‹ Grammaire des arts décoratifs, décoration intérieure de la maisonChapitre 52 sur 74 · L'ORFÈVRE POSSÈDE ENCORE DE PRÉCIEUSES ET CURIEUSES RESSOURCES, ENTRE · texte numérisé non relu

L'ORFÈVRE POSSÈDE ENCORE DE PRÉCIEUSES ET CURIEUSES RESSOURCES, ENTRE

AUTRES CELLE DE l'OXYDATION.

La chimie fournil à l'orfèvre diverses subslances qui peuvent noircir l'argent : le chlore qui donne au métal un ton brun, le soufre qui produit un noir bleu, le sel ammoniac dont la propriété est de faire paraître une couleur noire quand on le frotte sur les parties d'argent que l'on veut oxyder. On obtient ainsi un nouveau genre d'opposition, qui fait ressortir des ornements clairs et polis sur un fond obscur ou noir.

Mais les patines que l'on donne au cuivre ou au bronze par divers alliages chimiques sont aujourd'hui plus variées, plus nombreuses que jamais. Les nuances d'oxydation impriment sur le métal des tons vert, rouge-brique, fauve, orangé sourd, brun de café, noir de pèche. C'est seulement quand le métal est de l'argent qu'on peut le teinter en violet. Il y a plus : un heureux effet da temps se produit bientôt sur le métal recouvert, par l'oxydation, d'une patine unie. Des inégalités de tons s'y forment, je veux dire des taches plus ou moins claires de la même teinte. La coloration acquiert de la sorte une qualité de vibration, une espèce de frémissement sur elle-même, qui en double le charme et le prix. Ajoutons que par divers procédés, notamment au moyen d'une cire végétale, recueillie au Japon, la superficie du métal patiné est lissée jusqu'à devenir à demi brillante.

Ainsi coloré ou, pour dire mieux, ainsi nuancé, le cuivre ou le bronze présentent une surface toute préparée pour les

incrustations d'argent dont on voudrait les orner, les enrichir. Supposez un plateau dont le fond a été oxydé en noir et dont les rebords ont reçu une patine rougeâtre : si l'on y champlève avec le burin un dessin quelconque, par exemple, des fleurs, des bambous, des oiseaux, on pourra introduire dans les sillons des fils d'argent qu'on y fera pénétrer par une forte compression, à la condition cependant que la taille du burin

Théière oxydée de Christophle.

aura été un peu plus large dans la profondeur qu'à la surface, autrement dit, qu'elle sera évasée par le bas en queue d'aronde. Les Japonais, après avoir tracé l'alvéole dans laquelle doit être incrusté le métal précieux^ prennent un fil d'argent ou d'or, un peu plus gros que l'entaille qu'il doit remplir, et ils l'y font entrer de force à petits coups de mattoirs. Aujourd'hui, l'argent est introduit dans le cuivre ou le bronze au moyen de la pile galvanique ; il s'y dépose en couches grenues en laissant, au bord du trait, des bavures. Il reste donc à ébarber la couche, à l'unir sans la faire brillante. On voit alors

apparaître, sur un fond noir ou sombre, des ornements délicats, des plantes, des ajoncs, des nénuphars, qu'on croirait éclairés par les rayons argentés de la lune au milieu de la nuit.

La science est venue ainsi multiplier les ressources de l'or-

Bronze incrusté de Christophle.

fèvre en lui permettant d'empreindre sur le métal, non seulement les diversités de ton que comporte la monochromie dans la gravure, et qui n'étaient que les différences du clair à l'obscur, mais des variétés, des jeux de couleur que l'ancienne orfèvrerie n'avait point connus.

Ce n'est pas tout : lorsqu'ils veulent obtenir avec plus d'ampleur des effets semblables à ceux de l'émail cloisonné, dont

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