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MOTIF DE DECORATION

Tiré dan vase quadrang-ulaire Japonais f Collection Burtv )

VU

LORSQUE LA FORME DU VASE EST SYMETRIQUE, COMME LE VEUT LA CIÎRAMIQUE ORNEMENTALE, IL EST INUTILE QUE LA SYMÉTRIE REPARAISSE DANS LE DÉCOR.

La divine géométrie, après s'être annoncée dans quelques créations minérales et végétales, ne nous apparaît avec constance que dans les êtres animés, et tandis que les grands spectacles de l'univers nous donnent l'idée d'un désordre apparent et sublime, la symétrie caractérise la figure des animaux et la figure humaine. Mais une observation à faire, c'est que dans les corps vivants le mouvement rompt la symétrie, la compense et en corrige la froideur sans la détruire. Si même nous considérons la corolle étoilée d'une simple marguerite, nous verrons que la symétrie par rayonnement s'y montre avec de légères irrégularités ; que l'inclinaison de la tige, les menus accidents de la floraison, l'insensible inégalité des pétales lui prêtent un air de vie libre et font que la symétrie de cette petite fleur vivante ne ressemble pas à l'inexorable géométrie des cristaux.

Ainsi la nature nous enseigne par ses exemples que la liberté combinée avec l'ordre est une condition de la vie, et que dans les ouvrages qu'elle a décorés avec le plus de symétrie, il y a place encore pour l'imprévu de ces grâces accidentelles que produit le mouvement de tout être animé, et sans lesquelles la symétrie serait une régularité dépourvue de saveur et d'attrait.

C'est, en partie, pour avoir bien compris cette vérité que les Chinois et les Japonais ont excellé dans l'art décoratif, les seconds plus encore que les premiers. Les artistes du Japon,

qui ont peu de goût pour la symétrie, s'entendent à y substituer la pondération. Ils se plaisent à peindre sur leurs porcelaines comme sur leurs ouvrages de laque un ornement qui s'épanouit dans un coin, laissant sur tout le reste un vide qui n'est rempli ordinairement que par l'image d'un oiseau ou le passage d'une nuée mince.

Les Chinois savent aussi compenser les masses et les valeurs sans les répéter à distances égales ; mais il est rare qu'ils n'usent point de la répétition symétrique en quelque endroit du décor, soit dans le col, en juxtaposant des palmetles longues, si c'est une lagène, soit dans les bandeaux supérieurs ou inférieurs, si c'est une potiche, soit dans le culot, en y peignant des feuilles régulières en forme de godrons aplatis, soit enfin dans les bordures losangées, à écailles, à mosaïque, à pendentifs, si c'est une tasse, une coupe, un gobelet.

Lorsqu'elle est variée par l'alternance, la symétrie du décor perd de sa froideur en perdant de son uniformité. Voyez combien est jolie cette tasse en forme de fleur d'hibiscus, rangée par M. Jacquemart dans la famille rose chinoise : les divisions du calice portent alternativement des branches de pêcher et un homme monté sur un onagre. De la sorte la symétrie est rompue par une agréable disparité, et la répétition des parties qui se ressemblent est assaisonnée par la répétition des parties qui ditfèrent.

On estime beaucoup en France les faïences de Rouen, et c'est à bon droit qu'on les vante, mais il faut bien dire que le décor en est souvent refroidi par une symétrie inexorable, surtout dans les pièces en camaïeu. En répétant à distances égales le même ornement, le même fleuron, le même lambrequin, qui se trouvent pour ainsi dire figés à la place que leur assigne le compas, les artistes rouennais se sont privés de ce qu'il y a de gracieux et de piquant dans le mouvement desmotifs, dans l'allure inattendue el capricieuse d'une branche

LA CÉRAMIQUE : DKCOr. DES VASES.

qui pousse librement, d'un oiseau qui semble traverser l'espace, d'une décoration enfin dont le rythme est dissimulé et latent.

De nos jours, un artiste ingénieux et curieux, M. Bracquemond, a décoré dans le goût japonais un service de faïence qui a beaucoup plu. A l'exemple des céramistes qui l'avaient séduit.

Tasse on lleur d'hibiscus avec fond en mosaïque. Lagèno à ornementation arabesque et à

palmettes régulici-cs.

il ajeté, comme au hasard, toujours près des bords de l'assiette, jamais au centre, un oiseau de basse-cour, un poisson, un crabe, formant la masse principale, qu'il a balancée ensuite par les jBgures plus petites d'un papillon, d'un insecte, d'une hbellule, d'une sauterelle, jetées aussi en dehors de l'axe. Il y a quelque chose d'agréable assurément dans cette disposition asymétrique parce que le caprice de la liberté s'y concilie avec

40't GRAMMAIRE DES ARTS DÉCORATIFS.

un secret équilibré. Mais il reste à savoir s'il n'y a rien à redire à ces images de dindons, de poules, de canards, de brochets, de merlans, sans parler des animalcules qui les accompagnent, sur une vaisselle qui sert tous les jours et qui doit constamment recevoir les ragoiits et les sauces du cuisinier. Ajoutons qu'à tous les objets de forme ronde conviennent à merveille les ornements concentriques ou le rayonnement, lorsqu'on veut y mettre une décoration régulière, et la confusion équilibrée lorsqu'on préfère, ce qui nous paraît à nous préférable, le charme d'un désordre calculé, d'un beau désordre.

Mais, pour en revenir aux orientaux, ils ont imaginé bien d'autres moyens de combiner la régularité avec le mouvement et de ramener leurs fantaisies à un certain ordre caché. Un de ces moyens est de ménager sur leurs poteries des médaillons de toute forme, des cartouches, des fonds partiels dessinés, à intervalles égaux, en pendentifs, en lambrequins, des réserves, c'est-à-dire des compartiments embordurés, ayant leur décor à part et formant comme un repos sur une riche broderie de rinceaux touffus et polychromes, ou bien sur de magnifiques bouquets de pivoines et de chrysanthèmes, se déployant dans un paysage que traverse le chien fantastique de Fo.

Quelquefois, pour atteindre le même but, ils prévoient des parties régulières, géométriquement encadrées sur une soucoupe où se déroulera une feuille de papier, figurant la scène si fréquente de l'escalade.

Ici, comme partout, la variété dans l'unité est une condition essentielle du beau, et il est vrai de dire que la symétrie de la forme dispense de la symétrie du décor.

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