales, et il est d'ailleurs facile de l'y aider par une légère différence entre les rayons diagonaux et ceux de l'axe qu'on veut indiquer : on en voit un exemple dans le carrelage d'une chapelle, à la cathédrale de Laon, carrelage dont M. Viollet-le-Duc a relevé le dessin.
Si la pièce est barlongue, si c'est un passage d'entrée deux ou trois fois plus long que large, avec ou sans excédent de longueur, on peut encore y tracer des motifs radiés, parce que les rapports de la longueur à la largeur sont ainsi nettement accusés par le diamètre des cercles tangents (ou légèrement séparés), et qu'il y a un plaisir secret à mesurer une surface d'un seul regard. Il est assez naturel, cependant, de choisir pour une pièce oblongue un dessin qui accuse la prédominance de la dimension en longueur. Les ornements
employés dans les frises conviennent aussi à un rectangle étiré, soit que l'on compose ces ornements de rangées simples ou multiples, resserrées entre deux longues bandes, soit qu'on y dispose des motifs contrariés, soit qu'on y représente (si l'on est dans un palais) une file d'animaux héraldiques, se suivant au pas ou se poursuivant à la course, soit enfin qu'on y exécute en petits cubes de stuc ou de ciment ces charmants méandres égyptiens qui, suivant les diagonales d'un échiquier imaginaire, se croisent, se marient et se séparent avec une mystérieuse symétrie.
Supposons maintenant que la pièce à décorer soit légère-
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ment biaise, ou, pour parler comme les géomètres, rhombique. Cela peut arriver quand il y a défaut de parallélisme entre les ailes d'un édifice, — comme celui qui existe entre les deux corps de bâtiment qui joignent le Louvre aux Tuileries, — on pourra mettre de la régularité dans le pavement de ce rhomboïde, en usant du procédé que les Chinois ont
Exemple de pavement en biais, pouvant servir à daller une entrée qui ne serait pas d'équerre avec la rue, comme par exemple celle du palais de l'Élysce sur la rue Saint-Honoré, à Paris.
employé par pure fantaisie dans quelques-uns de leurs ornements, et qui consiste à juxtaposer l'une sous l'autre, avec un léger reculement, des figures géométriques, triangles, carrés ou hexagones, de façon à faire biaiser la rangée sans changer l'assiette de chaque figure, et sans en altérer la configuration. On rétablit ainsi ingénieusement aux yeux de l'esprit les quatre angles droits, devenus, par nécessité, aigus et ouverts.
Quand l'aire à couvrir est celle d'un vestibule, il importe d'y accuser les axes au moyen de lignes ou de bandes voyantes j dût-on orner tout le reste par une confusion de petits cubes, formant jaspure. C'est une attention envers le visiteur, que de lui donner les moyens de s'orienter, lors même qu'il n'en aurait pas besoin. Au bas d'un escalier d'honneur, dans un palais ou dans un château, la tranquillité du pavement est d'un bon effet. Un dessin remarquable et brillant y serait déplacé, parce qu'il diminuerait l'importance de l'escalier et de ses rampes. D'ailleurs, il arrive souvent que les premières marches de l'escalier empiètent sur le vestibule, soit que l'escalier s'ouvre au beau milieu, comme celui du Palais-Royal à Paris, soit qu'on l'ait jeté sur le côté, comme celui du château de Dampierre. Il devient alors très malaisé de conserver au pavement sa régularité et son ensemble, car il faudra bien que la marche avançante soit encadrée par une bordure qui en suivra les contours, anguleux ou arrondis, et ne sera pas facilement raccordée avec la mosaïque du sol. En ce cas, un carrelage à petits compartiments est préférable, ou bien une séparation bien nette entre le dallage et l'escalier.
Pour ce qui est des bordures, qui courent le long des plinthes, comme elles sont ordinairement peu éclairées, le goiit dit assez qu'il les faut, pour cette raison, tenir simples et peu variées. Il est bon, d'ailleurs, qu'elles ne soient pas brillantes, afin de laisser valoir les motifs du dessin, comme un cadre d'ébène fait valoir le tableau clair qu'il entoure. De même qu'en peinture, c'est une règle générale de ne pas mettre de grandes lumières loin du centre, près des bords, de même, dans la coloration d'une mosaïque, l'intérêt doit être concentré dans les milieux et diminuer sur les parties marginales.
Une observation, qui devrait être inutile, est celle qui se
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rapporte aux convenances créées par le climat. Nous voulons parler ici de ces carreaux de faïences, dont nos architectes se servent quelquefois dans leurs pavements, sans avoir égard à la température de nos régions. Depuis qu'en restaurant les édifices delà Renaissance, le château de Blois, par exemple, et le château d'Ecouen, on y a retrouvé des carrelages en faïence peinte, l'attention s'est portée sur cette variante de la mosaïque, et on l'a préconisée par respect pour l'archéologie. Les Valois avaient importé d'Italie la mode des revêtements de faïence, employés au décor extérieur des murailles, et dont on voyait de beaux exemples dans le château de Madrid, au bois de Boulogne ; mais cette mode n'avait plus sa raison d'être, dès qu'on l'appliquait, sous un ciel comme le nôtre, au pavement du sol, comme on l'avait d'ailleurs pratiqué déjà au moyen âge. En dehors d'une salle de bain oii un carrelage de faïence peut convenir, l'avantage de l'imperméabilité et de la propreté ne compense pas, dans un pavement émaillé, l'inconvénient qu'il a d'être glissant et froid, aussi froid pour l'imagination que pour les pieds. Le sentiment est ici d'accord avec la sensation.
Il y a quelques années , nous fûmes appelé, avec la Commission des beaux-arts de la ville de Paris, à l'hôtel Carnavalet, pour donner un avis sur l'appropriation de ce bâtiment à certains services administratifs. En visitant les parties désertes de l'hôtel, la Commission y trouva des dallages tout récents, en terre émaillée (1). Mais, comme on était alors en hiver, on dut jeter çà et là quelques sparteries, pour rendre moins pénible et aussi moins dangereuse notre promenade sur des surfaces glacées et glissantes. Ce qu'il y avait de plus étrange dans un tel carrelage, c'est qu'il décorait des appar-
(1) Il me souvient que deux architectes éminents faisaient partie de cette commission, MM. ûuc et Baltard, et que les observations que me suggéra notre visite, touchant les dallages émaillés de l'hôtel, eurent leur entière approbation.
tements obstrués par de très grandes cheminées dont la présence et la dimension semblaient protester contre un pavement si peu en rapport avec le climat de notre pays.
Autant l'émail peut être bien venu chez nous,. quand il sert au revêtement des surfaces verticales, soit sur les façades des édifices, soit même sur les murailles intérieures de certaines pièces où l'on ne fait que passer, autant il serait peu séant, dans nos froides régions, de renouveler le luxe des Romains, en étalant sur les parois et sur le pavé de nos appartements d'habitation ces mosaïques de verre qui, au temps de Pline et de Sénèque, constituaient la décoration obligée des maisons de Rome où l'on se piquait d'élégance. En pareille matière, la convenance ne se sépare point de la beauté, et souvent elle est la beauté même.
Mosaïque de Pompeï.