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Rouleau {barre de fer contournée en volute

(1) On dit aujourd'hui pêne, mais, comme le fait observer avec raison M. Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire d'architecture, au mot Serrurerie (tome VIII, page 322), le mot ■pcsle qu'emploie Jousse semble devoir être maintenu; pesle, en effet, vient de pessulus (pièce de bois pour barrer une porte) et, conformément à la méthode de contraction qui est dans le génie de la langue française, devait s'écrire pcsZe et non pelle, comme l'écrit Jousse {La fidclle ouverture de l'art de serrurier) ; mais pessulus n'a pu faire pêne.

CH G.OUTiWILLÈlV

li ne s'agissait pas de livrer à une machine un morceau de matière qu'elle rend brutalement sous une certaine forme; il fallait que l'esprit et la main de l'artisan se missent à l'œuvre, et, ne fût-ce que pour obéir à ce sentiment naturel à l'homme qui le pousse à chercher sans cesse le mieux, cet artisan, même en se copiant, introduisait sans cesse dans son œuvre, soit une idée plus complète, soit un calcul plus judicieux, soit une exécution plus logique, plus simple et plus près de la perfection. Nous ne demandons pas qu'on brise les machines, mais nous voudrions qu'elles ne prissent pas la place de l'intelligence. »

Autant, en effet, les machines ont agrandi le pouvoir de l'homme en lui permettant de retoucher sa planète et d'ennoblir sa vie par l'empire qu'il a pris sur les éléments, autant elles ont altéré la grâce des petits ouvrages en atteignant," dans l'art décoratif, ce qui en est la qualité essentielle, le caractère.

Donner au serrurier la facilité d'avoir des pièces fabriquées par milliers et qui toutes ont reçu la même forme dans un même moule, c'est le dispenser d'avoir une raison et un sentiment personnels. La mécanique alors représente un homme qui a pensé une fois pour toutes et qui a raisonné pour tout le monde, jusqu'à ce qu'une machine future prenne la place de la machine présente. Aujourd'hui, cependant, on revient, pour les travaux d'art, au fer forgé, et la fonte ne sera bientôt plus employée que comme support dans les constructions, et comme la matière de ces formidables engins que met en œuvre le génie civil dans ses grands travaux de charpentes en fer, de ponts et de viaducs.

L'inévitable monotonie des fontes moulées, cette uniformité dans l'à-peu-près, cette absence de fermeté et de finesse dans les arêtes émoussées du fer fondu, avaient conduit les architectes à cacher la serrurerie avec autant de soin qu'on

en mctlait jadis à la montrer. Serrures, pentures, charnières, paumelles, équerres, tout cela fut noyé dans la menuiserie et disparut sous une triple couche de peinture. La conséquence était logique. A quoi bon, en efîet, laisser voir ce qui est sans beauté? et à quoi bon faire beau ce qui ne doit pas être vu? Aussi avait-on désappris à forger, même dans une partie de l'Angleterre, même en France où florissaient jadis des artisans de génie. Heureusement que l'art du forgeron a commencé à revivre et que déjà, depuis notre avant-dernière Exposition universelle, il a produit des chefs-d'œuvre.

En partant de cette considération que la porte est un obstacle opposé aux ennemis de la propriété, un mur mobile, il faut reconnaître que la première qualité d'une porte est la solidité réelle et que la solidité apparente en est la seconde qualité. D'où il suit que, pour ajouter des ornements à l'entrée d'une maison, il suffit d'y accuser la force de résistance en donnant à ce qui la fortifie une certaine grâce, de telle sorte que la porte paraisse à la fois robuste à ceux qui voudraient la forcer, et agréable à ceux pour qui elle doit s'ouvrir.

Il y a deux manières d'orner une porte : la sculpture et la ferrure. On peut y ménager dans le bois des creux et des reliefs pour y faire jouer la lumière et l'ombre sur des compartiments symétriques ou distribués avec une apparente confusion, et, dans ce cas, c'est le menuisier et le sculpteur en bois qui en sont les décorateurs. Ou bien on peut se servir, pour embellir la porte, des ferrures qui doivent la suspendre et lui permettre de pivoter sur ses gonds, et c'est alors le serrurier qui est chargé de la partie décorative.

De ces deux manières, la seconde est certainement la meilleure, et en voici la raison. Pour sculpter une porte, pour y pratiquer, par des moulures ou par des figures, des parties rentrantes et des parties saillantes, il faut creuser le bois, l'en-

tailler et conséquemment l'affaiblir, V affamer, comme disent les gens de l'art, c'est-à-dire pour diminuer la consistance réelle des madriers qui la composent. Au contraire, si les motifs d'ornement sont empruntés de la ferrure, on met en évidence un surcroît de force, et cela même satisfait le regard, surtout lorsque les accents de la solidité sont répartis avec goiît, de façon à donner de la saveur aux surfaces et du ressort.

Les armatures en fer qui peuvent revêtir les portes sont de plusieurs espèces, dont trois principales : les pentures, les serrures, les poignées. Les pentures sont des bandes de fer clouées sur les battants de la porte et terminées par un anneau dans lequel entre le gond. Cet anneau s'appelle nœud^ parce que sa fonction est en effet de nouer la porte à l'édifice, de l'y incorporer et de la rendre, quoique meuble de sa nature, immeuble par destination. Les pentures sont donc de première nécessité, au point qu'elles passent avant la serrure, parce que sans elles la porte ne pourrait ni être fixée à demeure ni rouler sur ses gonds pour s'ouvrir et se fermer.

Qu'elles soient devenues un ornement, cela est tout simple, car c'est la loi commune à tous les arts décoratifs qu'ils doivent, comme l'architecture, tirer leur beauté de la nécessité même, c'est-à-dire faire tourner l'utile au profit de l'élégance, non pas en le dissimulant, mais au contraire en lui donnant une forme qui le mette en relief. Ainsi la penture sera déjà presque belle si seulement elle est bonne, si l'on voit clairement qu'elle est assez forte pour tenir les battants suspendus, pour empêcher qu'ils ne traînent sur le sol, et si elle se ramifie de manière à consolider l'assemblage des madriers en les protégeant partout. C'est avec justesse qu'un architecte a écrit : « De même que le lierre étend ses bras sur les murs et s'y attache en plongeant dans la pierre et le mortier ses vrilles elles mille petites radicules qui arment ses pousses, rendant ainsi toutes les pierres solidaires les unes des autres, de même

les traverses de fer qui arment la face principale des portes d'églises, aux douzième et treizième siècles, développent de chaque côté de leur tige de nombreuses ramifications qui s'étendent sur la surface des vantaux et s'y fixent par mille attaches. Ces rameaux portent des feuilles, des fruits. Souvent même des oiseaux y perchent et des animaux y grimpent, comme si l'artiste avait voulu tracer sur « ces portes du ciel » donnant accès dans la maison de Dieu, un tableau de la nature paradisiaque (1). »

Mais cet épanouissement de la penture en rameaux peut être plus ou moins heureux dans la combinaison de ses lignes et de ses reliefs. En général, les ferrements du moyen âge pèchent par l'abus des formes curvilignes, c'est le seul défaut qui dépare les pentures de la porte Sainte-Anne, qui est une des portes latérales de Notre-Dame de Paris, peintures fameuses d'un merveilleux travail, qui sont de la fin du douzième siècle et qui passaient, au moyen âge, pour avoir été fabriquées par le diable dans les forges de l'enfer (2).

Ces formes curvilignes, lorsqu'elles dominent, comme il arrive si souvent dans les chefs-d'œuvre des artisans de ce temps-là, impriment un caractère de mollesse et de souplesse à ce qui doit avoir justement le caractère de la rigidité et de la force. Les ferronniers de l'Auvergne paraissent l'avoir senti, car ils ont mêlé aux formes rondes des formes anguleuses et tempéré la douceur des unes par la fermeté des autres.

En général, les lignes droites dans le sens vertical sont plus voyantes (à égale intensité) que dans le sens horizontal. Cela est vrai dans l'art de la serrurerie comme dans l'art du graveur. D'ailleurs, les embranchements perpendiculaires à la penture semblent la fortil^er en s'opposant à ce qu'elle cblique au-des-

(1) César Daly, Revue d'architecture.

(2) Voir le dessin de ces pentures à la page 2o.

SUS OU au-dessous de l'horizontale, et, en rappelant la dimension dominante des vantaux, qui est toujours la hauteur, ils indiquent au regard que la porte est bien entrée dans sa

Église d'Orcival (Puy-de-Dôme).

feuillure, bien suspendue à ses gonds, et qu'elle n'aura pas cette légère inclinaison qui la ferait, comme disent les gens de l'art, saigner du nez. Ce sont là, sans doute, dépures apparences ; mais l'art ne vit que de fictions.

Si la porte n'a qu'un seul vantail, si par exception elle est

DK LA SERRURERIE.

assez basse pour avoir presque autant de largeur que de hauteur, — on en voit des exemples dans les édiflees qui ont servi de prisons d'Etat, et notamment, si j'ai bonne mémoire, à la Tour de Londres — les bandes de fer verticales rachèteront en partie ce défaut, que la répétition des bandes en travers ferait ressortir. Mais, dans l'espace compris entre les pentures, les anciens forgerons intercalaient des bandes de fer servant de tige à des ornements variés, et qui n'avaient d'autre destination que de fortifier la porte en la décorant.

Ces bandes intermédiaires, qui n'aboutissent pas à un gond, s'appellent les fausses pentures . Ordinairement, elles sont d'un moindre calibre que les vraies ; les branches en sont plus légères et le travail plus délicat, de façon que l'on distingue au premier coup d'œil les ferrures qui suspendent la porte, de celles qui servent à la fortifier et à l'orner.

Penture, dessin de H. Gérente.

LA FORME DES FERRURES DOIT ACCUSER LEUR DESTINATION, LEUR MISE EN OEUVRE ET LA NATURE DO MÉTAL EMPLOYÉ.

Revenons à l'expression des formes. Au fer s'attachent une idée de rigidité, de dureté et le sentiment d'une résistance invincible à l'effraction. C'est démentir cette idée et contredire ce sentiment que d'affecter les courbes, de multiplier les volutes, de contraindre le fer à imiter ces filets, roulés en spirale comme les vrilles de la vigne, qui, n'appartenant qu'aux végétaux faibles, en marquent précisément la faiblesse. Il est vrai que l'ambition des anciens forgerons était de montrer que le fer devenait sur leur enclumeune pâte maniable, facile à souder, aussi ductile que le plomb et même souple comme de lacire .

Et, de fait, les serruriers d'autrefois ne recevaient point le fer tel que le reçoivent ceux d'aujourd'hui. Le fer leur arrivait en lopins de fonte à peine corroyés au martinet, et non pas, comme maintenant, laminé, entre deux rouleaux que l'on a entaillés carrément ou en gorge ronde, et déjà converti en barres cubiques, méplates, cylindriques ou rainées. Ce que font les machines se faisait à main d'homme, et le fer, avant d'être définitivement façonné, avait été si souvent battu à force de bras, qu'il en était devenu à la fois plus souple et plus serré, moins susceptible de se brûler au feu et plus docile à la soudure. De nos jours, la puissance et le perfectionnement continuel des moyens mécaniques, en économisant les forces de l'homme pour les ouvrages de grosse serrurerie, lui permettent d'apporter d'autant plus de soin, d'art et de goiit dans la serrurerie fine. « Dans tous les ouvrages d'ancienne serrurerie, » dit Lassus (1), « c'est toujours le besoin qui domine la forme et lui imprime un très grand caractère de liberté et

(1) Annales archéologiques, t. I".

de vérité. Comme ces enroulements d'animaux et de feuillage, tantôt simples, tantôt d'une incroyable richesse, s'étalent avec grâce sur les parois des portes et avec quelle puissance ils saisissent dans leurs griftes de fer les madriers qu'il fallait réunir et consolider ! »

Cependant, il faut bien le dire, le désir de montrer leur adresse conduisit les serruriers du moyen âge à un style d'ornements qu'on pourrait appeler le style flamboyant de la ferronnerie. Durant la période romane, le nœud des pentures était soudé à un grand demi-cercle, quelquefois rétréci en fer à cheval, et qui rappelait le plein cintre dominant dans l'architecture d'alors. Une alternance de courbes et de droites, d'angles rectilignes et d'angles curvilignes remplissait les vides et reliait la penture d'en haut à celle d'en bas. Le fer était assoupli, mais non tourmenté. Plus tard, comme si l'on avait voulu faire ostentation de la souplesse imposée au métal, on vit les armatures se ramifier richement, pompeusement, imiter le luxe d'une végétation imaginaire, s'épanouir en feuillages, en gerbes, pousser en sens divers leurs enroulements terminés en grappes, en bouquets, en pommes de pin. Quelque brillante que soit dans son expansion et sa richesse cette décoration métallique, elle a quelque chose qui jure avec la matière première employée. On ne s'habitue pas à imaginer des fleurs fabriquées à coups de marteau, à sentir sous la main des roses en fer battu. Si le métal, attendri par le feu, se prête à l'expression rudimentaire de certaines formes végétales, ce n'est pas une raison pour imiter ces formes parce que le spectateur ne les verra que lorsque le fer refroidi aura repris son aspect rigide, tenace et dur.

La plupart des ornements de ce genre se font ou à l'étampe ou en tôle découpée. L'étampe est une matrice d'acier dans laquelle sont modelées en creux les formes que l'on veut exécuter en relief, et en relief les formes que l'on veut

exécuter en creux. L'étampe porte donc une contre-épreuve des moulures qui seront imprimées sur le fer, par exemple, des quarts de rond, des cordons, desdoucines. Quand le métal est rougi au feu, on l'applique sur l'étampe et on le force d'en épouser les creux et les reliefs en le frappant à grands coups de marteau. Si l'épreuve rst défectueuse ou faiblement imprimée, on la répare ou on la précise avec la lime ou le burin. Beaucoup d'ornements se font aussi avec du fer en feuille, c'est-à-dire avec de la tôle que l'on découpe et que l'on emboutit. Emboutir la tôle, c'est la battre à froid sur une petite enclume (un tas), à coups de petits marteaux à tête ronde, pour y faire des creux et des bombements. Ainsi tour à tour renfoncée et relevée en bosse, la tôle prend la forme de divers ornements. Celle qu'on lui donne le plus souvent est une imitation de la feuille d'eau, pliée en gouttière, ondée sur ses bords, et dont l'extrémité se redresse en lippe. Si le serrurier veut tracer des nervures dans une feuille d'ornement, il la pose sur un tas fendu, et, en frappant la tôle sur la fente du tas, il forme un sillon qui marque la nervure. Naturellement, plus la fente est mince, plus la nervure est fine. Du reste, les convexités et les concavités que l'on veut donner à la tôle, on peut aussi les obtenir en la frappant sur une matière qui obéit facilement aux coups de marteau, le plomb.

La principale difficulté pratique dans les ouvrages de serrurerie, c'est la soudure, et de cette opération dépend en grande partie la beauté du travail. Le fer, qui ne peut pas se fondre à un feu ordinaire, ni se couler comme le cuivre, l'argent ou le plomb, a du moins cette heureuse propriété qu'il peut se souder à lui-même, à une haute température qui paraît se tenir entre 1,200 et 1,400 degrés, dit M, Landrin (Manuel du serrurier). Souder, c'est réunir deux morceaux de fer de manière à n'en faire qu'un. La soudure s'effectue à différents

degrés, suivant la qualité du métal. S'il est aigre, c'est-à-dire cassant et peu ductile, il doit être moins chauffé que lorsqu'il est doux. On dislingue les divers degrés de chaleur, dans le feu de forge, à la couleur qu'y prend le fer. Il se colore en rouge-cerise avant de monter au rouge blanc et à la chaude suante, ainsi nommée parce qu'elle fait en réalité suer le fer et que l'on en voit dégoutter des parcelles fondues.

Les deux pièces de fer que l'on veut souder ensemble doivent être amorcées en bec de fliite et tenues plus grosses avant la soudure, qu'elles ne le seront après. Pour cela on commence par refouler le fer pour fournir à la perte de la matière dont une partie sera dévorée par le feu. Ensuite on place les deux morceaux l'un sur l'autre, et, en les frappant sur l'enclume, on les pétrit en une seule pâte, on en fait un seul morceau. On peut souder ainsi deux pièces du même métal, ou deux métaux différents, par l'interposition, entre les deux pièces qu'on veut réunir, d'un métal plus fusible que le fer, tel que le laiton, l'argent, l'étain. Ce genre de soudure s'appelle brasure.

Pour qu'une soudure soit parfaite, il faut qu'elle soit invisible, et elle ne l'est que si l'on a empêché l'oxydation des surfaces en contact en y jetant du sablon ou de l'argile, et si l'on a évité ces menues crevasses que les ouvriers français, dans leur spirituel langage, appellent des chambres à louer. C'est souvent pour masquer les imperfections de la soudure que les forgerons imaginent d'y superposer des ceintures de fer, des embrassures ^ d'y rapporter après coup des brindilles, des rondelles, des trèfles, des clous, de telle sorte que les ornements sont alors une conséquence du forgeage et servent à dissimuler un défaut en le transformant en un motif de décoration.

De tous les ornements appliqués sur les pentures, ceux dont on use le plus sont les clous. Les clous comportent

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