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DES FORMES ET LA TRANQUILLITÉ DES SURFACES

Un nielle est, en effet, une gravure creusée dans le métal avec un burin. Pour rendre bien visibles les tailles qu'il a

burinées, l'orfèvre les remplit d'une substance noire, le nielle, nigellum, qui est destinée à marquer les ombres d'un dessin dont les clairs seront les parties réservées du métal, c'est-à-dire les parties nues et polies que le burin n'aura pas touchées. Benvenuto, dans son traité d'orfèvrerie, donne la recelte pour faire le nielle. Il le compose d'argent fin, de cuivre et de plomb purifiés, auquel il ajoute du soufre noirci et du borax. Fondu et chauffé jusqu'à vitrification, ce mélange devient, après son refroidissement, une matière cassante, qui, pilée et broyée en poudre très fine, est répandue sur toute la surface de l'objet gravé ; elle est ensuite exposée à un feu doux pour être de nouveau mise en fusion et pénétrer dans tous les sillons de la gravure, auxquels elle adhère en se refroidissant une seconde fois. Mais, comme elle adhère partout, aussi bien sur le nu du métal que dans les creux, l'orfèvre commence à passer sur toute la planche une lime douce, una lima g enfile ; ensuite il efface les traits de la lime avec une pierre à polir, il y passe le tripoli pour lui donner du brillant et au besoin il achève de brunir avec la paume de la main. Il voit alors reparaître sa gravure parfaitement lisible, les ombres étant marquées par les tailles remplies de noir, et les clairs représentés par les parties intactes et brillantes du métal.

Appliquée aux objets qui présentent de petites surfaces, comme des boîtes à odeur, des tabatières, des lames de couteau, des pommes d'épée,laniellure peut avoir infiniment de charmes.

Soit que la qualité du métal, or ou argent, qui a servi de champ à l'orfèvre-graveur, rende sa gravure plus précieuse, soit que les petits sujets niellés empruntent un certain mystère de leur incision dans une pièce métallique, qui, toute brillante qu'elle est, n'a jamais la blancheur du papier et garde un ton un peu sourd, les nielles conservent un air de grandeur même dans leurs moindres dimensions. Lorsqu'ils

intéressent le plus la pensée et les regards, c'est quand ils ressortent sur un fond noir, c'est-à-dire quand on a couvert le champ de la gravure, de menues tailles croisées qui éteignent toute lumière, même dans la partie qui serait censée représenter un ciel. Les figures et les ornements paraissent alors se dessiner sur l'obscurité de la nuit, et cela leur prête une apparence fantastique d'autant plus que les nielles, par leur caractère précieux, ne se prêtent pas aux sujets vulgaires et demandent plutôt des données légendaires ou symboliques. Les personnages de l'Arioste y sont bien venus, et les enchantements d'Armide, et les héros des romans de chevalerie. Les animaux de la fable, les chimères, les monstres, y font aussi bonne figure, ainsi que les drames de sorcellerie. C'est dans ce sentiment que les nielles ont été conçus par les anciens orfèvres. Tantôt on y voit voguer à la surface des eaux vers une île lointaine des femmes qui sont portées sur un bouclier par des dauphins. Tantôt ce sont des hyménées inconnues, qu'on célèbre sous des galeries sombres, aux colonnes enguirlandées. Tantôt ce sont des emblèmes de dévotion et d'amour, qui sont à peine intelligibles, comme ceux du Songe de Poliphile.

Quelquefois, il arrive que l'orfèvre, après avoir niellé une pièce d'orfèvrerie en argent, substitue un fond d'or au fond noir sur lequel se détachent ordinairement les nielles ; mais cette substitution est rarement heureuse, parce qu'elle fait disparaître le caractère mystérieux des dessins en miniature gravés sur le métal. Par cette lumière chaude, répandue sur le fond, l'artiste rend sa gravure moins intéressante et moins visible, là où une ombre profonde et environnante faisait si bien valoir les clairs du dessin et l'expression des figures.

Bien que le nielle soit à proprement parler une gravure (1),

(1) Nous avons raconté dans la Grammaire des arts du dessin, d'après le récit de Vasari, contesté par les Allemands, comment l'orfèvre florentin Finguerra, ayant

il existe encore dans l'orfèvrerie un genre d'ornement qui, appartenant aussi à l'art du graveur, produit cependant d'autres effets que ceux de la niellure. Au moyen des morsures de l'eau-forte, l'orfèvre trace des frises d'ornements autour de ses vases, de ses cafetières, de ses bols, de ses porte-liqueurs, de ses corbeilles. Rongés par l'acide^ dont l'action les creuse légèrement, ces dessins opposent le mat au brillant en fai-

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Boîte à montre en argent niellé.

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sant alterner des évidements dépolis avec des parties lisses. Par le même moyen l'orfèvre obtient des gaufrures amusantes pour l'œil, soit qu'il les dispose en damier, soit que, mieux inspiré, il mette des inégalités de dimension dans ses alternances, car il ne faut pas oublier qu'il y a toujours quelque chose de déplaisant et de froid, dans les parties d'un même ornement, lorsqu'elles sont égales en dimension, comme le sont, par exemple, les cases d'un échiquier.

nielle une patène, fut amené par le hasard à l'idée de tirer d'une planche gravée un grand nombre d'épreuves, idée sans laquelle la gravure serait un art isolé, sans rayonnement et presque inutile.

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