LE SATYRE DT PRAXITÈLE
(Musée du Vatican.)
au loin ie christianisme à venir que lui montre Virgile, dans un des cartons tracés par Chenavard, d'un style si mâle et si noble, pour la décoration du Panthéon.
Ce qu'un grand statuaire peut mettre d'âme et d'expression dans une seule attitude, sans le secours du visage, on le voit clairement parles statues antiques dont la tête est mutilée ou absente. L'expression y est si frappante encore, qu'il semble n'y rien manquer. Parmi les marbres du Parthénon, que l'on peut attribuer au ciseau de Phidias ou au moins d'Alcamène, il est un groupe du fronton oriental qui présente, au jugement des antiquaires, deux des trois Parques. La plus jeune est un modèle de grâce ineffable et de majesté dans l'abandon. Couchée sur un soubassement de marbre, elle s'accoude et repose dans le giron de sa compagne avec l'intime familiarité d'une sœur et la souveraine indifférence d'une vierge qui obéit aux ordres de l'immuable Destin. Ses mains, qu'on ne voit plus, étaient sans doute occupées à trancher les jours que sa compagne filait; mais le génie antique savait embellir les plus tristes images. Ainsi, des trois filles de l'Érèbe et de la Nuit, la plus terrible est représentée entourée ou plutôt revêtue d'un charme irrésistible. Mutilée et sans tête, cette figure n'en est pas moins adorable par le naturel exquis de son attitude, par le délicieux abandon de son beau corps, qui semble encore ému du mouvement qu'il vient d'accomplir.
Le caractère des formes. — Avant d'être altérées par les émotions de l'âme, les formes humaines ont une expression apparente qui est leur caractère. Ce qu'il y a de passager dans les sentiments que reflète le visage ou la contenance de l'homme, ce qu'il y a de mobile dans ses affections, de fugitif dans son regard ou son sourire, la peinture peut le rendre : l'art du sculpteur y serait impuissant; mais cette impuissance est une condition de sa grandeur. L'accident lui échappe : l'éternel lui reste.
Pour l'artiste chrétien, le visage est l'unique miroir de l'âme; l'artiste païen, au contraire, imprime sur toutes les formes le cachet de sa pensée; il la répand sur toute la surface du corps. Chaque membre offre plus ou moins une image de l'esprit qui, au lieu de se concentrer sur un point, serpente, comme la vie même, dans la figure entière. Sans aucun doute, cette vie spirituelle, inégalement manifestée, se formule avec plus de clarté par la construction de la tête, par les traits de la face et par ce qu'on nomme les extrémités, c'est-à-dire les pieds et les mains, que par la physionomie des autres membres. Mais, encore une fois, la tête, les mains et les pieds sont eux-mêmes expressifs par le caractère de leurs formes beaucoup plus que par la contraction des muscles, la tête surtout. Dès que le personnage s'élève au-dessus de la vie réelle, dès qu'il monte sur un piédestal au rang des héros ou qu'il se transfigure en dieu, tout vestige de l'animalité s'efface, la passion se calme, le visage se rassérène, les traits se purifient, les rides ont disparu, et l'homme semble arrivé sur le seuil de I existence finie pour entrer dans une religion d'immortalité et de jeunesse éternelle. Le visage alors se généralise dans l'idéal et se particularise
uniquement par les variantes de la beauté et parles nuances du sentiment qui n'en dérangent point l'harmonie.
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Il y a dans les caractères humains des diversités sans fin et sans nombre ; mais il y a aussi des variétés collectives, des groupes, des familles d'êtres marquées à une commune empreinte. En fixer le type, c'est là
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